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lundi 11 mai 2015
Justice pénale des enfants ?
par Jean-Luc Rongé


Le numéro de mars du Journal du droit des jeunes est consacré à ce que l’on peut appeler «  la justice pénale des enfants  ». Pourquoi ce terme ? Car, dans l’esprit du législateur, il n’y a toujours pas lieu de confondre l’enfant «  dangereux  » avec l’enfant «  en danger  ».

Cette distinction demeure dans le projet de réforme de l’ordonnance de 1945 produit par la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse et soutenu par la ministre de la justice... et par elle seule, le gouvernement n’ayant apparemment pas l’intention de le présenter aux assemblées.

Ce que l’on peut dès lors appeler un «  avant-avant-avant-projet  » ne règle pas la question de l’âge de la responsabilité pénale que le Comité des droits de l’enfant de l’ONU somme de fixer depuis ses premières recommandations à la France. On demeure dans le flou sur la notion de «  discernement  » qui fait dire à la jurisprudence que l’on sait «  distinguer le bien du mal  » dès l’âge de 7 ou 8 ans. Mais la loi ne permettant pas que l’on puisse être privé de liberté avant 13 ans, seules «  les mesures éducatives  » peuvent être imposées en-dessous de cet âge.


Il est vrai qu’il ne fallait pas agiter les autorités départementales - à la veille d’échéances électorales - si ce projet avait prévu de sortir de la «  justice pénale  » les enfants ayant commis un fait délictueux avant un certain âge et de déclarer qu’ils relevaient de «  l’enfance en danger  ». On aurait entendu les conseils départementaux s’indigner et prétendre qu’il n’était pas question d’imposer cette «  charge supplémentaire  » au dispositif de protection de l’enfance, déjà encombré par les «  mineurs isolés étrangers  ».

Bref, le distinguo demeure et demeurera encore longtemps et ceux qui font les lois se posent rarement la question du choix des méthodes éducatives et de la pédagogie, laissant à l’administration - la PJJ - le soin de prendre en charge les enfants dont le sort lui est confié par les juges. Et le choix des méthodes dépendra des moyens que les lois budgétaires voudront bien laisser pour soutenir les initiatives innovantes... mais ces moyens sont absorbés par les coûteux dispositifs destinés aux «  endurcis dans la délinquance  », comme les centres éducatifs fermés.

Comme on le lira dans l’éditorial ci-dessous reproduit, le projet «  mort-né  » ne change guère les dispositifs hérités de la période 2002-2012, sinon la césure de la procédure qui redonne «  du temps au temps  » avant le prononcé des mesures ou des peines, la fin de «  la composition pénale  » aux mains du parquet et l’introduction de la justice restauratrice encore peu développée en France. À cet égard, on lira avec intérêt le schéma qu’en fait Renate Winter, magistrate autrichienne, membre du Comité des droits de l’enfant de l’ONU.

On lira plus en détail l’article qui analyse ce projet, coécrit par Marine Crémière et Jean-Luc Rongé, ainsi que le regard critique de Jean-Pierre Rosenczveig, magistrat retraité actif.

L’intervention de Laurent Gebler, juge des enfants à Bordeaux (et non à Libourne, comme nous l’avons faussement indiqué), au cours de la journée d’étude organisée par la ministre de la justice le 2 février dernier, recadre ce qui serait souhaitable pour «  une justice des enfants moderne  ».

Et encore celle de Jean Zermatten, ancien président du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, en clôture du Congrès mondial consacré à la justice juvénile qui s’est tenu à Genève en janvier dernier, conclut qu’il «  il reste tant à faire pour promouvoir une justice juvénile intelligente, bienveillante, réparatrice et respectueuse des enfants et de leurs droits  ».

Paroles expertes, ce sont celles de Pierre Chalier, assesseur au Tribunal pour enfants, regrettant que sa fonction ne soit de temps en temps signalée «  qu’au détour d’une note  » alors qu’elle participe à la formation de jugement et d’Olivier Chevrier évoquant la relation qui s’établit entre l’éducateur et l’enfant «  délinquant  ».

Une décision du Défenseur des droits reproduite critique la rétention administrative d’une mère de famille en séjour irrégulier alors que son enfant est confié à l’Aide sociale à l’enfance. Il vise autant les services préfectoraux que le service social de ne pas s’être approchés pour échanger leurs informations - dans le respect du secret professionnel - afin de trouver une issue favorable à l’intérêt supérieur de l’enfant.

On s’intéressera également à la lecture de la jurisprudence en matière pénale : sept décisions reproduites, certaines commentées, et, en ouverture le procès de l’âge d’un jeune pirate somalien interpellé en mer... et dépourvu de documents d’identité. Comment l’âge osseux peut encore pervertir les procédures et éloigner les garanties de la justice des enfants.

Vous aurez l’occasion de lire le détail du sommaire ci-dessous reproduit dans Le Journal du droit des jeunes qui paraît en version «  papier  », dix fois par an. Vous y êtes peut être abonné. Si ce n’est pas le cas, rendez-vous sur notre site http://www.droitdesjeunes.com où vous trouverez les éditoriaux, les sommaires et les quelques pages de «  Brèves  » depuis le numéro 200 (décembre 2000), ainsi que les informations utiles pour vous abonner.

Nous rendons nos archives progressivement accessibles grâce à Cairn.info. Vous pouvez d’ores et déjà consulter celles de 2011 à nos jours en vous rendant à l’adresse suivante : http://www.cairn.info/revue-journal.... L’accès en est toutefois payant, pour une raison élémentaire tenant à la pérennité de notre revue.

Bonne lecture !

Post-Scriptum

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Pas touche au 119 !
Une loi (Schiappa) pour rien
Pour un Haut-Commissariat à l'enfance et à la famille
 



Tribunal administratif de Marseille, Ordonnance du 19 octobre 2018 n°1808316, MIE ivoirien, 16 ans, tests CASNAV effectués, documents d'état civil authentiques, minorité non reconnue par le PCD "les services de l'aide sociale à l'enfance se sont fondés sur les seuls éléments de vie, condition du départ et parcours migratoire et non sur lesdits documents qui étaient en cours d'authentification. Cette circonstance ne fait pas obstacle par elle-même à ce que les services du rectorat procèdent à l'affectation de l'intéressé dans un établissement scolaire.(...) Dans ces conditions, en ne le scolarisant pas, le recteur porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit à l'éducation"
Tribunal administratif de Marseille, Ordonnance du 18 octobre 2018 n°1808286, MIE ivoirienne de 16 ans, tests CASNAV effectués, déboutée par le PCD de sa reconnaissance de minorité, "cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le recteur procède à son affectation dans un établissement scolaire. Par son refus d'y procéder, le recteur doit être regardé comme ayant porté atteinte au droit de Mme X à l'instruction", exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction
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