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mardi 18 septembre 2001
Logique de fonction contre logique de métier
Que reste-t-il de notre identité ?
par Didier DUBASQUE


Il est risqué de parler d’identité professionnelle, surtout quand il s’agit d’évoquer le métier d’assistant social, tant le sujet laisse flotter des soupçons de corporatisme malséant. L’université nous ignore malgré quelques timides tentatives.


Le citoyen moyen se méfie. Etre assistant social : Quoi de plus déplacé ? Faites l’essai : au cours d’une conversation entre amis de fraîche date, lorsque vous en êtes aux présentations, dites négligemment que vous êtes assistant(e) social(e). Cela jette provoque un petit silence qui renvoie chacun à ses pensées : C’est bourré de sous-entendus. Il y a de quoi être frappé par l’image que renvoie notre profession. C’est l’extrême discrétion qui prédomine. Nous laissons les autres parler à notre place de notre métier. Entre assistants, les distinctions demeurent. Il sera toujours beaucoup plus noble et glorieux d’assister un député ou un sénateur. L’assistant parlementaire est valorisé dans sa fonction. Celle ou celui qui assiste les pauvres, les « exclus », l’assistant(e) social(e) restera suspecté, soit d’être dans l’incapacité d’agir efficacement, soit de ne pas savoir répondre correctement à la demande institutionnelle.

Dans les grandes institutions et collectivités territoriales, nos employeurs nous recrutent aussi parce que la loi les y oblige. Les élus nous avaient sévèrement remis en cause il y a quelques années. Aujourd’hui avec les responsables de services sociaux et les représentants des services de l’Etat, ils ont réaffirmé au cours des réunions du groupe de travail sur la réforme des études d’assistante sociale, « l’importance de ces professionnels dans la mise en place des missions qui incombent à ces services ». C’est plus qu’une déclaration d’intention. Notre identité professionnelle est réaffirmée à un moment où le doute sur l’avenir de notre profession n’a jamais autant été d’actualité. Nos collègues qui travaillent en entreprise sont bien placées pour le savoir. Elles voient leurs postes non renouvelés malgré la reprise économique. Et l’emploi de salarié(e)s « faisant fonction de » se développe. (comme par exemple à dans une entreprise multinationale du loisir où les assistantes sociales qui officient pour le personnel ne sont pas diplômées). Nous devons faire avec une pensée dominante à connotation libérale qui cherche à promouvoir une logique de compétence dans la fonction plutôt qu’une logique de compétence dans la qualification. Or identité professionnelle et qualification sont intimement liées. C’est cette qualification qui forge notre identité, une identité de métier.

Parler de cela, parler du métier d’assistant social, d’éducateur spécialisé ou encore de conseillères en économie sociale et familiale est-ce faire preuve de corporatisme ? Ainsi il y aurait ceux qui en sont et les autres. Rien de tel pour irriter et diviser les professionnels et notamment ceux qui ne bénéficient pas d’un diplôme qualifiant leurs interventions. Nombreux sont ceux qui, sur le terrain, font un travail remarquable. Et que penser quand des professionnels qualifiés ne font pas un travail de qualité auprès des usagers ? Nous nous engageons alors dans un faux débat qui a pour conséquence de contribuer à déqualifier les métiers traditionnels du social pour les mettre en concurrence avec des professionnels non qualifiés. Tout cela justifierait l’inadéquation des formations. La démagogie des arguments n’est alors pas loin. Reconnaissons plus simplement que ce sont justement les professionnels compétents mais non qualifiés qui doivent pouvoir bénéficier en priorité de formations pour acquérir une identité professionnelle reconnue de tous.

La formation initiale et continue forge notre identité professionnelle et sans elle toutes les dérives sont possibles. Rappelons-nous ces 3 années de formation qui nous ont tous bousculé dans nos certitudes. Les apports permanents du terrain, avec des collègues expérimentées qui, visiblement, aiment leur métier et tentent de faire partager leurs valeurs et leurs connaissances. Psycho, socio, économie, philosophie, mais aussi éthique, nous avons la chance incroyable d’être nourris par toutes ces disciplines qui traitent de l’homme, de son rapport aux autres et à la société. Nous pouvons acquérir mais aussi parfois contester des méthodologies sans cesse renouvelées et confrontées à la réalité. Pourtant, il ne faut pas se leurrer « Votre savoir est un savoir assujetti » nous disait il n’y a pas si longtemps Miguel Benassayag.

Aujourd’hui, comme des milliers de mes collègues, je me sens utile et à ma place dans un partage d’une éthique et d’une déontologie qui n’a jamais autant été d’actualité. Nous avons à partager ces choix avec nos collègues issus d’autres métiers et qui oeuvrent eux aussi pour une plus grande justice sociale. Nous n’avons d’ailleurs pas le monopole de ces valeurs même si elles sont fortement inscrites dans nos identités professionnelles. Mais nous avons aussi encore beaucoup à faire pour convaincre et les faire partager. Car, qui parlera de la lumière de ces milliers d’actes quotidiens exercés par les professionnels ? Des actes de rien, de partage, d’écoute de la souffrance mais aussi d’aide à la reconstruction, d’élaboration de projets. Qui parlera du plaisir partagé d’accompagner l’autre individuellement ou collectivement vers sa propre parole et sa liberté ?

Nos professions ont les défauts de leurs qualités. Nous ne voyons qu’une facette de la société, celle qui exclut et qui rend parfois les pauvres si intolérants, agressifs ou délinquants. Tout n’est pas rose et l’usure nous guette. Le découragement aussi, à force de n’agir que sur les effets et non sur les causes. Et pourtant, ce qui fait aussi notre métier, c’est cette impérieuse nécessité de poser la question du sens même si parfois cela agace ou dérange.

Que l’on soit de formation éducateur, assistantes sociale, conseillère en économie sociale et familiale, nous avons tous besoin de notre identité professionnelle. La rejeter, c’est se nier soi-même. Et si nous avons besoin de cette identité professionnelle c’est aussi parce qu’elle permet à celles et ceux pour qui nous agissons de se situer. Savoir où l’on est, ce que l’on fait, pourquoi on le fait, poser sans cesse la question du sens et agir en conséquence. . Voilà qui ne peut qu’aider l’autre à construire sa propres identité et prendre place dans la société.










Action commune avec la FNEJE et France ESF sur la revalorisation des diplômes de niveau III
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14 Messages de forum

  • > Que reste-t-il de notre identité ? 14 octobre 2001 17:31, par Brice

    Etudiant 3ème année AS à Strasbourg, je souhaitais faire mon mémoire sur la question de l’identité professionnelle des AS. Seulement, il me semble que 50-60 pages ne suffiront pas... C’est pourquoi j’ai décidé de restreindre le sujet en le limitant au cadre du RMI. En effet, je souhaite interroger les conséquences du RMI sur les pratiques professionnelles (travail en "partenariat", emergence des nouveaux métiers et faisant fonction, logique de contrat...) des AS et donc sur une éventuelle remise en question de leur identité. Si vous avez des reflexions, des doc, des adresses, des titres de livres qui aillent dans ce sens, pourriez vous me les faire parvenir ?? Je vous en remercie d’avance !

    Voici mon adresse internet : redbrice@yahoo.fr

    Brice, Strasbourg.

    Répondre à ce message

    • > Que reste-t-il de notre identité ? 8 novembre 2002 11:31, par Piresan

      J’ai été très surprise de lire l’énoncé de ton mémoire car je suis étudiante en maîtrise de sociologie et mon mémoire a pour intitulé : Quels changements le Rmi a t’il apporté au travail des AS au ccas de Quimper. Pour cela, j’ai énoncé 4 hypothèses :
      - les AS ne savent plus se positionner dans ce dispositif.
      - de nouveaux acteurs sont apparus formation différente) avec le Rmi, ce qui a engendré un sentiment de dépossession et de concurrence.
      Si tu désire des renseignements plus approfondis, n’hésites pas à me contacter.
      Je suis au niveau de l’analyse et j’aurais également besoins de conseils.

      Répondre à ce message

      • > Que reste-t-il de notre identité ? 7 août 2004 22:17, par wanda.vorreiter@free.fr

        Je souhaiterai prendre contact avec la personne qui fait son mémoire de maitrise sur "Quels changement le RMI a t’il apporté au travail des as au CCas de Quimper ?
        Vous serait-il possible de me donner ses références. Merci

        Répondre à ce message

        • > Que reste-t-il de notre identité ? 5 septembre 2004 10:28, par dd

          je pense que pour retrouver ce collègue vous pouvez soit contacter directement le CCAS de Quimper soit interroger le centre de formation qui garde le mémoire

          IRTS - BRETAGNE
          ANTENNE DE BREST
          15, rue Gaston Planté
          29850 - GOUESNOU
          TEL : 02 98 41 49 41
          FAX : 02 98 41 79 49

          ou encore

          IRTS - BRETAGNE
          ANTENNE DE LORIENT
          1, rue de Londres
          56000 - LORIENT
          TEL : 02 97 37 24 11

          Répondre à ce message

    • > Que reste-t-il de notre identité ? 28 décembre 2002 22:47, par caroline

      bonjour, je suis en troisième année AS à Mulhouse et moi je fais ma recherche sur la question de l’identité professionnelle et la culture professionnelle.
      Je ne prends pas comme support le RMI, mais, je m’interroge sur la place de l’outil informatique et en quoi il interroge la pratique des AS.
      Comment tu définis l’identité professionnelle sur quelles références bibliog, tu te référes ?
      Je trouve beaucoup de documents sur le site de L’ANAS.
      Je lis un livre de Jean François Garnier : AS/ pour la redéfinition d’un métier, qui aborde quelques questions autour des pratiques professionnelles et de leurs évolutions, place des nouveaux métiers du social...
      Bonne recherche et à bientôt

      Répondre à ce message

      • > Que reste-t-il de notre identité ? 4 mai 2006 23:43, par paulette

        salut je suis en premiere année AS il se trouve que mn sujet de memoire porte egalement sur l’outil informatique et leS pratiqueS de l’AS.j’ai un peu de mal a bien cadrer et orienter mon sujet. si tu pouvais me donner tn avis sur ce qui suis, ça m’aiderai un peu :
        - voire le role et la place de l’informatique dans la pratique de l’AS.
        - ce que devient la confidentialité et surtout le secret professionnel ?
        naturellement les avantages et les inconvenients
        - intranet, internet....
        ce serait vraiment sympas de me repondre.

        Répondre à ce message

  • Comment définir une identité professionnelle 17 janvier 2004 18:50, par Aline

    Je suis en derniére année de moniteur - éducateur et le théme de mon rapport d’expérience est la définiton de mon identité professionnelle. J’ai pu définir, à mon sens, sur quels éléments ce basée la construction de mon identité professionnelle, mais j’ai beaucoup de mal à trouver une définition compléte ainsi que des éléments théoriques concernant ce sujet.
    Si vous pouviez me conseiller des sources. Merci beaucoup

    Répondre à ce message

  • > Que reste-t-il de notre identité ? 20 décembre 2004 13:21, par cassandra

    étudiante en 3ème année AS à NICE, mon sujet de mémoire concerne la place de l’AS dans le milieu policier, au service social du ministère de l’intérieur. Je travaille sur la rencontre de ces identités professionnelles et j’ai peu d’éléments.Si vous avez des docs ou vous étudiez vous aussi le sujet, n’hésitez pas à me contacter. Merci cassandra

    Répondre à ce message

  • Je suis en 3ème année d’AS et je suis "travaillée" par cette question de la professionnalité ou de l’identité professionnelle ou bien encore de la posture professionnelle dans la relation d’aide.
    J’ai parfois été frappée par cette réputation d’oiseaux de "mauvaise augure" chère à certaines personnes et souvent contrainte de devoir défendre les fondamentaux de cette profession à savoir : humanisme, respect, autonomie... une profession qui tente de remettre l’homme en tant que sujet face à ses difficultés...alors qu’on nous parle procédure, rentabilité etc...
    Aujourd’hui l’essence même du métier est dévoyée par la machine politique ?alors résistons ! Effectivement l’usure guette ceux qui ont perdu le sens de leur action... qui prétendons nous aider dans ces conditions ?

    Répondre à ce message

  • Que reste-t-il de notre identité ? 17 janvier 2013 13:26, par Charline

    Bien peu de sites sont semblables à celui-ci. Votre travail de recherche saura être apprécié de tous les internautes, c’est sûr.

    Répondre à ce message

  • Que reste-t-il de notre identité ? 10 janvier 2014 18:47, par Mohamfirst

    Je suis en troisième année d’étude à l’Ecole Supérieure des Assistants Sociaux au Bénin. Ici, l’identité professionnelle de l’AS est très mal perçu et la profession a tendance à être marginalisée. Je trouve que ce problème est dû à un défaut de communication autour de la profession et je compte faire mon mémoire sur ce sujet. tous vos apports, recommandations,orientations... seront les bienvenus !
    Mon mail est : mohamfirst@gmail.com
    Merci.

    Répondre à ce message

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