vendredi 19 novembre 2004



Quelles réponses apporter aujourd’hui à l’enfance en danger ?

Joël PLANTET





Maltraitances, abus, carences éducatives... Comment recenser au plus juste les enfants en danger ou « en risque » ? À partir de données départementales, l’Odas propose un constat. Et quelques pistes de réponses, dans le cadre d’une prochaine loi sur la protection de l’enfance


L’enfant maltraité, pour l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (Odas) [1], est « celui qui est victime de violences physiques, d’abus sexuels, de cruauté mentale, de négligences lourdes, ayant des conséquences graves sur son développement physique et psychologique ». L’enfant en risque connaît, lui, « des conditions d’existence qui risquent de compromettre sa santé, sa sécurité, sa moralité, son éducation ou son entretien, mais n’est pas pour autant maltraité ». L’ensemble des deux catégories est recouvert par la notion d’enfants en danger.

Avec 89 000 signalements, les conseils généraux ont enregistré en 2003 une forte hausse. Pour autant, ce ne sont pas les cas de maltraitance qui augmentent, mais les enfants dits en risque : accroissement du nombre de familles « fragiles, souvent trop isolées pour offrir à leur enfant les conditions d’un développement satisfaisant ». Ainsi, le « risque sur l’éducation de l’enfant reste le premier de tous les risques signalés » dans des situations où l’enfant rencontre « des problèmes de repères, de socialisation qui peuvent compromettre ses chances d’intégration ». Le nombre des enfants maltraités reste, lui, stable (18 000) mais les violences psychologiques et les négligences lourdes, en augmentation, entraîneraient « le désarroi des professionnels ».

Une tentative d’analyse a été faite des facteurs de danger : les plus massifs (près de la moitié des enfants) restent « les carences éducatives des parents » ; cette difficulté d’assumer la fonction parentale serait « liée à une forme de précarité relationnelle (isolement social) et d’immaturité (manque de repères) qui touche de plus en plus de familles ». D’autres chiffres sont mis en évidence, concernant l’importance des conflits de couple, des problèmes psycho pathologiques parentaux, la survenue d’un handicap... ou la précarité économique. L’Odas reste préoccupé par la progression des signalements transmis à la justice par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et préconise une clarification des rapports des deux institutions. Il rappelle qu’en 2001, huit départements sur dix avaient signé un protocole d’accord avec les services de Justice (et souvent avec l’Éducation nationale) portant sur l’élaboration commune d’un guide de signalement et l’échange d’informations.

D’autres outils ?

Toutefois, l’Observatoire entend se démarquer de chiffres « souvent incomplets ou flous, parfois fantaisistes » circulant souvent à l’occasion d’affaires hypermédiatisées. Ses statistiques proviennent des signalements d’enfants traités par les conseils généraux, et cette année, 94 départements ont répondu à l’enquête. Mais les critères établis (« cruauté mentale », par exemple) ont bousculé, de l’avis de nombre de professionnels, les catégories juridiques des lois initiant, en 1958-59, les bases de la protection de l’enfance [2]. Par ailleurs, l’analyse est globale et les écarts restent importants (de 3 pour 1 000 à 12 pour 1 000 selon les départements), aucune hypothèse n’étant avancée pour les expliquer... L’équité en termes de protection de l’enfance selon les départements est d’ailleurs un des points (avec l’adoption, les relations des enfants avec un parent détenu ou le soutien apporté aux parents en difficulté) du rapport d’activité de la Défenseure des enfants, remis ce 20 novembre au président de la République.

En termes de réponses, la prévention par publics « ciblés », c’est-à-dire « déjà repérés », est une des pistes - nécessitant une coordination pointue des interventions - explorées par les départements. Des actions de prévention collective (par exemple avec les centres sociaux ou les caisses d’allocations familiales) sont recommandées (soutien à la parentalité, groupes de parole, lieux d’accueil parents-enfants...), de même que l’utilisation de réseaux de voisinage ou d’une « véritable architecture du bénévolat ». Le recours aux techniciennes de l’intervention sociale et familiale (TISF) est plébiscité, déjà considéré comme « un outil majeur de la prévention par huit départements sur dix ». De même, le développement social local reste une réponse à mettre en valeur, le travail social communautaire ne s’inscrivant jusqu’à présent que de manière « anecdotique » dans les pratiques locales. Des unités territoriales d’action sociale redéfinissant géographiquement des circonscriptions d’intervention afin qu’elles correspondent à des bassins de vie, sont en voie d’émergence. Présente le 8 novembre à la conférence de presse de l’Odas, Marie-José Roig, ministre de la Famille, évoquait la présentation récente en conseil des ministres d’un projet de réforme de la Protection de l’enfance. Deux groupes de travail doivent proposer des pistes au premier trimestre 2005, dont peut-être l’installation d’un référent adulte auprès de chaque mineur en danger, qui suivrait pendant quelques années l’enfant au travers de ses différentes prises en charge.


Post-Scriptum

Texte paru dans LIEN SOCIAL n° 730 du 18 novembre 2004



Notes

[1] Odas - 250 bis bd Saint-Germain - 75007 Paris. Tél. 01 44 07 05 52. www.odas.net

[2] Voir également La « judiciarisation » en actes. Le signalement « d’enfant en danger », Delphine Serre, 2001, Actes de la Recherche en Sciences Sociales n°136-137, pp. 70-82




Pour citer cet article :

Joël PLANTET - « Quelles réponses apporter aujourd’hui à l’enfance en danger ? » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - novembre 2004.