vendredi 18 mars 2005



La recherche en travail social

Joël PLANTET





Dans le cadre d’une journée de valorisation des premiers mémoires produits, l’aînée des promotions du DEA « Travail social, action sociale et société » a présenté en février ses travaux au Cnam de Paris. Qui sont ces « étudiants » et quels sujets traitent-ils ?


À la chaire Travail social du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) [1] parisien, créée en 2001 et dirigée par Brigitte Bouquet, l’année 2002 - 2003 a vu une (première) promotion se dénommer « Robert Castel », celle de l’année dernière « Serge Paugam » et celle de cette année « François Dubet ». Sur 1120 demandes de renseignements initiales, 184 candidatures ont, au final, été effectivement déposées, dont 106 ont été retenues pour voir arriver en réalité... 85 étudiants. Les femmes y sont nettement majoritaires (plus de six sur dix) ; géographiquement, une bonne moitié (55,6 %) des participants est issue de la région parisienne et limitrophe ; l’âge moyen est de 40,4 ans.
Ils présentent, pour une large majorité (40,7 %), un profil professionnel de praticiens de terrain : éducateurs en premier lieu, puis assistants de service social, et animateurs. Les autres sont directeurs (16 %), cadres intermédiaires (11,8 %), formateurs (12 %, bien en deçà de ce qu’avait imaginé la chaire), consultants (5,1 %), « autres » (chargés de mission, conseillers techniques, chefs de projet) ou même sans emploi (6,2 %). Si leur diplôme de base est hors champ du travail social pour un peu plus de 13 % d’entre eux, ils sont 85,7 % à en détenir un ou plusieurs du secteur : diplômes professionnels supérieurs (DSTS, DHEPS ou CAFDÈS) pour un bon tiers d’entre eux, diplômes universitaires (maîtrise, DESS, autre DEA) pour la plupart, voire diplômes du Cnam ou de Sciences Po... À noter que les maîtrises le plus souvent obtenues sont celles des sciences de l’éducation, suivies de près par la socio, la philo et... l’histoire, traduisant ainsi l’appétit des travailleurs sociaux pour ces matières.
La cartographie des sujets traités par la promo Robert Castel peut se subdiviser : sur une trentaine de mémoires, une douzaine a parlé d’identité professionnelle, de problèmes sociaux, de « populations invisibilisées par les politiques sociales ». Mais visiblement, « le poids de la posture réflexive fait le charme des travailleurs sociaux », sourit Léa Lima, chargée d’enseignement et de recherche, présentant une vue d’ensemble des travaux. Un trop-plein de terrain expliquerait-il cette position, au final plus philosophique qu’empirique ? Ou s’agit-il d’une sorte de fascination pour le concept ? Le fait est que plusieurs concepts - tels la laïcité, l’opposabilité, le travail... - ont été particulièrement développés. Par ailleurs, l’ensemble des travaux est marqué par une forte emprise de l’actualité législative et institutionnelle (évaluation de la qualité, droit des usagers...) et par l’analyse de l’action publique (débat autour des politiques sociales, du RMI, d’un revenu minimum jeunesse, etc.).

Le cuisinier et l’ethnologue

Inscrite dans la formation des deux promotions en cours, cette journée a vu des échanges actifs entre « sortants » et étudiants des années suivantes sur cette expérience d’apprentis-chercheurs. Car il est nécessaire de se départir de certaines habitudes : en face d’une bestiole inconnue, un cuisinier et un ethnologue n’auront probablement pas le même comportement, le même intérêt, illustre Patrick Cottin, présentant, sous la direction de Michel Chauvière, son mémoire DEA sur l’opposabilité en travail social - possible contrepoint aux politiques publiques néolibérales ? En effet, il convient impérativement d’adopter une attitude d’ouverture à la recherche. Les autres sortants ont, eux, creusé des questions ayant trait à l’évaluation, au travail, à l’insertion, à l’évaluation, au développement social local ou au travail en réseau.
« Nouvelle question sociale » corollaire au développement du néolibéralisme, réorganisation des politiques publiques, transformations de la société : la chaire de travail social, par son activité d’enseignement et de recherche, entend « contribuer à l’analyse des situations sociales, de plus en plus complexes, auxquelles sont confrontés les intervenants sociaux, ainsi qu’à leur formation et leur qualification ». En 160 heures (le tarif en était de 141 € individuel, ou 1000 € employeur), le DEA Travail social, action sociale et société est une formation pluridisciplinaire. Ce diplôme de 3ème cycle s’adresse donc aux étudiants déjà titulaires d’une maîtrise ou d’un DSTS (considérés donc comme bac + 5), et peut déboucher sur des fonctions de recherche ou de conseil. Pour répondre au nouveau cadre universitaire, il se métamorphose actuellement en master de recherche. Par ailleurs, à l’initiative de la même chaire, un bachelor « responsable de projets collectifs en insertion » vient de se mettre en place à destination des bac + 2 et des personnes justifiant d’une expérience professionnelle de trois ans et ayant validé leurs acquis. Trois options sont possibles : insertion professionnelle, insertion par la formation, ou par la culture.


Post-Scriptum

Texte paru dans LIEN SOCIAL n° 745 du 17 mars 2005



Notes

[1] Chaire du travail social - Cnam - Case 256 - 292, rue Saint-Martin - 75141 Paris cedex 03. Tél. 01 40 27 83 03.




Pour citer cet article :

Joël PLANTET - « La recherche en travail social » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mars 2005.