vendredi 28 mai 2004



Le sociographe, n° 14 (mai 04)
Assistantes maternelles : L’avenir d’une histoire

Charles FOXONET





70.000 en 1990, 258.400 en 2001, 600.000 à l’horizon 2010 (source IRCEM), aucune profession dans notre secteur n’a connu une telle expansion. Profession ? Croyez-vous ? répondent les assistantes maternelles [1].


Les parents employeurs, les travailleurs sociaux, les pouvoirs publics nous considèrent-ils véritablement comme des professionnelles ? C’est une demande pressente de reconnaissance qui traverse les témoignages de ces praticiennes de la petite enfance. D’où les réticences, voire les refus de s’inscrire dans la lignée des nourrices. Vilipendées durant deux siècles par médecins et philosophes dans le combat contre la mortalité infantile et pour la réédification d’un « devoir maternel », leur héritage a été amplement renié. « Or, l’abandon toujours incessant et toujours grandissant du devoir de la mère, le renvoi des enfants nouveaux-nés entre des mains inconnues, mercenaires, souvent infidèles, prend de plus en plus les proportions d’une série d’assassinats prémédités » (article « nourrice » du Grand Dictionnaire Universel du XIXè siècle, (Larousse, 1876)).

De cette multitude de femmes anonymes qui ont élevé jusqu’à la moitié d’une génération à certaines époques, ne subsistent dans notre mémoire collective que quelques vestiges positifs : certains personnages du théâtre classique, des récits, quelques portraits, une épingle.

Ma grand-mère à 100 ans, mon fils, 4 ans. Elle a été élevé jusqu’à l’âge de 3 ans par une « nourrice à la campagne », il bénéficie depuis 2 ans de l’accueil d’une assistante maternelle. Que peut-il y avoir de commun entre une femme landaise illettrée des années 1900 et une bachelière montpelliéraine du XXIè siècle ? « Les nounous d’aujourd’hui ne sont pas les clones de celles d’hier. Les parents n’en attendent pas les mêmes services et les enfants n’occupent pas la même place qu’autrefois dans notre société » (Sellenet, 2003). Certes. Mais lorsque j’écoute l’aïeule et son arrière petit-fils s’exprimer sur leurs « nounous », j’entends dans leur parole le même ressenti et les mêmes images. Figures d’attachement substantielles sachant procurer ce dont le jeune enfant a seulement mais obligatoirement besoin pour son bien être et son développement : sécurité, plaisir, créativité.

« Mères transitionnelles » comme le propose M. Ruffo ? À discuter. Pour le moins, personnels de confiance (à qui l’on confie) prioritaires pour les parents, la dernière enquête sur les préférences des modes d’accueil chez les familles place les assistantes maternelles en tête (32%), avant les grands-parents (24%) et les crèches collectives (22%). Même si la disparité est grande en fonction des lieux, des catégories sociales et des capacités d’accueil, le tableau général est significatif : 61% des ménages qui font appel a un mode d’accueil payant pour leur enfant de moins de 3 ans ont recours à une assistante maternelle, quand ils ne sont que 33% à recourir à la crèche.

Si les structures d’accueil collectif vont gagner en souplesse d’horaires avec l’application du décret d’août 2000 et se transformer toutes en « multi-accueil », il n’est pas certain que la qualité de l’accueil soit au rendez-vous au vu de la complexité éducative à gérer un groupe d’enfants à présence variable. L’accueil individualisé du jeune enfant, tant en France qu’en Europe peut être celui qui demain deviendra de mode prépondérant, aussi bien pour des raisons pédagogiques qu’économiques, et l’accueil collectif marginalisé d’autant.

L’avenir des assistantes maternelles se situe-là. Elles seront passées, dans leur histoire, du dénigrement et de la méconnaissance au respect et à l’estime. Ce qui n’est que justice.


Post-Scriptum

Article paru dans la revue LE SOCIOGRAPHE. - N°14. - Mai 2004. - « Le retour des « nounous ». Regards croisés sur les assistantes maternelles ». - Dossier coordonné par Charles FOXONET.



Notes

[1] Ce numéro aborde uniquement la question des assistantes maternelles non-permanentes. Le projet de loi 2004 prévoit que les assistantes maternelles permanentes seront dénommées « assistants familiaux ».




Pour citer cet article :

Charles FOXONET - « Assistantes maternelles : L’avenir d’une histoire » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mai 2004.