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vendredi 21 novembre 2003
Thierry Goguel d’Allondans
Anthropo-logiques d’un travailleur social - passeur, passages, passants
par Dominique GÉRAUD


L’auteur se situe « résolument » comme un éducateur spécialisé, il est aussi formateur de travailleurs sociaux en Alsace, Président d’un service de prévention spécialisée et chercheur associé à l’université Marc Bloch de Strasbourg II. Il nous propose d’appliquer la démarche anthropologique à l’univers des travailleurs sociaux qu’il nomme les « artisans du mieux vivre ensemble ». Pour ce faire, il nous propose une lecture autour du thème du passeur.


L’observation sera construite autour des expériences de l’auteur et portera particulièrement sur une jeunesse en déshérence qui manque peut-être de rites de passage. L’ouvrage a aussi l’ambition de traiter plus généralement des travailleurs sociaux dont il précise que la fonction, le rôle, est en dichotomie avec les attentes (répressives) des politiques. Il les qualifie de professionnels des crises de la vie. Thierry Goguel d’Allondans voit dans le travailleur social un « artisan du seuil » qui a une action pontifiante ou souterraine, qui accompagne les citoyens oubliés.

L’ouvrage est construit en quatre chapitres : « Mutation du travail social », « Les enjeux », « Le travail social et les problematiques de la jeunesse », « Du travail social : arrogance versus humanisme ? ».

Dans le premier chapitre, il s’inquiète de la fin d’un monde qui voit une augmentation du quantitatif et une dépréciation du qualitatif, parce qu’enserré dans une logique économique.

À partir d’un article de la revue Esprit, il nous rappelle trois scénarii possibles pour le travail social : le contrôle social, la privatisation, ou la résistance culturelle. Les travailleurs sociaux seront soit des partisans d’une poétique du travail social, soit des partisans d’une ingénierie (p. 43). Il faut, pour comprendre, se remémorer les quatre temps du travail social : pré ou protohistorique avant les années 70, « production organisée de la socialité » dans les années 70, auxquelles succèdent les années 80, aboutissement du rêve prométhéen avec la surtechnicisation du travail social, pour en arriver à nos jours à la remise en cause du travail social historique (niveau III) au profit de faibles niveau (IV et V) où domine une logique de management (CAFDES).

La logique de management, c’est l’oubli du rapport au temps des scansions. C’est la méthode. C’est la confusion (cf. Ardoino) du contrôle avec l’évaluation. C’est oublier que le rôle de l’éducateur, c’est d’appréhender l’imprévu, que le travailleur social travaille dans la subjectivité (p. 59). Là, il nous met en garde contre l’excès de la modernité qui peut conduire à la post-humanité de F. Fukuyama.

Thierry Goguel d’Allondans présente les niveaux d’efficacité du social à partir d’une grille lacanienne : à partir du réel, de l’imaginaire et du symbolique. Il rappelle, en s’appuyant sur G. Bertin la nécessité d’une posture multiréférentielle. Il ne faut pas réduire le social au politique ! Il est aussi culturel ! C’est peut-être dans cette culturalité déniée qu’est la plus insupportable l’arrogance des experts de tous bords (conseillers techniques, chargés de missions ...) qui interviennent pour donner des conseils aux travailleurs sociaux.

Il conclut avec les trois discours qui dominent le social : le militant, l’entrepreneur (prométhéen, fait de progrès, de projets...) et le scientifique qui consolide le précédent. Il faut pourtant aller au-delà de la technique.

Le deuxième chapitre consacré aux enjeux commence par relâcher le logos au profit d’un mythos pourvoyeur de sens. C’est Prométhée le « roublard », le moderne (qui rêve d’immortalité et de maîtrise) qui cèdera la place à Hermès, l’ambigu postmoderne (p. 85). L’auteur pose alors la question de la pertinence du passeur comme métaphore du travailleur social. L’action sociale est historiquement conçue comme réparation et incapable d’une gestion globale. Cependant, le lien social à restaurer dans une société individualiste connaît des avatars. En effet, les sociétés industrielles légifèrent là où les sociétés de la tradition ritualisent. L’auteur propose de prendre le risque de la rencontre (p. 91), invite à concourir, préparer, se rendre disponible à l’événement, plutôt que de le créer.

Il faut, nous dit-il, accepter la rencontre, c’est-à-dire réfuter l’immanence, accepter le désordre et oser la transcendance. La rencontre ne se force pas, elle s’accepte. C’est un art, un hasard. Il veut réhabiliter le toucher et constate que la distance sociale se développe paradoxalement de façon concomitante à la liberté sexuelle, que le touché se restreint à la sphère du privé (presque indécent dans la sphère du public). La rencontre de l’autre est une aventure dont il faut oser prendre le risque.

Enfin, il propose de remplacer le sempiternel « diagnostiquer, accompagner, orienter » des politiques sociales, par une éthique pédagogique de l’ « accueillir, rencontrer, se séparer » qui en constitueraient la tekné ou « art de faire ».

Dans le chapitre trois, consacré au travail social et aux problématiques de la jeunesse, rappel est fait que le risque est une caractéristique du passage. L’auteur fait référence aux rites de passages dans les sociétés traditionnelles qui aboutissent au changement d’état et propose de mettre en oeuvre des expériences professionnelles qui fassent « grandir de l’échec ». Les jeunes changent comme la société... Ils sont en quête de rituels qui leur correspondent. La déshérence, ce sont ces jeunes dont personne ne veut hériter. Il faudrait alors penser la jeunesse en termes de reconnaissance sociale. Thierry Goguel d’Allondans dresse un bilan de la situation des jeunes en difficultés où l’on voit que les « border line » soulignent les marges de et dans l’institution. Il propose d’assurer aux jeunes de 16-25 ans deux « crédits » d’existence : une couverture sociale et un crédit formation.

Il porte un regard pédagogique sur les mots du social et suggère de laisser être auteur plutôt que rendre acteur. Il faut choisir le bon sens du mot éduquer issu du latin educere (conduire hors de soi, faire éclore), plutôt qu’educare (apporter, informer, instruire...). Il faut privilégier la maïeutique, même si c’est prendre des risques. Pour cela les rites sont essentiels. Chez Arnold van Gennep, les occasions sont identifiées : la naissance (rites d’enfantement), la puberté sociale (rites d’initiation), le mariage (rites d’alliance), la mort (rites de funérailles). Ce sont les rites de la puberté sociale qui font défaut à notre société. Les trois fonctions du rituel sont la prévention, le passage et la transgression. Les rituels actuels des jeunes sont instituants et en même temps provisoires.

D’Allondans propose un projet pédagogique, non pas pour, ni avec, mais de (en référence à Boutinet). Il cite de nombreuses expériences françaises, nord américaines, suisses et en analyse les atouts en même temps que les dérives ou les dangers (sectaires).

Il conclut sur la question de la citoyenneté qui renvoie à l’insertion sociale, c’est-à-dire à la capacité à s’inscrire dans un tissu social, à créer du lien social, ce qui nécessite au préalable une reconnaissance des cultures et des origines.

Le chapitre quatre pose la question : Travail social, arrogance versus humanisme ?

L’arrogance peut se définir comme une subversion de la conquête de soi, sur soi et sur les autres... Elle devient un attribut caractéristique de la modernité, le propre d’une élite condescendante, elle pousse au conflit. (p. 143). L’auteur dénonce surtout cette arrogance de bon aloi (pugnacité, combativité...) particulièrement dévoilée dans la publicité. Il en dévoile les formes, les composantes essentiellement psychologiques et psychanalytiques. Il en arrive au travail social et sa quête désespérante de « développement personnel », où l’arrogance privilégie les statistiques aux dépens du devenir, du désir du sujet.

La dernière partie pose la question du travail social et de l’humanisme. On constate que la prise en charge de sujet disparaît au profit d’une démarche de gestion (le plus souvent par des guichets). L’humanisme serait le stigmate de ceux qui ne savent pas s’adapter aux mutations sociales, diagnostique d’Allondans. Il en veut pour preuve la non reconnaissance des dirigeants politiques (aucune manifestation de soutien comparable à celles reçues par les chauffeurs de bus ou gardiens de la paix...) lorsqu’un travailleur social est en difficulté.

Après avoir rappelé les trois scénarii de la revue Esprit pour le travail social : réparation, âme du mouvement social, médiation sociale, il leur préfère ceux de la gestion rationalisée (par des CAFDES), de l’usure des professionnels, des actions militantes, ou enfin d’un travail social qui se perd dans sa nomination « débordante ».

Le travail social doit rester résolument engagé dans la prise en compte des altérités, c’est le savoir-faire des travailleurs sociaux.

En conclusion, à l’image d’un Jean-François Gomes [1] , il propose une approche anthropologique particulièrement fondée sur les rites comme nécessité sociale, pas de n’importe quels rites comme ceux du « New Age » (il leur reproche d’être sans fondements), mais des rites d’affiliation. Il substitue à la notion qu’il juge trop ethnologique de rite de passage, la notion bourdieusienne de rites d’institution qu’il décline en rites instituants (comme les conduites à risques de jeunes) et rites institués (fondés par le récit [2]). Dans ces rituels, le travailleur social, c’est le gardien du seuil.

Post-Scriptum

Thierry Goguel d’Allondans
« Anthropo-logiques d’un travailleur social - passeur, passages, passants »
Éditions Téraèdre - octobre 2003.










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[1] Gomez J.-F., 1999, Le temps des rites, handicaps et Handicapés, Paris, Desclée

[2] Ce qui nous renvoie à P. le Quéau, un auteur qui a étudié avec sagacité le récit, particulièrement chez les travailleurs sociaux. On pourra citer par exemple : « L’expérience du récit », Cultures en mouvement, n° 14, 1999.




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