lundi 13 octobre 2003



Strasbourg aux heures ouvrables
L’Europe de la protection de l’enfance à l’heure libérale


Charles SÉGALEN





Le drame qui vient de frapper à Strasbourg, Dylan, victime présumée de la folie meurtrière de ses parents, est affligeant. A la douleur s’ajoute la stupéfaction et le besoin compréhensible de désigner des responsables. En ligne de mire, les services sociaux. Non les personnes mais le dispositif, « cloisonné », ou ses interventions, « aux heures ouvrables », accuse-t-on.


s’il arrive qu’un manque de concertation explique des situations de maltraitance, c’est l’exception, exception dont on ne peut en aucun cas s’accommoder.

Rien à voir avec la tragédie qu’a vécue le petit Dylan.

La seule mesure qui, les jours précédant le drame, l’eût protégé de la folie de ses parents c’est un placement à l’Aide sociale à l’enfance. Or aucun des éléments observés (la cicatrice à l’arcade sourcilière à la rentrée, l’ecchymose sur la joue quelques jours plus tard, son absence de l’école depuis le 22 septembre), aussi alarmants fussent-ils, ne justifiait d’emblée pareille mesure. Les services sociaux n’ont pas traîné pour se présenter, dès le 25 septembre, au domicile. Si quand bien même, reçus sur le palier, ils avaient aussitôt saisi le procureur, l’enquête de la Brigade des mineurs ou d’un service d’assistance éducative judiciaire - à moins d’être présent au domicile en permanence « le soir, la nuit, le week-end » comme le préconisent certains - n’eût pas empêché le drame du 4 octobre.

Faute de guérir, prévenir. Mais manque de moyens, dit-on. C’est vrai des départements où trop de mesures d’assistance éducative restent encore en attente. Mais sait-on qu’à Paris ces services sont sous-employés en raison d’une chute d’activité de 10 % depuis trois ans (statistiques de l’Aide sociale à l’enfance de Paris) ? Que trois des quatre services de la Seine-Saint-Denis n’ont pas fait leur activité 2002 ? Que la liste d’attente des Hauts-de-Seine est en train de disparaître, non en raison de moyens supplémentaires, mais de la baisse des saisines des juges pour enfants ? Que ce phénomène est également observable dans des villes comme le Havre, Tours ou Lyon ?

Sait-on qu’en France, à l’heure du drame de Strasbourg, on s’emploie à démettre le Juge des enfants, sauf cas de maltraitance grave, de sa compétence au civil pour la réserver au pénal (mineurs délinquants), et ce au nom de l’harmonisation - l’alignement par le bas (législation et coût) - du dispositif européen ? Sait-on qu’en même temps que la création de l’Observatoire national de l’enfance maltraitée on programme la disparition de l’enfant en danger ?

Combien de tragédies faudra-t-il pour décloisonner non les services mais l’information ?




Pour citer cet article :

Charles SÉGALEN - « Strasbourg aux heures ouvrables » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - octobre 2003.