Un regard...
en 650 articles
et 365 signatures d'auteurs
sur l'essentiel de la presse du TRAVAIL SOCIAL









lundi 13 novembre 2006
La prise en charge en C.A.M.S.P.
un travail spécifique avec l’enfant et sa famille

par Annie BERNIER, Michelle KLEIN


Déjà introduites dans les textes de loi du 2 janvier 2002 concernant la rénovation de l’action médico-sociale loi et plus récemment, la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances des personnes en situation de handicap, les notions de citoyenneté, de choix éclairé, de participation de la personne à son projet de vie sont reconnus et respectés de tous les acteurs. Même si depuis de nombreuses années, les structures engagées dans l’action médicale précoce œuvrent déjà dans ce sens, cette orientation est aujourd’hui renforcée par la loi et nous participons à la construction d’un nouveau modèle de société où la volonté de prendre en compte et de respecter le choix de la personne dans l’élaboration de son projet de vie amène chacun à ré interroger sa propre pratique et le regard qu’il porte sur « l’usager ». En matière de prise en charge, il existe différents types de structures d’accueil de soins. Les parents peuvent adresser leur jeune enfant dans un CAMSP lorsque son développement les interroge ou qu’il présente un handicap avéré.


L’origine des CAMSP est liée au décret du 15 avril 1976 qui définit ses missions réglementaires : « le dépistage, la cure ambulatoire et la rééducation des enfants des premiers et deuxièmes qui présentent des déficits sensoriels, moteurs ou mentaux, en vue d’une adaptation sociale et éducative dans leur milieu naturel et avec la participation de celui-ci. Ils exercent des actions préventives spécialisées. Ces centres exercent aussi, soit au cours des consultations, soit à domicile, une guidance des familles dans les soins et l’éducation spécialisée requis par l’état d l’enfant ».

Qu’est-ce qu’un CAMSP ?

Avant d’expliciter le rôle et le fonctionnement des CAMSP de Seine St Denis, peut-être pouvons-nous déjà définir ce qu’est un C.A.M.S.P ?

Un Centre d’Action Médico-Sociale Précoce est une structure où une équipe pluridisciplinaire accueille des enfants de 0 à 6 ans adressés le plus souvent par des médecins (PMI, hôpital, libéral...) et qui présentent des troubles ou des retards de développement. Au terme d’une période d’évaluation, un projet d’accompagnement est élaboré avec les parents, défini dans le document individuel de prise en charge qui fixe les objectifs et les modalités du suivi de l’enfant. Le CAMSP est mobilisable sur un simple appel. Il n’y a pas besoin de notification de la CDA [1] (ex.CDES), contrairement aux admissions dans les établissements spécialisés ou en SESSAD.

Cette prise en charge spécifique ambulatoire s’inscrit dans le milieu de vie de l’enfant. Ainsi l’accueil en structure petite enfance ou à l’école maternelle permet à l’enfant d’accéder avec sa différence à une socialisation nécessaire à tout être humain pour vivre et évoluer. L’équipe de professionnels est généralement composée de médecins (pédiatre, neuro-pédiatre, psychiatre, médecin de rééducation fonctionnelle, ORL...), psychologue, musico-thérapeute, éducateur, éducateur de jeunes enfants, ergothérapeute, kiné, orthophoniste, psychomotricien, assistant social, secrétaire, direction administrative.... La composition des équipes peut évoluer en fonction des problématiques et des besoins des enfants. Par ailleurs tous les CAMSP n’offrent pas le même plateau technique. Le médecin du CAMSP a le rôle du médecin référent, celui qui coordonne et fait le lien entre toutes les prises en charge de l’enfant. Les prises en charge en CAMSP peuvent être complétées par l’intervention d’autres professionnels en libéral.

Bien en amont des orientations définies dans le cadre de la loi du 11 février 2005 et particulièrement dans notre département, les CAMSP se sont engagés avec les services de PMI du Conseil Général pour que les enfants en grande difficulté ou handicapés aient accès comme les autres, à un lieu d’accueil socialisant. Lorsque cette intégration pose un problème, l’Instance de médiation et de recours peut intervenir pour soutenir et accompagner les équipes [2]. Le budget des CAMSP est financé à 80% par la Sécurité Sociale et 20% par le Conseil Général (mission de dépistage et de prévention). Ce financement en « dotation globale » est essentiel pour concrétiser par des rencontres, la recherche partenariale de solutions adaptées pour chaque enfant.

Les CAMSP sont regroupés en association nationale, l’ANECAMSP [3] : elle fédère sur le plan national les actions des CAMSP, participe aux travaux de recherche et de réflexion auprès du gouvernement afin de proposer à partir de son expérience sur le terrain et son expertise dans le domaine du handicap, des actions concrètes au plan national, relayées au local (campagne de sensibilisation au dépistage précoce ). Par ailleurs, elle propose diverses activités en direction des professionnels intervenant dans le champ de la petite enfance, congrès, colloques [4] , journées d’études, et publie une revue semestrielle « Contraste ».

Les CAMSP en Seine-Saint-Denis Sur le département de la Seine-Saint-Denis, il existe trois CAMSP. L’un d’entre eux, créé en 1983 est un lieu d’accueil spécialisé en surdité. Les deux autres sont polyvalents ou généralistes. Ces derniers ont pour objectif de proposer une action médico-sociale précoce en cas de questionnement ou de crainte concernant le développement physique, sensoriel, intellectuel, affectif ou social des enfants de la Seine-Saint-Denis, de la naissance à l’âge de six ans.

Le CAMSP polyvalent « Les Comptines » créé en 1980, est géré par l’association médico-pédagogique de Saint-Denis. Depuis le mois d’avril 2006, un nouveau CAMSP polyvalent géré par l’APF, a ouvert ses portes sur Noisy le Sec. Ces trois structures sont gérées par des associations régies par la loi de 1901, alors que beaucoup d’autres CAMSP sont rattachés à des hôpitaux.

Le CAMSP « Les comptines » est un des établissements de l’Association Médico-Pédagogique de Saint-Denis. Créé en 1980 à Saint-Denis, il propose des consultations spécialisées pour des enfants de la naissance à 6 ans présentant des pathologies du développement global (somatique, relationnel, cognitif). Il s’agit donc d’un dispositif spécifique d’évaluation, d’accompagnement et de soin, porté par une équipe pluridisciplinaire, sous la responsabilité d’une direction administrative et d’une direction médicale.

L’équipe est composée de psychiatres, pédiatre et neuropédiatre, psychomotriciens, psychologue, musico-thérapeute, danse thérapeute, éducateurs, assistante sociale, kinésithérapeute, orthophoniste, secrétaires. Cette attention plurielle contribue à dégager l’enfant et sa famille d’un diagnostic réducteur et d’aider à l’expression de ses potentialités.

La pluridisciplinarité permet au CAMSP d’offrir aux enfants et à leur famille un plateau technique qui va pouvoir prendre en compte les difficultés en globalité : si l’assistante sociale est en mesure de recevoir une famille et de retracer son histoire, la travail sur celle-ci pourra, à la demande des parents, se faire avec la psychologue. Inversement la psychologue ne fermera ni les yeux ni les oreilles sur les problèmes sociaux et orientera alors vers l’assistante sociale.

Dans une équipe comme celle de Saint-Denis qui fonctionne depuis 1980, chacun, en plus de ses propres compétences, profite de celles des autres professionnels, qui « déteignent » sur les formations initiales.

Le travail transversal occupe une place importante du fait de la conjonction des activités auprès du très jeune enfant et des différents types de handicap qu’ils peuvent présenter. L’orientation en CAMSP donne déjà lieu à des échanges et transmissions avec les hôpitaux, les PMI... Les incertitudes du diagnostic et pronostic nécessitent une élaboration diversifiée des différents professionnels. L’accompagnement vers une socialisation à la mesure des possibilités de l’enfant, ne peut se faire qu’en étroite coordination avec les structures d’accueil de la petite enfance (crèches, halte jeux, écoles maternelles ou établissements spécialisés).

Lorsque cet accueil pose une difficulté, le soutien de l’instance de médiation est précieux pour conforter des équipes qui craignent toujours de « ne pas savoir assez bien faire » auprès d’un enfant handicapé. La scolarisation n’est le plus souvent possible, malgré ce que dit la loi, que grâce à la bonne volonté et au travail de coordination entre les équipes de scolarisation, les familles et les enseignants référents.

Le CAMSP rencontre des enfants présentant une grande diversité de difficultés.

Si certains arrivent au CAMSP avec un handicap déjà diagnostiqué et annoncé, pour d’autres, le diagnostic plus long et plus difficile à établir sera annoncé au CAMSP dans un travail conjugué des différents professionnels avec la famille. Mais nous suivons de nombreux enfants pour lesquels la question du handicap ne se pose pas (ou pas encore) : il peut y avoir retard global ou éventuellement diagnostic précis d’une pathologie même sévère, sans que pour autant la famille ou les soignants se situent dans le champ du handicap. Cette posture permet une large ouverture et une grande liberté dans l’appréhension de l’enfant et de ses difficultés, qui lui sera toujours bénéfique.

Les nouvelles appellations M.D.P.H. et A.E.E.H. risquent de venir barrer ce champ libre, en assénant d’emblée le handicap à des familles de tout jeunes enfants qui ont besoin de temps et d’écoute pour cheminer.

Le CAMSP ESPOIR 93 :

Le CAMSP spécialisé en surdité est géré par l’association « Espoir 93 ». Son siège social est installé à Noisy le Sec. Il intervient sur l’ensemble du département. Dans un souci de limiter les déplacements des familles pour les prises en charge, le centre dispose de plusieurs antennes dans des locaux mis à disposition par le Conseil Général dans des PMI. La capacité d’accueil est comprise entre 25 et 30 enfants avec une rotation de 10 à 12 enfants chaque année. Les entrées se font tout au long de l’année au détour du diagnostic. Des sorties ont souvent lieu en fin d’année scolaire.

Concernant le dépistage et le diagnostic de surdité, le CAMSP. a signé une convention avec le Centre hospitalier Intercommunal de Montreuil au sein duquel le médecin ORL intervient en utilisant le plateau technique d’audiophonologie. A la suite du diagnostic de surdité posé par le médecin, l’enfant sera orienté avec sa famille vers le CAMSP où une aide pourra leur être proposée après une observation de l’enfant et des rendez-vous (médical et psychologique) avec l’enfant et ses parents.

Sous la responsabilité administrative du directeur et la responsabilité médicale du médecin directeur technique, le CAMSP propose des aides personnalisées de plusieurs sortes :

• médicales : médecin O.R.L., médecin Pédiatre

• paramédicales : orthophonie, appareillage, psychomotricité, bilan ou suivi psychologique

• éducatives : éveil sensoriel général et spécialisé, éducation auditive, socialisation, expression, communication, autonomie de déplacements, conseils aux familles, coordination avec les crèches, les écoles maternelles, etc. Un atelier "Expression-Communication" est proposé pour certains enfants déficients auditifs ; les parents peuvent participer à des séances collectives pour apprendre un moyen de communication adapté à leur enfant : Langue des Signes (LSF), Langage Parlé Complété (LPC).

• psychosociales : informations en matière de droits sociaux en lien avec la surdité de l’enfant, accompagnement dans les changements éventuels de la vie familiale, professionnelle, économique... L’équipe du CAMSP propose puis met en œuvre, avec l’accord des parents, des actions éducatives et thérapeutiques individuelles ou en petits groupes sur les lieux de vie (maison, crèche, halte-garderie, école) ou sur les lieux de soins habituels ou au CAMSP (la famille accompagne l’enfant).

Les membres de l’équipe sont à l’écoute des familles dans un souci d’aide et de soutien. Ils accompagnent la famille dans une recherche de réponse la plus adaptée possible aux besoins de l’enfant, que ce soit en milieu ordinaire ou en structure spécialisée. Les professionnels du CAMSP travaillent en partenariat et en collaboration avec les structures petite enfance (crèche, halte jeux, école maternelle). Ils accompagnent les équipes dans l’accueil de l’enfant handicapé. Une coordination régulière avec la CDA est faite tout au long de la prise en charge de l’enfant, principalement en ce qui concerne les aides financières compte tenu des dépenses liées au handicap (appareillage auditif, réduction ou arrêt de travail des parents, déplacements, formation pour les parents à la Langue des signes ou Langage Parlé Complété, aménagement du domicile...) et au moment de la sortie du centre pour envisager l’orientation de l’enfant et définir le projet personnalisé de scolarisation à mettre en place.

Des groupes de paroles de parents

En complémentarité des soins dispensés à l’enfant, des services d’aide à l’intégration sociale et scolaire, et de la guidance parentale, le CAMSP propose des groupes de parole de parents, co-animés depuis quatre ans par la psychologue et l’assistante sociale de l’équipe. Sensibles aux questions que les parents nous posaient dans le cadre des entretiens individuels, et pour lesquelles nous n’avions bien entendu pas toujours les réponses, nous leur avons proposé de les accompagner dans leurs questionnements, par la mise en place d’un groupe de parole. C’est ainsi que cette expérience s’est développée avec une petite dizaine de parents.

Les rencontres ont lieu dans les locaux du CAMSP à Noisy le Sec, à raison d’une fois par mois, en alternance en soirée ou le samedi matin, afin de favoriser la participation d’un maximum de parents. Ces temps d’échanges permettent aux parents de se rencontrer, en dehors des prises en charge mises en place avec l’enfant. Il s’agit d’un groupe ouvert, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire de s’inscrire à chaque séance et que tout nouveau parent peut à tout moment décider ou non d’y participer. Le groupe étant proposé dans le cadre du CAMSP.surdité, les participants ont tous en commun le fait d’être parents d’un enfant sourd ou d’avoir au sein de la famille, un enfant sourd.

Les échanges thématiques aidés parfois de supports tels que films, livres, articles de presse, sont divers et larges :

• être parent d’un enfant handicapé, ça change quoi ?

• le rôle du père et de la mère dans l’éducation ?

• être parent au quotidien, communiquer, qu’est-ce que c’est ?

• une orientation bien préparée : une orientation réussie ?

• par quels moyens faire évoluer le regard de nos concitoyens sur le handicap ?

Tous les échanges donnent lieu à un compte-rendu écrit par les animatrices et envoyé à chaque participant afin que ceux qui ne pouvaient pas se rendre aux séances, puissent rester en lien avec le groupe. Lieu d’échanges, d’expression, de partage d’expériences quotidiennes avec leur enfant, de soutien à la fonction parentale, les parents ont pu confier leurs préoccupations, leurs émotions, heureuses comme malheureuses. C’est également un espace où les parents peuvent s’entraider et se soutenir mutuellement, se donner l’occasion de prendre un temps pour eux-mêmes. Animatrices et parents ont pu, tout en accueillant et en respectant les divergences de point de vue et d’intérêt, co-construire une réflexion commune et permettre à chacun de cheminer individuellement dans sa manière de penser le handicap, ce qui peut questionner, interroger, déranger et faire évoluer.

La démarche initiale du groupe était de se donner du temps pour réfléchir et prendre d’une certaine manière, du recul face aux situations du quotidien. Cependant, au terme de ces années de rencontres, la construction d’un véritable travail de groupe entre parents et professionnels sur la problématique liée au handicap, a permis de passer de la réflexion à l’action : en effet, nous avons beaucoup fait référence cette année à la mise en place de la loi du 11 février 2005 ; et les parents se sentant plus armés, plus forts pour accepter le handicap de leur enfant, ont manifesté le désir d’agir afin de sensibiliser le public à la surdité. Parce que leur propre regard avait évolué, ils souhaitaient que celui des autres (passants, amis, voisins...) évolue lui aussi. Le choix d’écrire un article collectif a été retenu, ce qui a demandé pour le réaliser, un investissement fort en temps et en énergie des parents et des professionnels pendant plusieurs séances ! L’article est paru dans la revue de la CAF 93 [5]

Globalement, le bilan de cette expérience est positif. Tous les parents, y compris ceux qui ne sont pas venus régulièrement, ont témoigné de l’intérêt des groupes de parole. Cette expérience nous a tous enrichis : la qualité des échanges a permis de faire évoluer notre regard sur le handicap, sur la différence, sur l’autre plus largement.

Tout en étant restant bien entendu à l’écoute de la souffrance que les parents portent lorsqu’ils sont confrontés au handicap de leur enfant, nous savons réussi, semble-t-il, à mettre en évidence que le handicap fait partie de notre société humaine et que par conséquent, il est nécessaire de le considérer au même titre que toutes les différences dont est pourvu chaque être humain. Reconnaître l’enfant avec son handicap, c’est aussi et d’abord le reconnaître dans sa différence avec ses besoins particuliers, singuliers et semblables à ceux des autres enfants. Le fait d’avoir pu partager ces moments où chacun a pu s’exprimer sans jugement et en toute humilité, nous a appris à mieux nous connaître et nous reconnaître dans nos individualités et nos complémentarités, entre professionnels, entre parents et entre professionnels/parents, à nous respecter chacun dans nos propres avancées et limites. Le projet d’un nouveau groupe de parole au sein du CAMSP. est actuellement en discussion .

Conclusion

Nous ne pouvons qu’être convaincus de la nécessité de favoriser la présence des CAMSP. au plus proche des lieux d’accueil de la petite enfance.

Ces structures permettent en effet aux enfants porteurs d’un handicap de bénéficier d’une intégration progressive dans le milieu non spécialisé et cela dès le plus jeune âge avec, si nécessaire, le soutien de l’équipe pluridisciplinaire du CAMSP.

C’est aussi inviter leurs parents à fréquenter les structures d’accueil ordinaires et ainsi éviter qu’un repli sur eux-mêmes ne s’installe, en leur offrant la possibilité d’être reliés aux parents d’enfants du même âge.

Témoignage

L’exercice de cette spécialité au CAMSP s’inscrit dans le temps de l’annonce du handicap éventuel ou dans celui d’un trouble du développement de l’enfant.

Ces troubles s’expriment sur un versant somatique et/ou psychique. En écoutant l’histoire de l’enfant et de sa famille, je me sens à une place privilégiée pour proposer d’établir des ponts entre ces symptômes et des éléments relationnels, en rompant avec le clivage habituel.

Il peut s’agir du suivi d’un enfant né prématurément dont la famille a des difficultés sociales et juridiques ; c’est très souvent le retard de développement qui motive l’adresse au CAMSP, soit au cours d’un bilan médical étiologique, soit au détour de l’annonce d’un diagnostic.

Il s’agit pour moi de renouveler l’expérience d’une « proximité », en étant là au sens d’accompagner dans un espace situé entre le savoir et non-savoir, d’oser écouter les questions qui touchent aux limites de ce que nous ne savons pas en termes d’existence à venir pour cet enfant précisément.

J’essaie dans toutes ces situations de « prendre part » c’est à dire de chercher ensemble une ouverture menant vers un sens différent pour chaque famille. « Pourquoi nous ? », « Comment va-t-il évoluer ? » « Que va t-il devenir à l’âge adulte ? ».

Avec les membres de l’équipe concernée, nous veillons à ce que l’enfant devienne davantage un sujet pour ses parents avec qui essayer d’ajuster des relations malgré la souffrance et les nombreux problèmes médicaux, sociaux, familiaux, sans l’identifier à son handicap. De fait, le handicap ou la longue maladie, ont des effets délétères perturbant le tissu relationnel contenant l’enfant et sa famille. Les parents vont devoir élaborer un nouveau projet entre le « tout possible » et le « rien à faire » en acceptant petit à petit d’aller vers un inconnu avec un enfant différent.

Ce travail que nous élaborons ensemble, à notre expérience, réveille l’enfant qui est en chacun des parents et son propre vécu, nous conduisant parfois jusqu’à un maternage du « noyau enfant » pour certains. Ce partage étaye, sous un nouveau jour, les fonctions parentales. Il m’a demandé d’acquérir une méthodologie différente, donnant une grande place à l’écoute et à la subjectivité de chacun, dans toutes les étapes du suivi de l’enfant : que ce soit lors de mes premières rencontres où les antécédents de l’enfant laissent émerger l’histoire familiale, ou bien lors des liens tissés avec les structures hospitalières. A cette occasion l’expression des affects, et la reprise des renseignements médicaux permettent aux parents de repartir vers les consultations, plus disponibles et plus sereins.

Le temps vient où se pose la question de la socialisation, en école maternelle et/ou de l’orientation vers des structures spécialisées. Ces décisions demandent du temps, de nombreuses informations et réflexions, occasionnent de nouvelles souffrances, et réveillent la culpabilité. Tous ces éléments sont déposés auprès de nous pour franchir une nouvelle étape. Pédiatre au CAMSP, c’est, au-delà de l’approche médicale classique, travailler toutes sortes de « liens » : ceux qui entourent et portent l’enfant ainsi que tous ceux qui tissent le travail et la réflexion de l’équipe.

Marie-Noël MUH Pédiatre aux Comptines, depuis 25 ans

Billet d’humeur : « Comment tu t’appelles ? Moi ? Handicap »

Le langage est porteur de sens collectif avec un fond commun qui donne l’illusion d’une communauté d’esprit bienveillante. Le mot « Handicap » n’est pas épargné, il est partout, personne ne peut échapper à ce qu’il désigne comme spécial- hors du commun. Il est même devenu un sésame pour ouvrir des portes gestionnaires ou pour les fermer. (Maison Départementale des Personnes Handicapées, loi handicap de 2005, etc...).

Y a-t-il quelqu’un derrière l’handicapé(e) ? Certaines lois (généreuses à l’origine ?), sous l’apparence de la solidarité, exhortent à la réduction selon une seule dimension. Inclusion finit par flirter avec exclusion puisque, dans un même espace, les uns s’appellent Jean, Véronique, Nicolas ou Julie et d’autres Handicap. Handicap ne sera parfois admis(e) dans certaines institution, à l’école par exemple, que parce que les textes législatifs en font l’obligation. On risque ainsi d’annuler les blessures d’estime de soi que peut représenter pour un enfant l’intégration ratée parce que mal évaluée.

Mais on aura peut-être alors fait des économies de temps de travail, c’est-à-dire des temps d’évaluation des bénéfices, des inconvénients, de la nécessité, des ressources du droit à l’intégration pour cet enfant pas tout à fait comme les autres, qui, comme tout être en devenir, a le droit de se construire un avenir. Combien de fois va-t-il se sentir un(e) intégrable, désintégré(e) par les pressions discriminatrices ?Il y a danger de non-respect quand accueil se confond avec obligation. Handicap deviendra un mot qu’on ne devra prononcer qu’en s’excusant de tant de charges à venir. Certes, la loi oblige à ouvrir certaines portes à tous et toutes :

• C’est un droit que l’enfant soit accueilli dans toutes ses potentialités,

• C’est un droit qu’on propose aux lieux d’accueil les moyens indispensables à l’accomplissement de cette ouverture,

• C’est un devoir social et éthique que doit impulser et assumer le politique.

Docteur Françoise Sanchez Psychiatre psychanalyste Directrice médicale du CAMSP de Saint-Denis (93)

Post-Scriptum

Contact : C.A.M.S.P. Les Comptines- 1 place Youri Gagarine - 93000 St Denis - 01 42 35 48 10 C.A.M.S.P. APF - 23 avenue de Rosny - 93130 Noisy le Sec - 01 48 50 37 70 C.A.M.S.P. Espoir 93 - 92 bis rue Jean Jaurès - 93130 Noisy le Sec - 01 48 46 34 76










Boutique solidaire de noël
Les assises Nationales de la Protection Juridique des Majeurs à suivre en direct !
Une course aux couleurs de l'UNAPEI
 



Préparation du 4ème plan autisme
Protection juridique
Vidéothèque
 



5 000 € d'indemnisation du préjudice moral pour un élève handicapé sans AVS
Touche pas à mon poste ! : Hanouna redore son image avec le handicap
Une journée pour trouver son futur métier avec l'Agefiph
 



2017, Parution en français du Manuel d'utilisation de la CIF en pratique clinique
Tout savoir sur le projet ParticipaTIC
Actes numériques de la journée d'études «  »Aménagements raisonnables et Situations de handicap. Quels usages d'un nouveau cadre juridique ? » (11 février 2016, Paris)
 



FNMJI : L'ORGANISATION DE RÉFÉRENCE
 



# Dans la même RUBRIQUE
12 Articles

Logements adaptés - LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Le regard d’un juge des tutelles
Les enjeux du débat autour du handicap psychique
Le temps des rites
Handicap en chiffres 2005
Mettre en place, en institution, une activité d’éducation affective et sexuelle
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le polyhandicap...
Comment traitons-nous les personnes handicapées ?
Un Café Signes pour une belle rencontre
Les CAT interpellés
Un médiateur des personnes en situation de handicap
Handicap : comment avoir accès au quotidien ?


# A voir sur le WEB
7 Références

FEGAPEI - Fédération nationale des associations gestionnaires au service des personnes handicapées et fragiles
 

Actualités de l’Agefiph
 

Le site de la FNMJI
 

MSSH
 

Faire Face
 

Handicap
 

Unapei
 

Notes

[1] CDA : commission des droits et de l’autonomie - CDES : commission départementale d’éducation spéciale - SESSAD : service d’éducation spéciale et de soins à domicile

[2] Cf article dans ce numéro de PLUME sur l’Instance de médiation et de recours

[3] ANECAMSP : www.anecamsp.org

[4] compte-rendu des colloques en lien sur le site : www.carnetpsy.com

[5] cf Magazine Vie de famille de la CAF 93 - N° 81 - février 2006




Une Réaction, un Commentaire...?


  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)









 

Vos Réactions...


Sur le Forum...

29 décembre 2016
RECONNAITRE ET VALORISER LE TRAVAIL SOCIAL - Un Rapport et 23 Propositions
ces recommandations sont pertinentes.

8 décembre 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Madame, Merci pour cette analyse précise dont j’ai hélas trop tard compris les mécanismes. En effet, je sors de mon silence avec une (...)

13 juin 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
la matraitance peut etre du aussi a l etat psychologique des enfants .Enfant depressif, narcissique desociabilise car eux meme sont a la (...)


13 février 2016
La place du social dans la santé
article à lire et à imprimer

7 décembre 2015
"Plume", la revue du CLICOSS 93
est ce possible de recevoir la revue du clicoss 93 du mercredi 07/01/2007 , ?je faisais partie de cet atelier ! merci ,si cela est possible (...)

2 novembre 2015
Définition du Travail Social
Le travail social se base essentiellement sur le sens de l’amour de l’outre ,le sens d ’altruisme , la justice sociale , le (...)


Enquête métier
Recherche de stage gratifiable
CDI ASS
référence éducative [1]
journal et handicap
ETP ou passer son chemin?!
prepa concours
Besoin d'un Réseau de travailleur social su ...
Éducatrice Spécialisée en libéral
Urgent:offre d'emploi CDI+CDD 78 (meulan ,le ...
URGENT OFFRE EMPLOI CDD 95
Poste d'Auxiliaire de Puericulture et EJE en ...
CDD d'AS 6 mois Lyon
Postes d'éducateurs et éducatrices de rue ...
Un cadeau pour progresser dans ses écrits u ...
Dernier document mis en ligne

Le baromètre 115 synthétise les demandes et réponses faites au numéro d’urgence au cours du mois de juillet 2016 dans les 45 départements étudiés et à Paris.

Droits de diffusion

Conformément à la législation sur la propriété intellectuelle, l'ensemble des documents publiés sur OASIS ne peuvent être reproduits sans autorisation. Hormis sur Internet, sont autorisées la reproduction et la diffusion non commerciales des articles du magazine, sous réserve de citation obligatoire des sources.
© OASIS - 1999/2015

| Se connecter | Plan du site | RSS 2.0 |  Contacts |