Un regard...
en 647 articles
et 363 signatures d'auteurs
sur l'essentiel de la presse du TRAVAIL SOCIAL

Partenaire « Presse » sur OASIS
Fondements théoriques - Questionnements éthiques - Pratiques professionnelles - Évolution des questions sociales - Un partage du quotidien, une ouverture sur l'avenir...








vendredi 3 novembre 2006
ANGERS - Juillet 2007
Figures de l’autre, imaginaires de l’altérité et de l’altération
Proposition de communication

par Georges BERTIN, Jacques ARDOINO


Problématique proposée - Les banlieues sont depuis un an sous les projecteurs médiatiques tandis que s’allument les feux d’une jeunesse vivant son altérité comme une mise au ban de la société. Ils nous interrogent d’autant plus les productions de l’imaginaire social que les observateurs patentés des missions « banlieues 2000 » et les nombreux autres observatoires officiels du social semblent n’avoir rien vu venir... et sont d’ailleurs étrangement muets...


La langue offre, si on veut bien se donner la peine de l’interroger dans la richesse des significations qu’elle produit, nombre de clefs de compréhension des problème sociaux ou culturels. Ainsi en va-t-il de l’appellation commune « jeunes des banlieues » qui définit à la fois un territoire vécu réellement et un territoire imaginaire marqué par la culture collective.

Les territoires réels sont, eux, marqués physiquement par le fait que de nombreux jeunes des couches populaires, éprouvent, sur ces territoires où ils vivent, des difficultés d’accès à l’emploi ou à la culture par manque de mobilité « physique » ou « culturelle ». La capacité à « être nomade » y constitue un capital, au même titre que les revenus et les relations professionnelles, amicales, familiales, il ne repose pas seulement sur la possession de moyens de transport individuels ou l’accès à des moyens de transport collectifs, mais sur des compétences et des stratégies particulières qui peuvent s’acquérir, s’apprendre (d’où l’utilité de la formation non seulement au savoir faire mais encore au savoir être). Pour certains, les difficultés de déplacement sont réelles, mais pour la majorité d’entre eux, le principal frein à la mobilité reste la crainte de sortir du cadre de vie familier et la peur de « l’ailleurs », de « l’autre » par manque de capacité à appréhender des univers différents vécus comme hostiles. Le territoire est, là, enfermement car la banlieue peut aussi être territoire de refuge, prés de la mère qui veille du haut de sa fenêtre et dont la fonction surprotectrice ne saurait être minimisée dans un univers où les espaces du Travail et de l’Urbain sont eux entièrement voués à l’héroïsme ascensionnel, à la conquête d’une place « au soleil », à la compétition forcenées vers les cimes de hiérarchies dont la plupart ignoreront toujours les voies d’accès.

La mobilité fait partie de notre quotidien : migration journalière pour se rendre sur son lieu de travail, migration du week-end, destinations de vacances toujours plus lointaines. Elle est la marque du nomadisme entre des territoires décrits aussi par leurs fonctions, et liés à l’éclatement de leurs espaces de vie. Et le véritable enjeu de la mobilité se situe dans leurs têtes, dans leurs représentations du monde et de leur environnement, dans leur imaginaire. Si la notion d’insertion a, elle-même, éclaté, « vivre et travailler au pays » est un slogan qui n’a plus aucun sens sur la majorité de nos territoires.

Symboliquement cet enfermement est, de fait, vécu par la majorité de la jeunesse des quartiers populaires comme une mise à l’écart, une « mise au ban » et il n’est pas inutile d’interroger le sens à ce niveau.

Le ban, dans notre histoire, est d’abord une juridiction de frontière, liée au droit qu’avait l’autorité (roi, prince duc) de convoquer à sa disposition, y compris par violence, ceux qui étaient capables de se ranger sous une bannière et l’autorité d’un banneret en constituant ainsi une bande. Nos sociétés républicaines en ont largement usé auprès des kabyles et autres sénégalais convoqués aux premières lignes des nos guerres modernes... ce sont aussi leurs descendants qui allument les feux du désespoir et jouent avec l’autorité centrale. En contrepartie de cette obéissance à la loi du ban, ceux qui refusaient de s’y soumettre ne pouvaient qu’être bannis, soit sortis de la sociabilité, voire en résidence assignée. On conviendra que cette acception du terme est bien représentative du territoire vécu aujourd’hui par nombre des jeunes de nos banlieues. Car la banlieue désigne bien au niveau de notre imaginaire social et ce territoire du ban et sa juridiction. Ils sont aujourd’hui vécus sur un plan symbolique d’une façon exacerbée par la jeunesse, et, dans la mesure où la convocation au service de l’intérêt collectif ne s’y exerce plus, comme celui de l’abandon le plus banal.

On le voit, la rationalité technocratique et rationnelle qui tend à gouverner nos vies est largement prise en défaut quand ressurgissent du fond de la mémoire collective les passages à l’acte si lontemps inscrits au creux de l’imaginaire social. Quand les loups entrent dans Paris ?

Selon la pensée héritée, le rationnel s’oppose utilement à l’imagination, « maîtresse d’erreurs et de fausseté », « folle du logis » enfantant ses « monstres », correspondant au « sommeil de la raison » selon Goya. Ainsi, des normes rassurantes, voulues originellement transcendantales, étaient censées séparer commodément le Bien du Mal, le Beau du Laid, le Vrai du Faux. De la sorte, avec les arts, la littérature, la création, la fantaisie d’une part, et la raison, ou la science, d’autre part, deux univers se profilaient pour se partager le monde, opposition qui n’est pas non plus sans parenté avec l’opposition classique entre les Dieux et l’Achéron.

Avec Lacan, c’est la trilogie : imaginaire - réel - médiation symbolique qui tentera de dialectiser, de façon déjà beaucoup plus complexe, ce qui ne serait, autrement, qu’une aporie au plan purement logique. Mais, n’en sommes-nous pas venus, aujourd’hui, aux temps d’un imaginaire auto-captif, parce que « désaltéré » ? La gestion-digestion assimilatrice actuelle tend à vouloir tout homogénéiser, et comme Marcuse l’avait déjà pressenti, l’invocation même de la liberté peut devenir un principe d’oppression (cf., entre beaucoup d’autres, les avatars et les mécomptes du « Web »).

La rationalité technique et instrumentale liée à l’efficacité et à la rentabilité devient, dès lors, elle même, un imaginaire parmi d’autres. La pensée « fonctionnelle » de la modernité et de la post-modernité s’abîme au fil des globalisations, conformisations, homogénéisations de toutes natures, et autres formes de standardisations, la norme s’y retrouvant stochastique, donc gaussienne. L’aventure contemporaine d’une « qualité », tantôt « totale » (sic), tantôt réduite aux normes ISO (9001 et 9004), en témoignera, entre autres : le « service », qui n’est plus lié à une durée, s’y retrouve confondu avec le « produit », supposé fini. La qualité devient ainsi quantité !

À l’opposé de l’explosion annoncée d’un « imaginaire créateur » (Castoriadis, Enriquez), l’imaginaire moderne se vide peu à peu de sens, à travers une véritable hémorragie ontologique, pour imploser dans un hyper-narcissisme qui ne se reconnaît même plus en tant que fantasme de « maîtrise » absolue et de toute-puissance. C’est désormais Kafka, qui, sous la couverture d’un « on » insaisissable, noie les formes menaçantes plus traditionnellement personnifiées et identifiables. Nous sommes au stade de l’emprise.

C’est ce qui fonde la révolte quand la vraie vie semble désormais ailleurs. Quelles instances ou processus contribuent au phénomène ci-dessus évoqué ?

Tout l’enjeu actuel des savoirs anthropologiques, dans tous leurs horizons, ne réside t-il pas dans la reconnaissance de l’autre, et de l’acceptation de l’altération ?

Et inévitablement en découlera, dans les années qui viennent, tout l’enjeu des praxis et pratiques sociales, culturelles, politiques que les éducateurs, les travailleurs sociaux, les responsables des ressources humaines, les artistes, les soignants tendront à mettre en oeuvre.

Que sortira de cette irrépressible pensée sauvage, (pensée elle-même ensauvagée par les marginalisations méprisantes de l’institué universitaire ou bureaucratique), les dieux les plus violents ou les perspectives d’un nouveau contrat social ?

Comment réhabiliter cet imaginaire « domestiqué », « apprivoisé », « anesthésié », « dévitalisé », de toute façon « engourdi » ?

C’est sur ces questions dont on voit bien l’intérêt vital pour l’époque que nous vivons que tentera de proposer quelques ouvertures le colloque international organisé par le CNAM des Pays de la Loire et l’IFORIS en JUILLET 2007, à Angers, en partenariat avec la revue internationale Esprit Critique et l’ADMES (association pour le développement des méthodes pédagogiques dans l’enseignement supérieur).

Post-Scriptum
Université d’été.
Colloque international
praticiens - chercheurs des 9 - 11 juillet 2007.
Direction : Professeur Jacques Ardoino et Georges Bertin.
Partenariat : ADMES Grand Ouest,
Association pour le développement des pratiques pédagogiques dans l’enseignement supérieur.
Revue Esprit Critique.
Lieu : campus social angevin - ANGERS.

Word - 48.5 ko
Problématique - Programme indicatif - Proposition de communication









Agnès Buzyn et Gérald Darmanin annoncent les modalités de mise en place de la hausse de la fiscalité du tabac et précisent les mesures du plan Tabac
Agnès Buzyn annonce les priorités de sa politique familiale et de lutte contre la pauvreté
3ème Journée nationale de la qualité de l'air
 



La jeunesse face aux inégalités
Le site de l'Observatoire des inégalités fait peau neuve
Les inégalités de niveau de vie continuent d'augmenter
 



# Dans la même RUBRIQUE
22 Articles

Victimes de nos propres peurs ?
La négation de soi, un support à la haine ordinaire
Aimer, partager, transmettre, vivre avec le souci de l’autre
L’humour dans les diverses formes du Rire
STRATEGIK EXECUTIV DIAGNOSTIK
La sexualité peut-elle être morale ?
Sectes et travail social, la vigilance s’impose
Rites et rituels, ces gestes qui parlent
L’homme, la bête et le social
Pouvoir et autorité
Sur le réseau... toujours sur un fil !
Interculturalité et citoyenneté à l’épreuve de la globalisation
« S’habiller. Socialisation, médiation, corps »
L’économie autrement
« L’insécurité sociale... » A propos de l’ouvrage de Robert Castel
L’insécurité sociale - Qu’est-ce qu’être protégé ? - Note de lecture
« Generation-ecrans.com. la question sociale à l’épreuve du multimédia »
Mutations sociétales et adaptation au monde
Peste émotionnelle et Imaginaire social chez Wilhelm Reich
« Morcellement du social »
URGENCES
Les vertus du conflit selon Kant


# Du même AUTEUR
3 Articles

A propos du procès d’Angers
L’école et le défi ethnique, Éducation et intégration
« Produire son oeuvre, le moment de la thèse »


# A voir sur le WEB
7 Références

Institut Charles Rojzman - Ecole Internationale de Thérapie Sociale
 

La Gazette Santé Social
 

Observatoire des inégalités
 

Délinquance, justice et autres questions de société
 

Affaires sociales
 

LIEN SOCIAL
 

Observatoire des inégalités
 



Une Réaction, un Commentaire...?


  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)









 

Vos Réactions...


Sur le Forum...

29 décembre 2016
RECONNAITRE ET VALORISER LE TRAVAIL SOCIAL - Un Rapport et 23 Propositions
ces recommandations sont pertinentes.

8 décembre 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Madame, Merci pour cette analyse précise dont j’ai hélas trop tard compris les mécanismes. En effet, je sors de mon silence avec une (...)

13 juin 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
la matraitance peut etre du aussi a l etat psychologique des enfants .Enfant depressif, narcissique desociabilise car eux meme sont a la (...)


13 février 2016
La place du social dans la santé
article à lire et à imprimer

7 décembre 2015
"Plume", la revue du CLICOSS 93
est ce possible de recevoir la revue du clicoss 93 du mercredi 07/01/2007 , ?je faisais partie de cet atelier ! merci ,si cela est possible (...)

2 novembre 2015
Définition du Travail Social
Le travail social se base essentiellement sur le sens de l’amour de l’outre ,le sens d ’altruisme , la justice sociale , le (...)


Recherche de stage gratifiable
CDI ASS
référence éducative [1]
journal et handicap
ETP ou passer son chemin?!
prepa concours
Besoin d'un Réseau de travailleur social su ...
Éducatrice Spécialisée en libéral
Urgent:offre d'emploi CDI+CDD 78 (meulan ,le ...
URGENT OFFRE EMPLOI CDD 95
Poste d'Auxiliaire de Puericulture et EJE en ...
CDD d'AS 6 mois Lyon
Postes d'éducateurs et éducatrices de rue ...
Un cadeau pour progresser dans ses écrits u ...
Poste avec vacances scolaires ou universitai ... [3]
Dernier document mis en ligne

Le baromètre 115 synthétise les demandes et réponses faites au numéro d’urgence au cours du mois de juillet 2016 dans les 45 départements étudiés et à Paris.

Droits de diffusion

Conformément à la législation sur la propriété intellectuelle, l'ensemble des documents publiés sur OASIS ne peuvent être reproduits sans autorisation. Hormis sur Internet, sont autorisées la reproduction et la diffusion non commerciales des articles du magazine, sous réserve de citation obligatoire des sources.
© OASIS - 1999/2015

| Se connecter | Plan du site | RSS 2.0 |  Contacts |