samedi 14 février 2004



LE SOCIOGRAPHE N°13 « Clandestins »
Point d’interrogation

Bertrand GAUDEL






Ce dossier fait suite à un projet mené par un groupe d’étudiants en travail social auquel j’appartenais. Dans le cadre de notre formation d’éducateur spécialisé, nous avons organisé une conférence-débat sur la question des mineurs étrangers isolés (qui s’est tenue en septembre 2002 à l’IRTS du Languedoc-Roussillon). Nous avons pu voir lors de cette conférence que ce sujet interpellait bon nombre de professionnels (éducateurs, assistants de service social, magistrats, enseignants, personnels soignants...) souvent démunis lorsqu’ils devaient effectuer l’accompagnement de ces jeunes. De plus, militants associatifs et politiques alimentèrent également le débat.

Cependant, l’absence de responsables institutionnels, que nous avons pu constater et regretter malgré les invitations, témoigne du sujet polémique et politiquement dérangeant.

Le rédacteur en chef du Sociographe, modérateur du débat, nous proposa de prolonger et d’élargir ce projet par la coordination d’un numéro. Seul à répondre à cette proposition, il me revient donc de présenter ce numéro : Clandestins ?

Pourquoi « Clandestins » avec un point d’interrogation ? Peut-être parce que nous voulions nous pencher sur ce qui semble être contradictoire dans la situation de ceux qui sont trop souvent nommés des « irréguliers ».

La première partie intitulée « Migrants en galère », est une description et une analyse des conditions de vie de ces personnes sur le territoire français. Elle éclaire les aspects juridiques ainsi que les représentations et les idées reçues contenues dans la situation de ces dits « irréguliers ».

Le témoignage de J. Faya, médecin bénévole au sein d’une association médicale, est tout à la fois un aveu d’impuissance ainsi que l’affirmation d’une indignation. L’auteur s’interroge sur le racisme spécifique dont sont victimes les populations Roms tsiganes. S. Laacher nous permet de remettre en cause quelques sens communs sur la réalité sociologique des personnes dans la migration et des phénomènes migratoires. Il nous permet de mieux comprendre certains de ceux qui quittent leur pays pour s’installer ailleurs, vivre une nouvelle vie dans un pays qu’ils ont choisi. O. Clochard dresse un portrait sans concession de ce qui s’est passé dans ce fameux camp de Sangatte, entre son ouverture en 1999 et sa fermeture en 2002. Zone de non-droit, ce centre ne semble avoir eu d’humanitaire que le nom. L’auteur y dénonce le développement d’une économie souterraine et le blocage de l’information sur le droit d’asile.

Enfin, N. Leroux nous montre qu’il y a deux logiques qui s’opposent dans le droit. Celle de la protection de l’enfance qui ne fait normalement aucune discrimination ; et l’autre qui privilégie le contrôle, le sécuritaire en contradiction avec les accords internationaux ratifiés par la France.

La seconde partie : « En sortir quand même ? », est le témoignage de personnes qui dans leurs pratiques professionnelles ou militantes tentent de venir en aide à ces « clandestins ».

L. Nicolas d’abord, nous décrit les possibilités laissées aux sans-papiers, d’acquérir une autorisation légale de séjour, sans toutefois négliger l’arsenal juridique et ses incohérences qui ouvrent l’arbitraire laissé aux Préfets quant à la régularisation du statut de ces personnes. P. Ruffel et Z. Chattou nous permettent de mieux comprendre que migrer est « un enjeu (réel et symbolique) de vie et de mort » grâce à l’histoire d’Ahmed, à ses rêves, ses désirs, ses désillusions. Nous pouvons voir l’importance que revêt la dimension imaginaire dans son histoire. A. Tyar et M. Maffei nous font partager une expérience d’accompagnement d’une famille migrante. Nous retenons la douleur d’une famille qui a vu ses rêves s’envoler et celle d’une équipe institutionnelle contrainte de réduire sa mission aux réglementations et à une autorité de tutelle. Comme semble le penser B. Kagné, pour en sortir quand même, cela ne passe-t-il pas par une action plus politique ? Une mobilisation collective des sans-papiers eux-mêmes et des citoyens des pays d’accueil ? C’est ce qu’il nous propose de découvrir grâce à son expérience auprès des sans-papiers en Belgique.

Depuis peu, il semble que la solidarité se criminalise par le risque de poursuites des personnes qui aident au séjour de clandestins ? Que peut devenir alors le travail social ? Ne doit-il pas rouvrir les débats, au sein de son exercice même, sur les questions de la résistance ?


Post-Scriptum

Article paru dans la revue le Sociographe - Dossier N°13 - « Clandestins » - Janvier 2004.





Pour citer cet article :

Bertrand GAUDEL - « Point d’interrogation » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - février 2004.