Un regard...
en 647 articles
et 363 signatures d'auteurs
sur l'essentiel de la presse du TRAVAIL SOCIAL










jeudi 10 juillet 2003
Les associations d’aide aux victimes demandent des moyens suffisants
par Joël PLANTET


L’Institut national d’aide aux victimes et de médiation (Inavem) tenait fin juin 2003 à Paris ses XIXèmes assises sur le thème « Humanité et compétence, ambition associative ». Quelques questions gênantes ont été posées à Dominique Perben, Garde des Sceaux, par exemple sur le manque de moyens financiers octroyés aux associations « au regard des missions de plus en plus nombreuses pour lesquelles les pouvoirs publics les sollicitent »


On pourrait penser qu’elles ont le vent en poupe. Du chemin a en effet été parcouru en deux décennies, depuis que le rapport Milliez sur l’aide aux victimes et la volonté politique de Robert Badinter, alors ministre de la Justice, aient favorisé l’essor des associations de victimes. En 1992, l’accident aérien du Mont Saint-Odile et la catastrophe du stade de Furiani ont, trois ans avant les attentats survenus à Paris, fait connaître leurs interventions auprès des familles et permis que la parole des victimes soit davantage entendue dans les procès. Elles ont établi une charte des services (1993), puis un code de déontologie (1996). Elles s’inscrivent aujourd’hui dans le cadre de la médiation pénale, sont présentes dans nombre de procédures judiciaires et ont fait apparaître le caractère essentiel de la prise en charge des personnes après de grands accidents collectifs. Plus de 200 000 personnes victimes sont accueillies et accompagnées par le réseau chaque année : 60 % des demandes concernent des affaires pénales, les violences physiques, atteintes aux biens et accidents de la circulation arrivant en tête.

Lancées par Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la Ville, des services d’aide aux victimes d’urgence (SAVU) entendent d’ailleurs répondre aux attentes de ces victimes de violences. Globalement, environ 650 bureaux d’accueil se sont ouverts sur le territoire. Mais entre 2000 et 2001, les statistiques d’orientation de la police et de la gendarmerie vers les associations d’aide aux victimes avaient augmenté de 65 %. Une réflexion s’est engagée avec les services du ministère de l’Intérieur sur la généralisation des permanences d’accueil des victimes au sein des commissariats ou des brigades de gendarmerie. De même, les tribunaux correctionnels, les services d’urgence hospitaliers, les maisons de la justice et du droit envisagent le plus souvent la présence des associations dans leurs locaux. Présentée comme « une démarche globale d’évaluation du travail effectué par les associations au service des victimes depuis 20 ans », la rencontre a pourtant donné l’occasion aux quelque 150 associations de préciser leurs inquiétudes face aux pouvoirs publics, concernant entre autres leur pérennité. L’amputation des crédits Politique de la Ville et les sorties du dispositif emplois-jeunes ont été d’emblée rappelées au ministre de la Justice (qui « ne consacre qu’un millième de son budget aux associations d’aide aux victimes », calculait Jacques Calmettes, président de l’Inavem) [1].

Davantage de professionnalisme

Par ailleurs et dans le cadre du projet de loi adaptant les moyens de la justice aux évolutions de la criminalité, deux points inquiètent particulièrement les associations : d’une part, l’information des victimes quant aux modalités d’exécution de la peine (en clair, avertir la personne concernée lorsque le condamné est libéré) serait conditionnée à la personnalité de la victime, ce que l’Inavem juge discriminatoire ; d’autre part, même si la loi prévoit maintenant la remise d’une copie du procès verbal à la victime lors du dépôt de plainte, celle-ci ne se verrait informée de la suite donnée au dossier que lorsque l’auteur des faits est identifié (soit un tiers des cas) : cette disposition est pour l’Inavem « une pénalisation des victimes les plus démunies, qui se vivraient légitimement abandonnées par l’autorité publique et qui seraient dès lors exposées au risque de la perte de leurs droits en terme d’indemnisation ». Interpellé, le ministre s’est voulu rassurant : « Cela ne doit pas [...] entraîner un recul de l’information de la victime dans les cas où l’auteur n’est pas identifié. La navette parlementaire nous permettra de répondre sur ce point aux craintes que vous avez exprimées ». Rappelant la publication en février dernier d’un guide méthodologique sur le rôle de l’administrateur ad hoc et la création en mars d’un groupe de travail avec les professionnels concernés pour élaborer un guide de bonnes pratiques, le ministre a annoncé la mise en place, à partir du 2 juillet 2003, d’une réflexion concernant « les enfants et les adolescents qui fuguent, qui sont enlevés ou qui disparaissent, sont en proie à des dangers qui méritent une vigilance particulière ». Présenté par la Fondation pour l’enfance, le projet de création d’un service d’écoute téléphonique et d’assistance aux familles pourrait se voir concrétiser en octobre prochain. Certaines catégories de victimes plus vulnérables - femmes conjugalement violentées, personnes âgées, handicapées... - devraient faire l’objet de mesures spécifiques. En outre, un projet de directive européenne est en cours de discussion sur l’indemnisation des victimes d’infraction.

Et les équipes ? Majoritaires dans les années 80, les intervenants bénévoles ont progressivement été dépassés en nombre par l’embauche de salariés permanents : travailleurs sociaux, psychologues, juristes... En 2000, ils étaient 600 salariés permanents - 400 équivalents temps plein (ETP) - à intervenir dans le réseau national d’aide aux victimes, alors que les bénévoles, eux, étaient au nombre de 400 (60 ETP). L’objectif est aujourd’hui de constituer dans l’ensemble des départements une permanence d’associations appuyée sur une équipe professionnelle composée « au minimum d’un coordonnateur de service, de deux spécialistes - juriste et psychologue - voire d’un travailleur social, ainsi que d’accueillants, généralistes de l’aide aux victimes, spécialement formés à l’évaluation et au suivi des difficultés des victimes ».

Post-Scriptum

Texte paru dans LIEN SOCIAL N° 673 du 10 juillet 2003










La relation entre pornographie et hypersexualisation
Un livre sur le financement de la campagne 2007 de Sarkozy par Kadhafi
Livre Blanc sur les peines alternatives à l'incarcération, les aménagements de peine et la réinsertion
 



# Dans la même RUBRIQUE
14 Articles

La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Laurent MUCCHIELLI - L’Invention de la Violence
Les violences sexospécifiques et sexuelles à l’égard des hommes
Les politiques face à l’enjeu des banlieues
Violences aux femmes, une affaire d’État
Une lecture des émeutes urbaines
Strasbourg aux heures ouvrables
Délinquance des mineurs : des réponses
Faut-il croire à une montée de l’antisémitisme en France ?
Etat de la violence et violence de l’Etat
Opération Ville vie vacances
Violences urbaines et insécurité : au delà des « simplismes »...
Réagir face aux violences urbaines
La violence institutionnelle ? Aller plus loin dans la question sociale


# Du même AUTEUR
15 Articles

Légion d’honneur pour Martine Trapon
Salut, Victor !
Le travail social bouge encore
La politique de la ville au point mort
L’enfant et la séparation parentale
Les valeurs du travail social menacées
Sectes et travail social, la vigilance s’impose
Vers la pénalisation croissante du travail social ?
La pauvreté, un enjeu politique
Cacher la misère des Roms
Police et habitants : des relations à améliorer
L’intégration des étrangers, enjeu électoral majeur
Le droit de vote des étrangers est inéluctable
Quelle prévention pour quelle délinquance ?
Crise à l’IRTS-Paris


# A voir sur le WEB
1 Références

CESDIP
 

Notes

[1] Inavem - 1 rue du Pré Saint-Gervais - 93691 Pantin cedex. Tél. 01 41 83 42 00. N° Azur : 0810 098 609 (10h - 20h, du lundi au samedi). www.inavem.org




Une Réaction, un Commentaire...?


  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)









 

Vos Réactions...


Sur le Forum...

29 décembre 2016
RECONNAITRE ET VALORISER LE TRAVAIL SOCIAL - Un Rapport et 23 Propositions
ces recommandations sont pertinentes.

8 décembre 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Madame, Merci pour cette analyse précise dont j’ai hélas trop tard compris les mécanismes. En effet, je sors de mon silence avec une (...)

13 juin 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
la matraitance peut etre du aussi a l etat psychologique des enfants .Enfant depressif, narcissique desociabilise car eux meme sont a la (...)


13 février 2016
La place du social dans la santé
article à lire et à imprimer

7 décembre 2015
"Plume", la revue du CLICOSS 93
est ce possible de recevoir la revue du clicoss 93 du mercredi 07/01/2007 , ?je faisais partie de cet atelier ! merci ,si cela est possible (...)

2 novembre 2015
Définition du Travail Social
Le travail social se base essentiellement sur le sens de l’amour de l’outre ,le sens d ’altruisme , la justice sociale , le (...)


Enquête métier
Recherche de stage gratifiable
CDI ASS
référence éducative [1]
journal et handicap
ETP ou passer son chemin?!
prepa concours
Besoin d'un Réseau de travailleur social su ...
Éducatrice Spécialisée en libéral
Urgent:offre d'emploi CDI+CDD 78 (meulan ,le ...
URGENT OFFRE EMPLOI CDD 95
Poste d'Auxiliaire de Puericulture et EJE en ...
CDD d'AS 6 mois Lyon
Postes d'éducateurs et éducatrices de rue ...
Un cadeau pour progresser dans ses écrits u ...
Dernier document mis en ligne

Le baromètre 115 synthétise les demandes et réponses faites au numéro d’urgence au cours du mois de juillet 2016 dans les 45 départements étudiés et à Paris.

Droits de diffusion

Conformément à la législation sur la propriété intellectuelle, l'ensemble des documents publiés sur OASIS ne peuvent être reproduits sans autorisation. Hormis sur Internet, sont autorisées la reproduction et la diffusion non commerciales des articles du magazine, sous réserve de citation obligatoire des sources.
© OASIS - 1999/2015

| Se connecter | Plan du site | RSS 2.0 |  Contacts |