mercredi 31 août 2005



LE SOCIOGRAPHE
« Histoires d’écrire (1). Ecrire pour penser »

Philippe CROGNIER





Ecrire ? Comme s’il suffisait de le dire pour le faire... En réalité, c’est à la fois très simple et très compliqué. Très simple, c’est ce que peut laisser supposer l’observation du produit achevé, paré pour la médiatisation : mémoire de fin d’études, monographie, notes de cours, article de revue ou, plus prosaïquement, petit mot laissé sur un coin de table, lettre d’amour ou de réclamation. Très compliqué, c’est ce que nous sommes nombreux à percevoir quand il s’agit pour nous de répondre à l’injonction d’écrire.


Force est de constater que le passage par l’écriture aujourd’hui est devenu incontournable et que derrière l’activité scripturale se noue un véritable faisceau d’enjeux articulés bien souvent autour des problématiques de réussite personnelle, scolaire, sociale et professionnelle. Ce sont ces réflexions qui ont amené Le Sociographe sur les traces de l’écriture.

La résonance à laquelle a donné lieu l’appel à auteurs montre à quel point ce thème est mobilisateur dans les différentes sphères sociales. Ainsi, le nombre de textes proposés et, il faut l’avouer, la qualité et la diversité des productions ont rendu nécessaire la modification du programme éditorial du Sociographe. La composition de deux numéros consacrés à l’écriture s’est imposée : ce présent numéro, le 18, et le prochain n°19.

Ce numéro 18 du Sociographe est intitulé Histoires d’écrire. Ce titre, polysémique par excellence, évoque le caractère multidimensionnel de la langue écrite. Ecrire, tout d’abord, c’est faire naître une histoire, à chaque fois différente, singulière, incarnée par une partie de nous-même. Mais écrire, c’est aussi... toute une histoire, et en faire état, au fond, c’est tout simplement... histoire d’écrire.

A la lecture des textes rédigés par les auteurs, il est apparu assez clairement que l’écriture peut être chargée d’une fonction heuristique. En d’autres termes, elle peut être considérée comme un véritable émulateur et organisateur de pensée. Ecrire pour penser, tel est donc le sous-titre de ce numéro.

Les textes présentés ici sont ordonnés selon deux axes principaux. Le premier traite des rapports complexes que l’on peut entretenir avec l’écriture et des difficultés rencontrées par les publics qui n’en maîtrisent pas les rudiments. En ce sens, l’article de Véronique Leclercq laisse apparaître à travers l’analyse fine du témoignage d’une personne en situation d’illettrisme la capacité de certains à s’emparer du monde de l’écrit pour le transformer et l’adapter à leurs valeurs. Les recherches de Valérie Fournié-Anselot menées auprès de jeunes enfants scolarisés permettent d’approcher les pratiques lecturales et scripturales en place dans des milieux sociaux hétérogènes. Geneviève Delacourt, enfin, fait état de la complexité de ses rapports avec l’écriture et en même temps de l’usage précieux qu’elle fait de cet outil dans son métier d’enseignant rééducateur.

Le second axe permet d’aborder la place et l’usage de l’écriture dans le milieu de la formation professionnelle. Maryvette Balcou-Debussche apporte de nombreux éclairages sur les enjeux sociaux de l’écriture dans la formation initiale des futurs professionnels de la santé. Faire le point sur une expérience d’atelier d’écriture menée avec des étudiants assistants de service social et réfléchir sur la transposition des compétences développées en atelier vers le milieu professionnel, tels sont les thèmes abordés par Corinne Chaput dans l’article suivant. Ermitas Ejzenberg, quant à elle, évoque l’éthique dans le travail social et préconise une formation à l’écriture qui soit impliquante et responsabilisante. Sur ce point, elle est rejointe par Claudie Cocq qui prolonge cette réflexion et avance l’idée d’un apprentissage de l’écriture selon un itinéraire qui est aussi singulier que peut l’être chaque étudiant. Dans son article, Philippe Crognier pose deux hypothèses : celle d’une écriture-outil, au service d’une pensée créatrice, et celle d’une écriture agent de transformation du « réel ».

Enfin, dans la rubrique Ailleurs, Ana Isabel Rodriguez retrace en Belgique le parcours en atelier d’écriture d’un groupe de femmes de nationalités différentes qui aboutit à la réalisation collective et à la publication d’un recueil de contes fantastiques : La fille aux mille rêves.


Post-Scriptum

Article paru dans la revue « le Sociographe ». - N°18 - Septembre 2005. - « Histoires d’écrire (1). Ecrire pour penser ».
Le N°18 du Sociographe sur le site de l’IRTS de Montpellier





Pour citer cet article :

Philippe CROGNIER - « « Histoires d’écrire (1). Ecrire pour penser » » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - août 2005.