lundi 25 juillet 2005



Ecologie et travail social

François NAUDEAU





Mais que peuvent bien avoir à faire ensemble l’écologie et le travail social ? C’est le genre de question que l’on pourrait à priori se poser lorsque l’on est en prise avec les réalités quotidiennes de tout travailleur social devant tracer son chemin dans la jungle des dispositifs légaux. Et ceci dans le seul but d’essayer de faire une place, dans la société, à la population qui constitue notre public. Pour ma part, depuis que je suis devenu assistant social et aujourd’hui responsable d’une unité de service social CRAMIF [1] en Seine-Saint-Denis, j’en suis arrivé à me poser la question sous un angle un peu différent et à peu près dans ces termes : "Comment peut-on faire pour rendre évident le lien qui existe naturellement entre développement durable et travail social ?".


Peut-être est-ce mon expérience professionnelle antérieure (j’ai une formation initiale de technicien paysagiste et j’ai travaillé 7 ans dans le domaine du commerce horticole) ou mon attachement profond aux valeurs liées à la préservation de l’environnement qui m’ont amené à ce questionnement.

Peut-être est-ce mon activité passée en tant que bénévole d’une association d’aide aux malades qui m’a rendu particulièrement sensible aux conséquences de la pollution sur la santé.

Ma "sensibilité écologique" comme pour la majorité d’entre nous, restait assez vague et sans réelle conscience de mon rôle en tant que citoyen.

Une mutation s’est opérée au fil du temps sous l’influence d’acteurs de la cause environnementale (Hubert Reeves, Dominique Belpomme, Nicolas Hulot ou d’associations WWF, France Nature Environnement, Greenpeace...) au travers de leurs actions et de leurs écrits.

Cette prise de conscience m’a renvoyé en écho, ce que l’on voit et entend dans les médias et qui force à faire certains constats qui n’encouragent pas à l’optimisme.

On constate tous les jours le fossé qui existe entre les discours officiels et les décisions prises par les pouvoirs politiques nationaux et internationaux. L’exemple emblématique étant le discours de J. Chirac au sommet de Johannesburg de septembre 2002 qui aurait pu laisser croire que nous étions à un tournant dans la prise de conscience internationale de la situation écologique. Les faits ont démontré qu’en réalité, les gouvernements sont dans l’incapacité de transcrire en actes les prises de position si nobles soient-elles.

De même, pour Dominique Voynet, au sommet de Rio en 1992, alors ministre de l’environnement qui s’est vue dans l’obligation d’accepter le principe des permis de polluer entre pays riches et pays pauvres pour obtenir la signature de l’accord final par les Etats Unis.

Les pouvoirs politiques sont trop souvent soumis aux lobbies industriels et ont en général, une vision à court terme de l’emploi et du développement économique qui leur fait négliger les conséquences à moyen et long terme de leurs décisions.

Les enjeux de la pollution sur la santé par exemple, passent trop souvent après les enjeux économiques. L’exemple de l’épidémie de "Vaches folles" (ESB) induite par l’apport de farines animales dans leur alimentation, par une logique purement comptable, alors que ce sont des ruminants, est à ce titre éloquent.

De plus, les médias ne jouent pas assez leur rôle dans l’information des citoyens (en dehors des images chocs des marées noires) et le public n’est pas suffisamment incité à s’interroger sur les conséquences humaines et environnementales de notre mode de vie actuel.

Le plus souvent, ce sont les ONG qui, seules, tentent d’informer la population (actions du WWF ou de Greenpeace, étude de l’UFC-Que Choisir sur la toxicité des produits ménagers et des désodorisants d’ambiance par exemple).

Ces quelques exemples, parmi beaucoup d’autres, nous amènent à nous poser la question de notre rôle en tant que citoyen pour construire une société plus respectueuse de l’homme et de la nature dont nous faisons partie intégrante. Elles nous interrogent aussi sur notre responsabilité en tant que professionnels vis-à-vis des publics que nous accueillons dans nos services. Nous avons de toute évidence une responsabilité professionnelle dans l’information du grand public sur les questions écologiques et de développement durable puisqu’elles impliquent leur vie quotidienne et leur santé.

En creusant un peu cette réflexion, il m’a semblé que le travail social était concerné potentiellement par, au moins, quatre domaines liés à la notion de développement durable.

Certains font déjà l’objet d’expériences par l’intermédiaire de structures associatives, d’autres sont globalement encore à investir.

• Le domaine pédagogique et éducatif :

Le modèle de société occidentale a une forte propension à nous faire croire que nous n’existons qu’en tant que consommateur (gage de la croissance économique). L’enjeu est de donner au citoyen les moyens de devenir un "consom’acteur" en lui permettant de s’interroger sur le produit, non plus par rapport à sa marque et la publicité qui en est faite mais en tenant compte de son impact sur l’environnement, la santé et son mode de production. On peut citer comme exemple, la consommation d’énergie (éteindre la lumière lorsque l’on quitte une pièce inoccupée est bénéfique pour la planète mais aussi pour son budget, à plus forte raison s’il est modeste). On peut aussi citer l’étude de l’UFC Que Choisir sur les produits nettoyants ménagers de novembre 2004 qui montre que les produits de marque ne sont ni les plus efficaces, ni les moins polluants alors qu’ils sont les plus chers.

• le domaine de la Santé

Les assistants sociaux spécialisés (Hôpitaux, associations et Assurance Maladie) peuvent avoir un rôle déterminant sur le versant de la prévention, trop souvent négligé par les politiques de santé publique.

Il faut rendre accessible à chacun les informations permettant de comprendre l’influence de nos actes quotidiens sur notre santé. Il s’agit de montrer par exemple l’impact des produits chimiques à usage domestique dans notre environnement quotidien, permettre à chacun de devenir vigilant sur ses habitudes de consommation (alimentation, cosmétiques, produits d’entretiens...) qui entraînent des problèmes de santé en augmentation constante malgré les progrès de la médecine curative (SRAS, allergies, stérilité, cancers...) [2]

• le domaine de l’insertion :

Une prise de conscience des enjeux environnementaux existe dans la population, ce qui génère une demande de plus en plus forte de produits bio ou de façon plus large, respectueux des impératifs écologiques. Cela peut permettre entre autres, d’envisager certains nouveaux débouchés sur le marché du travail. Des actions existent comme par exemple les jardins d’insertion qui utilisent l’agriculture biologique comme outil auprès de chômeurs de longue durée. D’autres expériences sont menées autour de la production de produits "commerce équitable" dans les CAT. (www.commerce-solidaire.com)

• La valorisation des cultures traditionnelles et réalisations des populations étrangères.

Les méthodes de cultures et de gestions économiques occidentales apportent parfois plus de problèmes que de solutions. Il faut en effet 3 tonnes de pétrole pour fabriquer 1 tonne d’engrais. Au final il faut 10 à 15 calories d’énergie pour produire 1 calorie alimentaire [3] . De même, on constate un accroissement de la dépendance vis à vis des groupes agro-alimentaires.

La réussite de certaines expériences locales mises en œuvre par les populations elles-mêmes prouve le savoir-faire écologique de ces populations qu’il faut faire connaître (production de coton bio en Inde, réhabilitation économique et écologique de milieu naturel et agricole en Afrique...).

Ces constats permettent de mettre en évidence la nécessité d’une prise de conscience de l’ensemble des professionnels du social sur deux plans :

1. sur un plan citoyen d’abord, afin que chacun prenne conscience de son impact et de sa responsabilité personnelle vis-à-vis de l’environnement et de l’avenir de notre planète.

2. Sur un plan professionnel ensuite, il s’agit de comprendre le rôle essentiel que peuvent jouer les travailleurs sociaux (qu’ils soient éducateurs, assistants sociaux, CESF...) auprès des populations que nous accompagnons au quotidien dans cette prise de conscience écologique. Il est important également de pointer, auprès des pouvoirs publics, les freins au développement de comportements plus respectueux de notre santé et de notre environnement (produits bio trop chers...).

L’ECOLOGIE c’est la "science de la maison" du grec oikos (maison) et logos (science). Le Petit Larousse la définit comme : la science qui étudie les relations des êtres vivants entre eux et avec leur milieu.

Le mot SOCIAL vient du latin Sociare (associer) défini par le petit Larousse comme étant l’ensemble des questions relevant du droit social, des actions concernant l’amélioration de vie et de travail des membres de la société.

Le lien me semble évident entre ces deux mots, à nous de le rendre concret. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de l’avenir de la planète et donc de tous les êtres vivants qui l’habitent. A nous, de faire du Développement Durable, un nouvel outil du travail social pour ce XXIème siècle.


Post-Scriptum

Article paru dans la revue PLUME, Journal du CLICOSS 93, n°35.

Visiter le site des CLICOSS



Notes

[1] CRAMIF : Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile de France.

[2] D. Belpomme, Ces maladies créées par l’homme, ed. Albin Michel, 2004

[3] Source:http//terrehumanisme.free.fr




Pour citer cet article :

François NAUDEAU - « Ecologie et travail social » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - juillet 2005.