lundi 3 février 2003



Le revenu jeune à Avion

Bertrand OFFE






La notion de millefeuille social trouve une parfaite illustration dans le domaine des jeunes et des dispositifs les concernant. Une multitude de guichets désoriente les mieux informés. Les travailleurs sociaux se perdent dans le dédale des dispositifs en constante réforme, redéfinition ou réorientation. Les publics prioritaires sont à géométrie variable selon les crédits disponibles.

Pendant ce temps, chacun peut faire le constat que la pauvreté augmente chez les jeunes, qu’ils sont toujours plus nombreux à connaître les souffrances de l’errance et que la complexité administrative de certains dispositifs découragent les plus courageux et incitent même les plus téméraires vers des pratiques débordant les limites de la loi.

Dès sa mise en place en 1988, le côté artificiel du seuil des 25 ans pour ouvrir droit au RMI est apparu à chacun. L’argument fallacieux selon lequel il ne fallait pas insérer les jeunes dans des dispositifs d’assistance constituait a priori un démenti concernant l’efficacité de l’insertion pour les plus âgés.

Durant la dernière période, le spectre de la pénurie de main d’œuvre, la baisse du chômage et l’évolution de la démographie servaient même de nouvel argument aux partisans du statu quo actuel, le problème allant se résorber de lui même.

Ce cynisme faisait naturellement fi des jeunes qui aujourd’hui se trouvent ballottés d’un dispositif vers un autre, sans cohérence, sans suivi et ne permettant nullement la mise en perspective d’un projet personnel cohérent.

Dans ma commune, commune du Nord de la France, confronté à un chômage massif, à une grande pauvreté de la population, à un manque cruel de formation adaptée au marché du travail, les Élus ont décidé, en y mettant des moyens financiers conséquents, d’apporter une solution aux jeunes en grande difficulté et en s’appuyant le plus possible sur les solidarités familiales. Un revenu minimum jeune est donc servi à tous les jeunes qui se trouvent dans une situation d’indigence indépendante de leur volonté et qui désire s’insérer dans un processus actif vers l’emploi.

Parallèlement, tout est fait, si cela s’avère possible, via une médiation familiale pour favoriser le retour du jeune auprès de sa famille qui est, tout de même, le moins cher des toits. Les familles sont ainsi aidées durant cette phase, car bien souvent les difficultés économiques de la famille sont à l’origine de la crise rencontrée. Mais une porte claquée n’a jamais rien résolu.

L’allocation servie par le CCAS qui est différentielle et calculée sur la base du RMI est versée tant que la situation le nécessite et que les engagements négociés mais non contractualisés sont respectés. Dans cet engagement moral réciproque, c’est une main confiante mais attentive qui est tendue au jeune en difficulté.


Post-Scriptum

Article paru dans la REVUE DE L’ACTION JURIDIQUE ET SOCIALE - N° - Février 2003





Pour citer cet article :

Bertrand OFFE - « Le revenu jeune à Avion » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - février 2003.