mercredi 28 septembre 2005



Une Politique de l’Enfance
Du patronage au centre de loisirs


Francis LEBON





Société des loisirs, jeux vidéos, télévision, valeurs nouvelles ou perdues... quand il s’agit d’éducation et de loisirs, le sens commun n’est guère avare de clichés. Au delà des représentations habituelles ou autres discours d’institutions, Francis LEBON nous propose un regard distancié, construit et pertinent sur un siècle d’une histoire sociale où se rencontrent hommes et pratiques et de dessinent diverses politiques de l’enfance.


« Du patronage au centre aéré » (1870 / 1970), F. LEBON retrace une histoire où les questions scolaires, catholiques, laïques, républicaines... s’actualisent à l’aune d’un siècle en mouvements incessants, dont deux guerres, et à la lumière de débats mêlant l’intérêt des enfants à ceux de l’Eglise, de l’État ou de la famille. Associations catholiques, ouvrières, mouvements laïques, scoutisme... tous les acteurs entrent en scène sous la plume et le regard socio-historique de l’auteur.

On retrouve au fil de cet exposé les années 1930, période d’entrée de l’Etat sur la scène des loisirs, de création d’une « nouvelle catégorie d’intervention étatique : la jeunesse », suivie d’années plus sombres, sous l’égide du régime de Vichy, avant que l’immédiat après-guerre ne voie émerger les premières associations de jeunesse, puis une dizaine d’années plus tard, les premiers « animateurs ».

Des années 1970 à nos jours, F. LEBON nous propose enfin une approche où l’avénement et le développement des centres de loisirs est à saisir à travers un maillage complexe, tenant compte de la refondation des projets éducatifs, d’évolutions démographiques, sociales, économiques, politiques, de nouvelles qualifications conduisant à la professionnalisation des animateurs...

Que tient la politique de l’enfance et des loisirs aujourd’hui à la fois de cette histoire, mais également de ruptures dans la pensée et les pratiques ? Face à ce type de question et bien d’autres, F. LEBON apportera à chacun un point de vue richement documenté, au fil d’un récit que sa construction historique rend d’autant plus agréable et passionnant.

JP Pelletier

Post-Scriptum
Quatrième de couverture

Comment, en France, l’animation des loisirs enfantins s’est fait une place à côté du service social et de l’éducation spécialisée ? Inspirée du principe selon lequel c’est dans le passé (des patronages) que l’on trouve les éléments dont est formé le présent (des centres de loisirs sans hébergement), la socialisation par les loisirs est envisagée à travers une institution polymorphe représentée par les trois termes successifs de « patronages », « centres aérés » puis « centres de loisirs ». En présentant les organisations concernées, il s’agit de fixer les repères chronologiques essentiels pour comprendre la genèse du métier d’animateur. Avec des préoccupations liées à l’hygiène et à la surveillance, le patronage incrane l’institution qui, du XIXème siècle aux années 1970, propose des activités récréatives aux enfants tout en participant de la construction sociale de l’Ecole, de la religion et de la politique. Si la métaphore guerrière fixe les bornes des discours « laïques » et « catholiques », un consensus pédagogique définit la nature primordiale de l’enfant par le jeu.

Le développement du travail des femmes et de leur scolarisation, la tertiarisation du salariat, la légitimation du terme unificateur de « travail social », le déclin des colonies de vacances, la quasi-disparition des patronages paroissiaux constituent la toile de fond de la naissance officielle, en 1970, du centre de loisirs. Depuis lors, le passage du vocable de « patronage » à celui de « centre de loisirs » signe une laïcisation de l’institution qui se manifeste par la normalisation juridique, la centralisation bureaucratique, la scolarisation des pratiques, l’autonomisation et la spécialisation des fonctions corrélatives de l’accroissement de la division du travail d’encadrement. La structure du champ de l’animation reste cependant extrêmement dispersée, entre un niveau central (Etat, associations nationales et départementales) et un niveau local (communes, associations) lui-même très diversifié.

Francis LEBON - « Une politique de l’enfance - Du patronage au centre de loisirs ». - L’Harmattan. - Collection Logiques Sociales. - 2005. - ISBN : 2-7475-9002-X. - 24€.





Pour citer cet article :

Francis LEBON - « Une Politique de l’Enfance » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - septembre 2005.