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dimanche 18 janvier 2009
Prévention de la délinquance et des « conduites à risque »
par Eric MARLIÈRE


« Former les professionnels des collectivités, du milieu enseignant, de la justice ou du milieu associatif à une culture de la prévention sociale : la création d’un diplôme d’université prévention de la délinquance et « des conduites à risques » à Paris 12 ». Les politiques de prévention dans les domaines des collectivités territoriales ont trop souvent négligées l’aspect « prévention sociale » dans leur application. En effet, les politiques publiques de prévention mises en œuvre dans différents pays européens sont trop souvent méconnues. Oscillant entre prévention générale et prévention de la délinquance, les actions qu’elles ont initiées en ces domaines sont restées souvent subsidiaires alors que nous vivons dans une société du risque et de l’insécurité qui impose leur développement.


C’est pourquoi le D.U. prévention de la délinquance et des « conduites à risque » de l’Université Paris 12 (en partenariat avec l’Association Mission Possible) se fixe comme objectif de diffuser une culture de prévention permettant à tous les professionnels concernés (juges, psychologues, pédagogues, psychiatres, sociologues, médecins, éducateurs, chefs de projet, etc.…) de disposer des savoirs, savoir être et savoir-faire favorisant une pratique de qualité, méthodique, rigoureuse et évaluée, permettant d’optimiser cette démarche et de lui redonner une place prépondérante dans les politiques criminelles d’aujourd’hui. S’agissant d’une formation-action, qui fait interagir la recherche et l’application, ce diplôme d’Université repose sur une approche interdisciplinaire de la prévention de la délinquance qui décloisonne tant la réflexion que l’action. Il s’appuie sur des applications concrètes en France, en Europe et au Canada dont il tend, par une analyse comparée, de dégager les conditions et méthodes de la réussite. Il vise ainsi à redonner ses lettres de noblesse à une démarche trop méconnue et qui reste encore marginale alors que des expériences réussies en démontrent la pertinence.

I/ La prévention précoce : palliatif et/ou complémentarité d’une politique répressive parfois trop coûteuse

La volonté de monter un diplôme d’Université qui doit démarrer, en principe, en mars 2009 est le fruit d’une volonté commune : celle de Madame Claude Beau, juge pour enfant, Vice-présidente du TGI de Paris et Présidente de l’association Mission Possible (Association loi 1901 chargé de faire de la prévention précoce auprès d’enfants vulnérables des « quartiers sensibles ») ; celle de Monsieur Gérard Teboul, Professeur des Universités à l’UFR des Sciences Juridiques à l’Université Paris 12. Pour la première, le constat pragmatique et professionnelle dans la mesure où la justice ne peut résoudre les problèmes de vulnérabilité sociale et psychologique des enfants dont les conditions sociales, économiques et familiales sont difficiles (précarité des familles, mère soumis aux mauvais traitements du père, environnement social dégradé, etc.). Le second, juriste en Droit International, n’hésite pas à rappeler les principes directeurs de Riad afin de prévenir la délinquance juvénile, les textes internationaux contiennent de nombreuses règles soulignant la nécessité d’actions multiples. Au nombre de celles-ci, deux politiques méritent, notamment, de retenir l’attention : l’une se propose de financer certains services, équipements et personnels susceptibles d’être bénéfiques pour les jeunes ; l’autre entend soutenir l’exercice de la fonction parentale au profit des mineurs [1].

Pour aller plus loin, les inspirations intellectuelles communes de Madame Beau [2] et de Monsieur Teboul vont de pair avec le projet High Scope aux États-Unis qui est une intervention, suivie depuis 40 ans, auprès d’enfants qui avaient 3 et 4 ans au moment de l’intervention. Il s’agit d’un programme mis en œuvre à l’école maternelle avec un nombre d’enfants réduit (un adulte pour 6 enfants), 4 demi-journées par semaine pendant 2 ans. L’intervention est centrée sur le développement des fonctions exécutives, c’est-à-dire sur ce que Piaget nous a montré qui se développait à la petite enfance : la capacité de résoudre des problèmes. Elle n’est donc pas centrée sur les comportements d’agression mais sur la capacité à développer des fonctions exécutives qui nous permettent de gérer nos comportements. Ce programme comportait aussi un soutien aux parents à domicile [3] : les effets 40 ans plus tard : meilleures performances scolaires, moitié moins de criminalité à l’adolescence, moins d’emprisonnement à l’âge adulte, meilleure intégration sur le marché du travail, revenus plus élevés. Après 27 ans, cela représente un rapport coût/bénéfice de 1 à 7 : le bénéfice est 7 fois plus élevé que la mise (c’est le chiffre qu’on donne comme venant du Canada, mais au Canada on a repris le résultat de cette étude Américaine). Après 40 ans (les résultats viennent de paraître l’an dernier) le rapport coût/bénéfice est de 13 [4] .

II/ Le constat d’un manque d’une culture de « prévention sociale » dans les réponses apportés aux problématiques de la délinquance juvénile

La démarche de l’Association Mission Possible, influencée par les expériences étrangères notamment des États-Unis, est donc pour le moins originale en France puisqu’elle tente de prévenir les causes. Implantée bientôt sur 7 [5], l’Association Mission Possible apparaît comme une alternative à « l’enfant oublié » [6] qui articule Action, Recherche, Développement et Formation dans une optique d’intervention auprès des enfants, de soutiens des parents dans un contexte de mutations sociales et urbaines en vue de créer une action locale. C’est dans ce cadre qu’est né le projet D.U. Prévention de la délinquance et des conduites à risques destiné à des professionnels de tout bords (enseignants, médecins, avocats, etc.), des salariés (cadres ou non) des collectivités en charge des questions de sécurité urbaine ou de jeunesse. Ce diplôme d’Université vient à la fois concrétiser sept ans d’action de l’Association Mission Possible tout en ayant la volonté de pérenniser un « savoir faire » original et surtout de développer une « culture de la prévention sociale ». Le constat d’un réel besoin d’une culture de « prévention sociale », associé à celui de la prévention précoce (prévenir auprès d’enfants en situation de vulnérabilité sociale), incite les « initiateurs » du D.U. à proposer, auprès de professionnels censés intervenir sur les questions de sécurité et de jeunesse, une réelle connaissance de la prévention. Le constat, d’un universitaire et d’une magistrate nous renseigne sur les carences en termes d’approche des problématiques des questions de délinquance juvénile jugés trop inefficaces en termes de coût économique, humain et financier. Ce D.U. a pour objectif au travers d’une formation pluridisciplinaire associant sociologie, économie, droit et qui tente d’articuler recherche, réflexion et action est un principe novateur dans la mesure où il apporte des outils d’analyse et de réflexion à des élus ou employés des collectivités qui ont peu de formations théoriques et/ou le recul nécessaire à certaines problématiques. De plus, le thème de la « prévention sociale » remet, dans une certaine mesure, la problématique de la « question sociale » [7] au cœur du diagnostic trop souvent édulcoré jusque-là des politiques publiques criminelles et territoriales.

III / Les objectifs : agir sur une délinquance en augmentation dans les « quartiers sensibles », faire réfléchir les élus et les professionnels sur les « demandes de sécurité » [8] et poser, à nouveau, la question sociale de la problématique délinquance

De nos jours dans les réponses apportées des politiques publiques vis-à-vis des questions de délinquance, il semble clair que les réponses des politiques publiques davantage répressives (notamment depuis les lois Perben I et II) altèrent les origines que peuvent être, pour partie, les causes sociales. Sans aller jusqu’à évoquer l’ « excuse sociologique », il est essentiel en associant le rôle des parents tout en évoquant les dysfonctionnement scolaires que la « question sociale » – notamment les conditions de vie, les revenus souvent très insuffisants, les perspectives d’avenir - doit être re-contextualiser comme une variable essentielle pour agir sur les causes et les effets de la délinquance. Si la prévention précoce est primordiale pour « désamorcer la délinquance des jeunes » [9] y associée une « culture de la prévention sociale » apporte une sorte de « plus-value » à la qualité d’un D.U. (pluridisciplinaire). En effet, dans les réponses apportées aux problématiques de délinquance juvénile – phénomènes de plus en plus récurrents et qui concerne davantage de jeunes (et souvent de plus en plus jeunes) – il est impératif de ne pas occulter les problématiques globales afin d’agir avec le plus d’efficacité possible sur une « jeunesse en manque de repères » [10] et en situation de vulnérabilité sociale. La formation pluridisciplinaire du D.U. prévention de la délinquance et des « conduites à risques » montre que les enjeux psychologiques, juridiques, éthiques et sociologiques sont tous de premières importances pour saisir la question de la problématique jeunesse des quartiers populaires en proie aux difficultés économiques, sociales et familiales qui seraient, en partie, à l’origine des problématiques de délinquance juvénile et des troubles de l’ordre public. La grande variété des disciplines enseignées a pour objectif de former le professionnel à une connaissance élargie des problématiques auxquelles sont confrontées les jeunes qui dépassent, de loin, le seul fait de l’acte de délinquance et de « violences ». Pour le sociologue que je suis, la démarche qui consiste à expliquer les enjeux sociaux reste prédominante dans mes réponses en termes explicatifs des causes de la délinquance même si ils ne sont pas les seuls et sans vouloir être non plus déterministe. Cela étant, il est impératif, à mon sens, pour tout professionnel quels que soient le métier ou la formation d’origine en charge des questions de jeunesse et de sécurité urbaine d’acquérir des connaissances larges en vue de développer, à côté des mesures pénales déjà en place, et maîtriser une « culture de la prévention sociale ». La question de la délinquance juvénile, des « violences urbaines », des « bandes de jeunes » concerne une jeunesse populaire évoluant dans les « quartiers sensibles » qui fait, pour beaucoup de nos citoyens, « figure d’épouvante ». Or, j’ai montré dans mes recherches empiriques que ces jeunes cumulaient un ensemble d’handicaps sociaux : ils appartiennent aux classes populaires ; ils émergent des deux dernières générations françaises concernées par la « crise » ; ils sont, pour beaucoup d’entre eux, issus des immigrations africaines et Nord africaines ; enfin, ils évoluent dans des espaces territoriaux et sociaux stigmatisés et en voie de relégation sociale.

Conclusion : La création du D.U. prévention de la délinquance et des « conduites à risque » de l’Université Paris 12 (en partenariat avec l’Association Mission Possible) correspond à une aporie institutionnelle s’agissant de transmission d’une culture de prévention sociale à des professionnels concernés par les problèmes liés aux questions de délinquance (juges, psychologues, pédagogues, psychiatres, sociologues, médecins, éducateurs, chefs de projet, etc.…). Cette formation universitaire pluridisciplinaire dispense des savoirs, savoir être et savoir-faire favorisant une pratique de qualité, méthodique, rigoureuse et évaluée, permettant d’optimiser cette démarche et de lui redonner une place prépondérante dans les politiques criminelles et politiques publiques territoriales d’aujourd’hui. S’agissant d’une formation-action, qui fait interagir la recherche et l’application, ce diplôme d’Université repose sur une approche interdisciplinaire de la prévention de la délinquance qui décloisonne tant la réflexion que l’action. Il s’appuie sur des applications concrètes en France, en Europe et au Canada dont il tend, par une analyse comparée, de dégager les conditions et méthodes de la réussite. Cette formation s’avère innovante dans la mesure où s’adressant à des professionnelles elle apporte à la fois un regard pluridisciplinaire et un décloisonnement recherche, réflexion et action. C’est ce type de formation spécialisée qui manque, à l’heure actuelle, à l’Université mais aussi à un ensemble d’organismes comme le GRETA ou encore la CNFPT. Enfin pour conclure il est essentiel, à côté des facteurs indispensables que sont la psychologie adolescente, les questions familiales, l’environnement social, les problèmes éthiques ou encore la « question sociale », de resituer le parcours des jeunes dans le contexte des difficultés économiques dans un pays confronté, depuis plus de 25 ans, à une mutation des modes de production. Pour autant, ces jeunes, immigrés ou non, violents ou pas sont en proie à des difficultés sociales majeures alors que bon nombres de nos institutions les traitent en menace. Ces jeunes des milieux populaires (et notamment les délinquants et ceux au prises aux questions de violences et donc de vulnérabilité sociale) sont avant tout français et constitue l’avenir de notre pays. C’est pourquoi, il faudrait que les institutions changent de paradigmes et considèrent désormais ces jeunes non comme une menace mais plutôt comme une ressource ce qu’essaie de faire l’association Mission Possible au quotidien et que ce D.U. tentera de transmettre aux professionnels et étudiants soucieux de répondre à une problématique sociale de plus en plus urgente.










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Notes

[1] Voir sa contribution écrite sur le site de l’Association Mission Possible : G. TEBOUL, « Prévention de la délinquance juvénile et Droit International : quelques observations », in Journées Internationales de la Prévention, 31 janvier-1er Février 2008, Paris La Défense, www.missionpossible.asso.fr

[2] Lors d’une interview dans le journal « Les Echos », la présidente de Mission possible rappelle qu’un enfant pris encharge par son association revient à 8 euros par jour, très loin des 250 à 400 euros d’un placement en assistance éducative et des 750 euros d’une journée en centre éducatif (la prison revient à 500 euros par jour).

[3] Voir sa contribution également cf. R. TREMBLAY, « La prévention précoce des comportements antisociaux », in Journées Internationales de la Prévention, 31 janvier-1er Février 2008, Paris La Défense, www.missionpossible.asso.fr

[4] R. TREMBLAY, ibid.

[5] sitesParis 19e, Paris 20e, Argenteuil, Saint-Ouen-l’Aumône, Territoire de Belfort, Grenoble et bientôt Drancy …

[6] Voir le nouveau site de présentation de l’Association Mission ou encore la plaquette.

[7] Au sens où l’entend Castel Cf. R. CASTEL, Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Paris, Fayard, 1995.

[8] Notamment au niveau des électeurs en demandes de sécurité physique et de confort au détriment de l’insécurité sociale Cf. de H. LAGRANGE, Demandes de sécurité. France, Europe, États-Unis, Paris, Le Seuil, 2003.

[9] Interview de Madame Beau dans « Les Echos », Présidente-fondatrice de Mission possible.

[10] Ibid. Voir l’interview de Madame Beau dans « Les Echos ».




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