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lundi 10 novembre 2003
Rémi HESS
« Produire son oeuvre, le moment de la thèse »
par Georges BERTIN


Avant-propos de Christine Delory-Momberger.

Paris, éditions Téraèdre , collection L’anthropologie au coin de la rue, 2003, 176 p.


Dans cet ouvrage, Remi Hess, professeur de Sciences de l’Education à l’Université de Paris 8-Vincennes à Saint-Denis, spécialiste de l’Analyse institutionnelle, nous entraîne dans un parcours personnel dont il fait profit pour questionner un moment particulier de la relation éducative, celui de la thèse, qui transforme la vie d’un homme et d’une femme en le faisant accéder au statut doctoral, l’instituant comme chercheur en quelque sorte dans le petit monde universitaire, à la fois temps d’objectivation des savoirs accumulés et lieu de tous les fantasmes projectifs. Ici, comme le souligne la préfacière, l’histoire de vie cesse d’être une affaire privée lorsqu’elle apparaît dans un contexte de recherche. Remi Hess y revisite tout son parcours personnel et universitaire dans une autobiographie réfléchie, s’appliquant à lui-même, et pour notre édification personnelle, les principes de l’analyse de l’implication qu’il professe depuis vingt cinq ans en enseignant la pratique des journaux institutionnels [1].

Il s’y exerce au traitement de ce qui constitue et une expérience personnelle, sa propre thèse, et une pratique professionnelle, puisqu’il a dirigé sa première thèse en 1982 (la première de cinquante six) et participé, depuis, à plus de cent soixante jurys de thèses en Sciences de l’Education. Il s’agit donc bien d’un travail sur un domaine spécifique, les thèses de sciences humaines, dont il souligne qu’elles sont souvent tiraillées entre plusieurs types de rationalités, « celui des sciences exactes et la question de l’oeuvre ». Ouvrage conduit sur une base régressive progressive pour aider les étudiants à mieux aborder méthodologiquement parlant ce moment difficile et exigeant.

Prônant vigoureusement l’interdisciplinarité, la polyvalence et le décloisonnement disciplinaire, Remi Hess a vécu son inscription universitaire comme une succession de conflits théoriques liés aux courants intellectuels dans lesquels il lui fallait se situer. Elève d’Henri Lefebvre, il déclare avoir été dissocié entre travail de terrain et lectures philosophiques et a produit, en un an, une thèse d’analyse institutionnelle sur le mouvement maoïste, puis une thèse d’Etat sur travaux. De cette expérience, il a conservé un fort sentiment d’appartenance au courant qui l’a en quelque sorte institué comme universitaire.

Passée la nécessaire description de son parcours intellectuel manifesté par ces productions et de nombreux ouvrages, Remi Hess passe à l’examen du corpus de cette recherche : les différentes thèses dirigées, les jurys auxquels il a participé, leur contenu, les modalités de recrutement de leurs membres, les titres des thèses dont il nous communique la liste, autant de matériaux qui servent à son analyse et alimentent les chapitres suivants :
- Comment diriger une thèse ?
- L’entrée de l’étudiant dans la recherche,
- Le moment de la production de la recherche,
- La soutenance,
- Après la thèse.

Pour l’auteur, aucune direction de thèse ne ressemble à une autre, tant sont inscrites dans la particularité, les parcours de vie des étudiants concourant à les articuler aux théories travaillées. Les demandes des étudiants, leurs conditions de vie et de production, les motivations à entrer en thèse, leurs stratégies personnelles, tout ceci fait que chaque nouveau thésard convoque chez son directeur une méthode différente d’accompagnement, tant cette construction d’auteur est toujours à refaire en co construction et ce, parce que « l’Occident a une tradition pédagogique qui cherche à rendre l’individu sujet de son apprentissage ». Ceci amène l’auteur à décrire de manière quasi ethnographique les accomplissements pratiques, les ethnométhodes, conduisant à l’écriture d’une thèse .

Pour Remi Hess, la thèse n’est pas une fin en soi, elle est un exercice utile pour développer des compétences d’auteur « pour moi, le but d’une thèse, c’est le livre qui en sortira » (p80), elle ne prend dés lors force et vigueur que si elle s’applique à de vrais objets sociaux, éducatifs...Elle est, de fait, une oeuvre d’art, et doit rechercher une bonne congruence entre forme et fond, « aventure » dans laquelle l’analyse de l’implication est souvent incontournable .

Remi Hess passe alors aux aspects formels du parcours et décrit avec précision les moments de la pré soutenance, de la soutenance de la post soutenance, de la publication, autant de temps dont souvent les candidats n’ont qu’une idée approximative, rites de passage qui concourent à « l’institutionnalisation du sujet qui réussit à produire une oeuvre » et encore, « forme de réinvention de l’université ».

Dans la seconde partie de l’ouvrage, intitulée « l’oeuvre de l’homme, c’est lui-même » , Remi Hess est amené à exprimer la spécificité de son point de vue, débouchant, sur une singularité , moment également de réflexion sur le rôle de l’université où l’on voit réapparaître, près du pédagogue, (mais il n’existe point ici de dissociation posturelle), le philosophe et le sociologue de l’éducation.

Ceci l’amène à affirmer, et nous ne saurions qu’y souscrire étant, nous-même, depuis trente ans dans cette même dynamique : « la vocation de l’université est de produire et non de reproduire de la connaissance... , il est essentiel de donner une place aux praticiens qui veulent capitaliser des expériences en les théorisant », de rappeler que l’élaboration de l’expérience pédagogique a toujours eu une place dans le courant de la pédagogie humaniste allemande, nous pensons également aux travaux de l’école anglais de l’Action-Research qui va jusqu’à postuler que le praticien est le mieux placé pour théoriser l’action pédagogique certes au pris de quelques détours bien décrits dans la littérature contemporaine (voir à ce sujet la remarquable thèse de Moyra Evans [2] et encore les travaux de Kemmis S. et Carr W. , 1995).

Et Remi Hess de rappeler que l’herméneutique est un produit de ce courant qui permet de s’approprier le terrain de l’éducation et la complexité des situations pédagogiques. Il dénonce le scientisme, lequel a tendance à réduire la complexité du réel à quelques variables bien maîtrisées et manque souvent la réalité de la pratique car la science est un matériau dans la production de la thèse, mais « ce n’est qu’un matériau ». Si les sciences humaines ont toujours la tentation du scientisme, pour Remi Hess, la cause est entendue : « elles ne peuvent relever du même fondement que les sciences de la nature ». Et de rappeler ce que doivent les Sciences de l’Education à la méthode progressive/ régressive de Sartre, à la tradition de la Bildung germanique, à la multiréférentialité de Jacques Ardoino...

L’ouvrage s’achève par une réflexion instrumentée de l’auteur sur la relation pédagogique et le Temps : tenir compte, certes, dans tout accompagnement de mémoire ou de thèse, des dimensions libidinales inhérentes à ces situations, mais encore penser, dans ce processus, une théorie de la relation pédagogique appliquée à cette situation particulière.

Le mérite de cet ouvrage de Remi Hess est d’en jeter ici les fondements non pas d’un point de vue extérieur, nécessairement réïfiant, mais, on l’aura compris, sur la base d’un cheminement mêlant subtilement, et c’est ce qui en fait et la force et la pertinence, les parcours de l’auteur et ceux des étudiants. L’un et les autres l’ont ainsi amené à cette réflexion dans les interactions suscitées et vécues au long de ces parcours croisés.

Un bel exemple qui touche tant aux postures qu’aux théories d’une Science de l’Education ici renouvelée en nous proposant une méthodologie, au sens propre, soit un cheminement raisonné et critique.

Post-Scriptum

Article à paraître dans la revue Esprit Critique - Revue internationale de sociologie et de sciences sociales - http://www.espritcritique.org










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Notes

[1] Voir à ce sujet Hess Remi, La pratique du journal, enquête au quotidien, Paris, Anthropos, 1998.

[2] An action research enquiry into reflection in action as part of my rôle as a deputy Headteacher, Kingston University, 1998.




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