lundi 24 janvier 2005



Le Sociographe
L’économie autrement

E. Piednoir





Alter-éco comme économie alternative, informelle, sociale, solidaire, ... une économie altruiste ? Nous avons eu envie avec ce numéro de débattre de ces diverses économies, de leurs articulations avec le travail social n’allant pas de soi, probable, voire impossible. En quoi les valeurs véhiculées par les uns et les autres permettraient de lier une part d’utopie et de pragmatisme, de produire, de travailler dans un esprit de coopération et non de guerre économique, et de relancer le débat sur la place de l’homme et de son environnement ?


De l’appel à auteurs relativement large s’est profilé un ensemble de textes centrés autour de l’économie sociale et solidaire.

Pour moi, l’économie sociale et l’économie solidaire puisent leurs racines dans les mouvements associatif et coopératif de la première moitié du XIXème siècle. L’économie sociale a été la première à être institutionnalisée, avec la création en 1981 de la délégation interministérielle à l’économie sociale. Le décret du 15-12-1981 la définit comme l’ensemble « des coopératives, mutuelles et associations dont les activités de production les assimilent à ces organismes ».

Quant à l’économie solidaire, c’est à partir des années 80, sous la double influence de mai 68 et de l’augmentation de l’exclusion et du chômage, que naquirent l’Agence de liaison pour le développement d’une économie alternative (ALDEA) et à partir de 1992, le Réseau d’économie alternative et solidaire (REAS) regroupant des producteurs en milieu rural, chômeurs créateurs de coopératives dans les banlieues, agriculteurs biologiques, producteurs de musique rock, commerce équitable, mouvement des woofers ... Sous le gouvernement Jospin en 2000 est créé un secrétariat d’Etat à l’économie solidaire lui donnant ainsi une lisibilité institutionnelle.

Ce numéro est ordonné autour de 3 parties.

Dans le sens d’une volonté politique agissent des pratiques ; C. Bouchard décrit la mise en place de structures permettant le développement de l’économie solidaire quand il existe une réelle volonté politique telle que celle du Conseil régional du Nord Pas de Calais depuis 1996 qui a créé une Assemblée permanente de l’économie solidaire (APES).

Au niveau d’une politique de développement local, la contribution de M. Théveniaud met en valeur le potentiel représenté par les nouveaux services qui reposent sur l’intelligence du « faire ensemble ». Cela renforce l’activité locale, améliore la qualité de la vie et participe à la revitalisation du territoire. C. Bousquet nous questionne sur le rôle du travail social dans une période économique et politique en mutation : rôle de guetteur, de promoteur d’innovations sociales, de passeur de l’utopie à la réalité.

La deuxième partie porte sur les pratiques et les différentes valeurs véhiculées par l’économie solidaire : des jardins au pied des tours (Cerezuelle) qui font vivre ce que peuvent être la solidarité et la convivialité aux relations réciproques entre membres des réseaux d’échanges (C. Llena). A. Dauriac et F. Dubin interrogent, quant à eux, la fragile frontière entre éthique et marché et les dérives possibles quand les structures de l’économie sociale délaissent leur vocation et échappent au contrôle des mutualistes, la recherche de parts de marché semblant devenir la préoccupation première.

La troisième partie aborde la critique de cette économie. Pour A. Marchand, celle-ci serait un pan subalterne de l’économie dominante, un modèle d’adaptation (ou de dissolution ?) dans le capitalisme ayant pour fonction principale de s’adresser aux exclus et E. Triby, quant à lui, propose, plutôt que de chercher des alternatives, une réflexion sur le sens de l’économie qui ne semble pas avoir encore épuisé toutes ses dimensions.

Ailleurs, une exploration des expériences communautaires au Québec nous montre que ces déclinaisons économiques peuvent jouir d’une reconnaissance sociale et politique sur d’autres territoires (L. Favreau et L. Fréchette).

Si les auteurs semblent signifier qu’ils ne peuvent changer le monde, ils proposent néanmoins la découverte de nouvelles voies pour que les pratiques et la réflexion s’engagent. Faire autrement mais ne pas faire n’importe comment. Chacun cherche, à sa façon, une place et un avenir pour l’homme ; l’enjeu pour les travailleurs sociaux est d’en être partie prenante.


Post-Scriptum

Article - Présentation de la revue LE SOCIOGRAPHE. - N°16. - « L’économie autrement ». - Dossier coordonné par E. Piednoir.





Pour citer cet article :

E. Piednoir - « L’économie autrement » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2005.