mardi 16 mars 2004



Autour de l’enfance et de la protection de l’enfance. Le groupe 798vegs d’Aix.

789vegs





Une mère condamnée à de la prison ferme car elle n’a pas suivi le stage de parentalité auquel elle avait été condamnée étant mère de « primo-délinquant ». La suspicion sur chaque jeune étranger demandeur d’asile à qui on fait passer « un âge osseux » pour déterminer l’« âge réel »...


- Des petites filles seules en zones de transit car étant « sans papiers ».

- Une mère condamnée à de la prison ferme car elle n’a pas suivi le stage de parentalité auquel elle avait été condamnée étant mère de « primo-délinquant »

- La suspicion sur chaque jeune étranger demandeur d’asile à qui on fait passer « un âge osseux » pour déterminer l’« âge réel » (ce qui n’est pas réalisable d’un point de vue médical) et refuser sa prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance s’il s’avère majeur, sans se préoccuper de l’errance de ce jeune et des risques de reconduite à la frontière...

- Les centres fermés pour les mineurs.

- Le retour des placements sociaux d’enfants par manque de possibilité d’hébergement familial ou pour cause de pauvreté.

- L’impossibilité pour une mère mineure devenant majeure de continuer ses études : elle ne peut continuer à toucher le RMI qu’elle avait commencé à percevoir car elle est étudiante et ne peut bénéficier d’une bourse car elle touchait le RMI....

- Un service de prématurés qui ferme à Noël faute de personnel obligeant à envoyer des jumeaux en néonatologie dans deux hôpitaux distants de 700 km mais disposant de services de haute technologie.

- Des enfants étrangers non scolarisés dans l’attente de passage d’une visite médicale rendue obligatoire par certains inspecteurs pour lesquels la peur des germes semble passer avant l’accueil des enfants.

- Des badgeuses installées dans des crèches pour que les enfants commencent à « pointer » dès la naissance ... D’ailleurs, certains n’hésitent pas à parler d’entreprise faisant signer aux parents un « contrat d’occupation ».

- Le projet de loi sur la prévention de la délinquance avec obligation pour les professionnels de déclarer au maire les « personnes présentant des difficultés éducatives ou matérielles. »

- Refus d’aide financière et d’Aide médicale d’Etat pour les familles en situation irrégulières au risque de non assistance à personnes en danger.

- Des listes d’attente, faute de moyens en personnel, pour les mesures d’Assistance Educative en Milieu Ouvert : une mesure peut être prononcée pour six mois et se terminer sans qu’un éducateur n’ait vu la famille.

- Le refus d’intégration d’enfants handicapés à l’école maternelle associé à la disparition des auxiliaires d’intégration à la vie scolaire dans les écoles maternelles alors qu’on avait annoncé leur augmentation.
- Des recours au signalement judiciaire trop fréquents par manque de possibilité d’accompagnement et peur de se retrouver devant les tribunaux.
- Un juge des enfants et une responsable de l’Aide Sociale à l’Enfance qui se font huer lors d’une réunion alors que la police est applaudie.

Triste inventaire à la Prévert dont la liste pourrait s’allonger d’une infinie façon, chaque jour apportant son lot de supplément toujours dramatique et parfois cocasse, symbole d’une dérive importante dans le domaine de la protection de l’enfance. Préoccupés par celle-ci et par les glissements rapides concernant l’enfance et la protection de l’enfance dans le champ social et médico-social, ne pouvant accepter sans rien dire et faire savoir, nous nous sommes réunis venant de professions et d’institutions différentes autour de l’appel de 789 Vers les Etats Généraux du Social.

Nous travaillons dans le domaine de l’enfance et de la protection de l’enfance (Protection Maternelle et Infantile, Aide Sociale à l’Enfance, Protection judiciaire de la jeunesse, centre d’hébergement pour femmes avec enfants, hôpital, université). Nous sommes cadres administratifs, éducateurs, médecins, psychiatre, psychologues et partageons les mêmes inquiétudes, questionnements et révoltes.

« Le progrès social est-il derrière nous » [1] Nous sommes en droit de le craindre mais voulons résister pour que les avancées sociales qui ont pris en compte les connaissances sur l’enfant et son développement ne disparaissent pas derrière l’épouvantail de l’insécurité et les rouleaux compresseur du management et du « marché » à la fois présent, virtuel et omnipotent. Nous travaillons avec des êtres humains qui ne peuvent être traités comme de simples dossiers administratifs. On ne peut considérer de la même façon le traitement des routes ou autres infrastructures et les enfants confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance ou les familles demandeuses d’aides.

Certains ont témoigné des dérives de leurs administrations :

- Obligation d’annulation d’une réunion sur « les mineurs isolés » organisée par le parquet des mineurs et la Protection Judiciaire de la Jeunesse sous prétexte que la question serait traitée ailleurs.

- Interdiction de dire que les modes d’accueil pour mineurs sont saturés. Impossibilité de les accueillir dans la dignité et d’essayer de trouver des solutions dignes pour le retour au pays si aucune solution n’est envisageable ici.

- La justice travaille de plus en plus vite négligeant l’enfant dont les droits sont bafoués.

- On fait croire que la pauvreté diminue en diminuant les critères d’attributions des aides qui deviennent de plus en plus restrictifs.

L’espoir devant nous...

- Les effets bénéfiques du travail en réseau quand il se fait dans la confiance et le respects des personnes. L’exemple du réseau périnatalité de l’hôpital d’Aix ou les soignants de divers institutions échangent sur des situations difficiles avec l’aide d’un psychologue, permettant des retours à domicile plus sereins, accompagnés, voire des préparation au placement familial. Ce travail s’appuie sur de solides bases théoriques et éthiques en dehors de tout contrôle administratif et constitue un espace de liberté et de travail prenant en compte la dimension humaine encore trop souvent absente dans l’espace hospitalier.

- Le travail d’accompagnement des familles qui persiste encore en Protection Maternelle et Infantile, souvent invisible et riche de son invisibilité car il conserve l’intimité des familles et constitue une réelle prévention précoce, pas encore trop touchée par la frénésie de l’évaluation.

Mais que font les professionnels ?

- Beaucoup de travailleurs médico-sociaux n’osent pas s’opposer à ce qu’on leur présente comme étant de la rationalité et de l’efficacité, même si c’est au détriment de l’aide qu’ils peuvent apporter aux personnes, entraînant une perte de la relation individuelle et de l’écoute de la personne.

- Le plus insupportable est l’acceptation de la soumission à un appareil répressif qui peut être analysée comme un effet de sidération ou, beaucoup plus pessimiste, comme une adhésion à certaines thèses.

- Le manque de réaction des professionnels face à la suppression progressive des outils de travail va de pair avec le refus d’une réelle tentative d’évaluation de leur travail.

- Les jeunes éducateurs ne sont pas conscients de la régression qui se passe actuellement. Le témoignages des « anciens » confirment le « retour en arrière » que constituent les mesures d’enfermement déjà expérimentées dans le champ éducatif et de la santé mentale et que certains montrent comme des découvertes. Vitrines, communication, discours et management

- Les élus font « a minima » les actions légales et multiplient les actions facultatives sous formes de dispositifs.

- Le management semble être devenu un but, une fin en soi et non un moyen pour atteindre des objectifs qui ne sont plus clairement établis. La forme l’emporte sur le fond. On risque de formater le temps à passer avec une famille, alors que l’on sait l’énorme investissement en temps et en personnel que nécessitent certaines familles et que cet investissement a des résultats à long terme trop peu connus alors que les échecs et les coûts sont largement médiatisés. L’outil informatique peut être dans ce cadre un leurre dangereux et un redoutable instrument de contrôle social.

- De la communication, encore de la communication... sans penser le travail. Nous sommes souvent dans un discours incantatoire.

- La journée des droits de l’enfant s’est transformée en une grande kermesse... La date change en fonction du calendrier de l’élu. La kermesse évacue la réflexion de fond.

Pour conclure aujourd’hui et ouvrir sur demain

- Fait-on passer la loi avant les individus ou l’individu en priorité en respectant la loi ? Derrière cela, deux philosophies s’affrontent.

- N’a-t-on pas perdu cette haute idée de leur mission de fonction publique qu’avaient les personnes qui s’occupaient de protection de l’enfance et qui transparaît au travers des délibérations des départements depuis 1804 ? - cf mémoire de DESS -

- Actuellement, tout doit se faire vite, à l’ère de la télécommande et du zapping. Notre travail relève d’une autre notion du temps. Le temps de l’enfant, des soins à lui prodiguer, de son développement, de son éducation.

- Il nous faut constater que toutes les personnes travaillant dans le domaine de l’enfance et de la protection de l’enfance ne partagent pas toutes les mêmes valeurs et que le discours dominant actuellement tend vers la pensée binaire du bien et du mal, l’utopie de la transparence, de l’ordre et de l’efficacité avec une dangereuse amnésie de l’histoire proche.

- Nous redoutons l’inféodation des services de la justice à la police, la transformation des services publics en entreprises, les outils de contrôle et de rentabilité au détriment de l’aide aux familles, la catégorisation de certaines populations de mineurs comme dangereux car isolés et étrangers, la pauvreté comme nouveau délit social.

Pour le groupe 789vegs d’Aix : Marie laure Cadart


Notes

[1] Titre d’un entretien avec le sociologue Robert Cassel à Télérama le 28/01/2004




Pour citer cet article :

789vegs - « Autour de l’enfance et de la protection de l’enfance. Le groupe 798vegs d’Aix. » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mars 2004.