dimanche 4 décembre 2005



L’accompagnement : une fonction du travail social

Cristina de Robertis





Le terme « accompagnement social », parfois « accompagnement » tout court, a acquis droit de cité dans le vocabulaire professionnel depuis quelques années. Peu à peu il se substitue à d’autres termes tels que : méthode, méthodologie, suivi, aide...


Ce changement de vocabulaire ne va pas sans poser des questions. En effet, quelle est la spécificité de l’accompagnement d’un travailleur social par rapport à celui d’un bénévole ou d’une personne non travailleur social ? Qu’entendons nous par ce terme ? Quel sens lui est-il attribué par les professionnels, les institutions, les dispositifs d’action sociale ? L’accompagnement des usagers et celui des étudiants en travail social est-il de même nature, participe t-il de la même fonction ?

Cet article tentera d’apporter une clarification conceptuelle sur ce sujet. Il développera deux parties : la première centrée sur l’accompagnement social des usagers dans l’intervention sociale d’aide à la personne (ISAP), la seconde sur l’accompagnement pédagogique des étudiants en stage. Dans la première partie, partant d’une définition de termes et de l’évolution de la terminologie, nous verrons l’apparition récente du terme accompagnement et ses conséquences. Nous situerons l’accompagnement social comme une fonction professionnelle faisant partie du processus d’intervention. Nous rappellerons les principes déontologiques dont il s’inspire. La seconde partie centrée sur l’accompagnement pédagogique des étudiants clarifiera la nature de l’accompagnement auprès des étudiants dans le cadre de la pédagogie de l’alternance, les similitudes et différences par rapport à l’accompagnement des usagers et les principes à mettre en oeuvre dans cet accompagnement de la personne en formation.

PARTIE I - L’accompagnement social dans l’intervention sociale d’aide à la personne

1) Définition du terme accompagnement

Ce mot est d’utilisation récente en Travail Social. Sa racine latine est : ad - mouvement cum panis - avec pain, c’est-à-dire, « celui qui mange le pain avec ».

Ce vocable renvoie également aux termes de compagnon et copain, qui sont utilisés pour signifier les liens de proximité entre des personnes. En espagnol, dérive aussi de cette racine le mot « compartir » qui veut dire partager. Accompagnant et accompagné partagent le pain, font côte à côte, ensemble, un bout de chemin...

2) Historique et évolution du terme

Le service social a utilisé différents « mots forts » au cours de son histoire pour désigner son « faire professionnel ». Les mots ne sont pas anodins ni neutres, ils reflètent bien les options et courants de pensée d’une époque donnée. Après, ils se chargent de connotations différentes de leur signification originelle, tombent plus ou moins en désuétude ou côtoient d’autres mots en se superposant.

Sans vouloir faire une étude exhaustive rappelons rapidement quelques évolutions des termes utilisés par le travail social :

- Fin du 19e et début du 20e siècles le terme utilisé était assistance (l’assistance publique). On signifiait ainsi la volonté de la société d’assister, soutenir, un de ses membres lorsqu’il en avait besoin. Le terme assistance se différenciait alors de la charité et de la bienfaisance.
- Entre 1904 - 1930 apparaissent les termes aide et protection en rapport surtout avec l’enfance. C’est l’aide sociale à l’enfance, la protection des mineurs.
- Entre 1930 - 1945 le mot protection s’affirme, notamment avec en 1945 la protection maternelle et infantile. L’apparition du mot « suivi » date aussi de cette époque.

Le terme suivi veut dire « faire suite », suivre, marcher derrière. Il signifie aussi contrôler dans le temps de manière régulière et sans interruption. Il fait référence à la compréhension logique et à l’intérêt soutenu porté à une personne. A cette époque, le courant hygiéniste du service social est encore fort, et nécessaire. Ce terme de « suivi » a été directement emprunté du langage médical.

- C’est après la deuxième guerre mondiale, entre 1946 et 1970 qu’apparaissent d’autres termes. Ils ne se substituent pas aux précédents, mais cohabitent. Apparaît ainsi l’expression « prise en charge » qui s’associe à la notion de poids, de fardeau, de difficulté. On parle aussi de « cas lourds », pour désigner souvent des familles à problèmes multiples.
- Dans la période de 1970 à 1985 deux nouveautés importantes : « approche globale » et « intervention ». Sous l’influence de l’analyse systémique, d’autres modes de définir le faire professionnel se font jour. L’approche globale désigne la manière de resituer l’acte professionnel dans un contexte social et institutionnel, et aussi une approche de la personne sous tous ses aspects psychologiques et sociaux. L’expression « intervention en travail social » a été attestée par son utilisation en 1980 dans le nouveau programme d’études préparatoires au DEAS de l’époque, on y parle de « Théorie et pratique de l’intervention en service social ». Une année après, la publication de mon livre « Méthodologie de l’intervention en travail social » confirme ce terme qui deviendra alors prédominant pour définir le faire professionnel.
- Le terme « accompagnement » apparaît entre 1985 et 1995, il n’a pas cessé de faire son chemin dans le vocabulaire des travailleurs sociaux.

Comme beaucoup d’autres termes, l’accompagnement a été initialement introduit par le milieu médical pour désigner l’aide aux mourants...Il rappelait la nécessité d’être à côté de...accompagner jusqu’au bout du chemin. Nous l’avons donc emprunté à la terminologie sanitaire.

Ce terme est utilisé aussi depuis une vingtaine d’années dans le domaine des sciences de l’éducation : on parle d’accompagnement pédagogique. D’autres termes sont utilisés aussi tels que tutorat, soutien, renfort, aide.

Tous ces termes se superposent, sont utilisés parfois de façon indifférenciée même si leurs nuances en disent long sur leur signification. Leur moment d’apparition traduit des courants essentiels de la société et les problématiques de certaines époques.

3) Avènement et conséquences

La notion d’accompagnement surgit vers le milieu des années 80 dans le travail social. Elle se développe à partir de différentes politiques sociales .

Son émergence peut être située dans le rapport WRESINSKI sur la grande pauvreté en 1987. L’accompagnement a aussi été utilisé dès les années 1980 par le secteur handicap (certains Centres d’Aide par le Travail se dotent de « services d’accompagnement et de suivi ») . Il sera pérennisé dans les dispositifs d’insertion (RMI 1989), de lutte contre le surendettement (loi NEIERTZ 1989), de logement (Loi BESSON 1990).

Mais pourquoi ce terme apparaît-il alors dans les différents textes de politique sociale ? L’accompagnement est porté très fort par le milieu associatif, luttant contre l’exclusion, pour signifier l’action des bénévoles auprès de personnes en grande difficulté.

Les politiques transversales ont inscrit dans la loi la notion d’accompagnement social nécessaire, mais elles ne spécifient pas à qui il est confié, ni quelles compétences doivent avoir les « accompagnateurs » du public. Un certain flou s’installe. Ainsi, le Dictionnaire Critique d’Action sociale spécifie que l’accompagnement sera confié « à ceux qui réalisent l’insertion sociale, professionnelle ou le maintien dans le logement, et peut être assuré par des TS mais aussi par des associations, des bailleurs sociaux, des CCAS ou d’autres organismes choisis par le maître d’oeuvre du dispositif... L’accompagnateur logement se dissocie, dans sa tâche et son rapport à l’habitant, des travailleurs sociaux locaux, censés rendre au quotidien d’autres services sociaux que cet accompagnement spécifique. »

Deux conséquences s’en suivent :
- Un saucissonnage des personnes : un problème = un accompagnement spécifique prévu dans chaque dispositif. C’est l’arrêt de mort de l’approche globale, centrée sur la personne, qui se trouve ainsi remplacée par des hypothétiques « référents » et une multiplicité d’intervenants chacun dans son domaine.
- Un sentiment de déqualification des professionnels qui se voient concurrencés sur leur territoire par des non professionnels et des bénévoles aux compétences et formations diverses. On a beaucoup parlé à l’époque des nouveaux métiers du social, des professions « canoniques » vouées à une disparition certaine. C’est l’époque, aujourd’hui presque révolue, où le « social » était l’affaire de tous et il suffisait de « bonne volonté » pour savoir faire.

Au milieu des années 90, la pensée professionnelle réagit, l’élaboration est foisonnante et productive. Parmi les nombreuses publications d’articles, revues et livres, deux tendances de conception théorique du travail social se font jour :

- La publication d’une série de guides de l’accompagnement social conçues comme des fiches techniques, simplifiées et pratiques pour orienter le faire quotidien. D’un côté l’UNIOPSS publie deux livres sur le sujet, l’un avec des fiches méthodologiques et l’autre sur les pratiques associatives. De l’autre côté, l’équipe de l’ETSUP (Ecole supérieure de travail social de Paris) rédige plusieurs guides pratiques de l’accompagnement social dans certains champs de pratique : RMI, SIDA.

- Le refus de voir l’action du travail social réduite au terme « accompagnement ». Cette tendance est présente dans l’élaboration, par le Conseil Supérieur du Travail Social, d’un rapport qui va nommer l’action des travailleurs sociaux en termes « d’intervention sociale d’aide à la personne » (1996) . Dans ce rapport au Ministre, seul le terme « aide » apparaît avec force. « L’accompagnement social n’est pas réductible et ne rend pas suffisamment compte des pratiques complexes et variées des intervenants. En revanche, il s’agit d’une démarche et d’une fonction partiellement constitutive de l’ISAP » nous disent B. BOUQUET et C. GARCETTE.

A la même époque, l’Association Nationale des Assistants de Service social produit une analyse du concept « accompagnement social » dans la Revue Française de Service Social . Elle distingue l’accompagnement social prescrit dans les textes législatifs et les dispositifs d’action sociale, de l’accompagnement en service social proposé par l’ASS aux personnes, familles ou groupes qui est librement consenti, négocié et contractualisé.

Un point commun regroupe toutefois ces deux tendances : tous les travaux situent l’accompagnement social comme une fonction du travail social et une des formes de la relation d’aide.

4) Une fonction du travail social

A partir du constat que l’accompagnement social à lui seul ne rend pas suffisamment compte de la complexité des situations et des pratiques des travailleurs sociaux, il a été considéré comme l’une des fonctions de l’intervention sociale. Même le guide pratique de l’accompagnement social de l’UNIOPSS considère que l’accompagnement est l’une des formes spécifiques de la relation d’aide. Ainsi « il nous a semblé utile de donner aux opérateurs un cadre, des références méthodologiques, partant du principe que la relation d’aide (dont l’accompagnement est une forme spécifique) est l’une des relations les plus difficiles à établir si l’on veut éviter les pièges classiques de l’assistanat, du paternalisme, et toutes les autres dérives moins repérées mais tout aussi dangereuses ». Le même guide précise que la relation d’aide peut revêtir plusieurs formes telles que la relation thérapeutique , la relation éducative, le suivi social, le tutorat, la tutelle et l’accompagnement.

Comment pouvons nous définir le contenu de cette fonction ? B. BOUQUET et C. GARCETTE la définissent ainsi : « l’accompagnement social vise à aider les personnes en difficulté à résoudre les problèmes générés par des situations d’exclusion, et à établir avec elles une relation d’écoute, de soutien, de conseil et d’entraide, dans une relation de solidarité, de réciprocité et d’engagement de part et d’autre. Inclus dans l’ISAP, l’accompagnent social ne peut donc être fondé que sur une démarche volontaire. Il repose sur la liberté de chacun et sur la capacité d’engagement réciproque. .... Cette démarche orientée ver le « faire ensemble » est attentive aux processus, au cheminement des personnes, à leur parcours. »

La fonction d’accompagnement implique :
- Une notion de proximité et de présence - on est côte à côte, on est avec, on soutient l’autre.
- Une notion de participation active de l’intéressé - on l’accompagne dans sa voie, celle qu’il s’est lui-même tracé, donc une notion d’autodétermination.
- Une idée de mouvement, l’autre est en devenir, même si nous ne savons pas à l’avance vers où il va, et qu’il faut chercher avec lui le chemin pour y parvenir.
- Une notion d’individualisation, chaque personne est différente, chaque situation est unique même si elle peut être regroupée dans des catégories précises.
- Une idée de passage, de temps limité, de moment partagé mais de séparation après évaluation du chemin parcouru.

Par ailleurs, les nouveaux textes du DEASS , définissent un référentiel professionnel qui comporte :
- La définition de la profession et du contexte d’intervention
- Un référentiel d’activités
- Un référentiel de compétences.

Le référentiel d’activités définit les 6 fonctions de la profession, à savoir :
- accueil, évaluation, information, orientation
- accompagnement social
- médiation
- veille sociale, expertise, formation
- conduite de projets, travail avec les groupes
- travail en réseau

Les activités de la fonction accompagnement social reprennent différents aspects de la méthodologie professionnelle et mettent en valeur la notion de partage avec la personne, la mobilisation de ses ressources et la prise en compte de l’usager en tant que sujet dans un cheminement qui se construit avec lui.

Il semble important de souligner que l’accompagnement social est seulement une partie du savoir-faire professionnel des assistants de service social et qu’on ne peut pas réduire la profession à ce seul aspect.

5) Un processus d’intervention sociale d’aide à la personne

L’accompagnement social s’inscrit bien dans un processus d’intervention comprenant plusieurs phases et plusieurs moments de travail. Sans rentrer dans les détails, rappelons cependant quelques aspects.

L’intervention sociale d’aide à la personne part de la personne - usager du service social - de ses besoins et sa situation. Elle cherche à développer une méthode participative avec la personne dans « l’objectif d’améliorer sa situation, ses rapports avec l’environnement, voire de les transformer »

Le déroulé ou les phases ont été énumérées de la manière suivante :
- la rencontre (demande ou proposition de service)
- la collecte des informations
- l’analyse et l’évaluation diagnostique
- l’émergence du projet et le contrat
- les stratégies et moyens de mise en oeuvre du projet
- l’évaluation des résultats
- la fin de l’intervention sociale

Il est évident que l’intervention d’un assistant de service social se déroule dans le temps par phases complexes. L’action s’inscrit dans une logique qui va bien au delà de la simple réponse à la demande. L’intervention sera ajustée aux aspects spécifiques de la situation et de la personne concernée dans un effort d’adaptation constante afin de rester au plus près des possibilités et capacités de l’usager.

Dans ce déroulé il y a une clé de voûte : le diagnostic social.

Le diagnostic social est l’articulation entre la collecte des informations sur la personne, sa situation, ses problèmes et la définition d’un projet commun d’intervention. Cette jonction se fait par l’analyse de la situation à la lumière des connaissances qui l’éclairent (juridiques, psychologiques, sociologiques, de santé, économiques, etc.) et par l’élaboration d’hypothèses de travail qui vont orienter le plan d’intervention. Ce diagnostic permet de définir les objectifs de changement et d’apprécier les forces et dynamismes présents, les potentialités tant individuelles que de l’environnement social et familial susceptibles d’intervenir en faveur de la personne concernée. D’évaluer aussi les faiblesses et les freins éventuels.

Sans diagnostic social il ne peut y avoir élaboration d’une intervention à partir du projet de la personne et négociation d’un contrat.

L’accompagnement social s’inscrit dans ce processus. Le professionnel n’est pas seulement « à côté de » ou « avec », il est aussi dans la compréhension profonde d’une personne et dans la recherche, avec elle, de solutions existantes, ou à créer, pour améliorer sa situation.

6) Des principes éthiques et déontologiques

L’intervention sociale d’aide à la personne et l’accompagnement, s’inspirent des mêmes principes professionnels éthiques et déontologiques : respect des personnes, participation active à la définition de leurs propres solutions, proximité avec elles, partage. Ils s’inscrivent dans les valeurs démocratiques et républicaines de la France :
- la fraternité (appartenance à la famille humaine, solidarité)
- la liberté (de ses choix et de ses opinions, des décisions concernant sa vie et de son autodétermination)
- l’égalité, la citoyenneté, la justice sociale

Ces principes sont largement repris par les textes de loi récents concernant le secteur social et médico-social. Ainsi, la loi rénovant l’action sociale et médico-sociale (N° 2002 - 2 du 2 janvier 2002) explicite les droits des usagers du secteur. Il y est dit qu’il faut assurer à la personne :

- Le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité et de sa sécurité ;
- Le libre choix des prestations adaptées qui lui sont offertes...
- Une prise en charge et un accompagnement individualisé de qualité favorisant son autonomie et son insertion.
- Le respect de son consentement éclairé qui doit systématiquement être recherché
- La confidentialité des informations la concernant
- L’accès à toute information ou document concernant sa prise en charge
- La participation directe à la conception et à la mise en oeuvre du projet d’accompagnement qui le concerne.

PARTIE II - L’accompagnement pédagogique de l’étudiant en formation

L’accompagnement des étudiants est d’une autre nature que l’accompagnement social des usagers, même si on peut trouver des similitudes, il s’agit d’un accompagnement pédagogique.

1) La formation en alternance

Cet accompagnement pédagogique s’inscrit dans un contexte de formation en alternance. La formation du futur professionnel se déroule en effet dans deux lieux différents : l’école, ou centre de formation, et le stage, ou lieu de pratique.

Mais, qu’entend-t-on précisément par alternance ?

En 1995 la Mission Évaluation des centres de formation en TS du Ministère des Affaires sociales de l’époque a défini la pédagogie de l’alternance dans les termes suivants :

« La vrai alternance c’est un processus centré sur l’individu, permettant d’accompagner les transformations psychiques et les recompositions intellectuelles à l’oeuvre dans les moments de transition entre travail et formation.

Alors que la fausse alternance n’est que la juxtaposition de temps de formation théorique et d’activités pratiques, la vrai alternance doit prendre pour objet le traitement pédagogique des ruptures auxquelles le stagiaire est soumis lors qu’il se trouve confronté successivement à la nécessité de transformer son savoir en action, puis en réfléchissant son action, à celle de transformer son savoir-faire en connaissances du réel.

C’est autour de ce travail, de l’accompagnement de ce travail de la pensée, que doit être conçue la pédagogie de l’alternance... Le pivot pédagogique est un double travail parallèle d’appropriation de connaissances (par la formation théorique et par l’activité pratique en stage) et de maturation psychique de la personne.

La pédagogie de l’alternance apparaît l’outil indispensable à la construction de l’identité professionnelle du futur travailleur social. Le cursus de formation est conçu comme un parcours d’initiation au sein duquel s’effectuent non pas seulement des acquisitions de savoirs et de savoir-faire, mais aussi une maturation de la personne. »

Dans cette conception de la pédagogie il s’agit :
- d’accompagner l’étudiant dans un processus qui va du général (connaissances) au particulier (situations de pratique) mais aussi du particulier au général (à partir d’une pratique élaborer une connaissance du réel)
- de l’aider à acquérir des savoirs, des savoirs faire et une identité professionnelle ancrée sur des valeurs et des principes d’action
- d’accompagner une maturation, c’est-à-dire un processus d’incorporation personnelle de ces savoirs et savoir-faire et des règles déontologiques.

2) Différences et similitudes

Il y a une grande différence entre l’accompagnement de l’étudiant et celui des usagers :
- Ces derniers sont accompagnés pour résoudre des problèmes et recevoir une aide dans leur vie personnelle et privée.
- L’étudiant est accompagné dans le processus de formation à un métier, d’acquisitions de compétences qui l’amèneront à une qualification (diplôme).

Dans l’accompagnement pédagogique il s’agit de permettre l’expérimentation par l’étudiant des comportements et techniques professionnelles et le développement de sa propre pratique. D’être à côté de lui pour faciliter sa réflexion, sa découverte et son questionnement et d’organiser avec lui une progression pédagogique.

Même si le terme dans les deux situations est identique, l’esprit et le contenu de l’accompagnement diffèrent. Il est certainement difficile de faire abstraction des problèmes des personnels de l’étudiant lorsqu’ils sont en apprentissage, d’autant plus qu’ils interfèrent constamment avec la formation. Toutefois les problèmes personnels des étudiants doivent être traités ailleurs que dans le centre de formation ou dans le stage, le service social universitaire ou de secteur sont bien plus à même de traiter convenablement la situation personnelle de l’étudiant.

Entre les deux types d’accompagnement il y a aussi des grandes similitudes et aspects transposables. Tous deux sont centrés sur la personne, ils établissent une relation de proximité, chaleureuse et acceptante.

Une autre similitude est que tous deux prennent appui sur les capacités, acquisitions et compétences de l’individu, et sur une vision positive et optimiste de ses possibilités. D’ailleurs, dans la relation pédagogique, mais aussi dans la relation d’aide à l’usager, se joue l’effet pygmalion. La légende de Pygmalion (le rêve devenant réalité) dit que le roi sculpteur Pygmalion était tombé amoureux de la statue qu’il avait sculptée. Aphrodite lui consentit de donner un souffle de vie et transforma la statue en femme. Ainsi il se maria avec Galatée.

Les expérimentations de la psychologie sociale ont montré cet effet Pygmalion, phénomène d’adaptation comportementale, dans différents domaines : « par exemple, tout élève tend à atteindre le niveau qui lui est a priori attribué par ses professeurs... l’efficacité professionnelle d’un salarié dépend de la confiance et de l’estime que lui témoignent ses collaborateurs et supérieurs hiérarchiques... Valoriser les compétences d’une personne et lui témoigner sa confiance la rend meilleure et l’optimise... Ainsi, au quotidien le rêve que l’un porte sur l’autre tend à devenir réalité : chacun tend à adopter les rôles et comportements que l’on attend ou exige de lui ».

3) Le principe d’Isomorphisme

Un dernier aspect de l’accompagnement pédagogique est le principe d’isomorphisme, c’est-à-dire : même forme, mêmes caractéristiques. Les sciences de l’éducation ont travaillé sur ce principe qui veut « appliquer à la formation des enseignants les méthodes et les techniques que nous voulons que les stagiaires devenus eux-mêmes les acteurs du processus pédagogique, appliquent dans leurs classes, dans leurs groupes de formation ou d’animation »

Ce principe sera appliqué avec profit à la formation des étudiants assistants de service social. Cela veut dire d’appliquer à la formation des travailleurs sociaux les mêmes principes et les mêmes méthodes et techniques, que nous voulons qu’ils deviennent capables d’utiliser eux-mêmes avec les usagers qu’ils auront à accompagner.

Alors, pour apprendre le respect et l’acceptation de l’autre, il faut que l’étudiant se sente respecté et accepté pendant ses études. Pour apprendre la participation des usagers au processus d’accompagnement, il faut que l’étudiant soit sollicité de forme active pour participer pendant sa formation. Pour apprendre une technique, par exemple d’entretien, il faut aussi qu’il vive avec son formateur des entretiens approfondis, centrés sur son apprentissage.

Ce principe s’applique autant en stage qu’à l’école.

Il ne faut donc pas négliger la valeur d’exemple que représentent les formateurs - formateurs de terrain ou formateurs d’école - ils sont des véritables images d’identification (positive ou négative) pour l’étudiant, des exemples vivants d’identité professionnelle à acquérir par lui.

Pour conclure, il nous semble important de clarifier les termes que nous utilisons quotidiennement car les mots sont signifiants, ont un sens, un contenu qui souvent nous dépasse. Ainsi, le terme accompagnement séduit le travail social par sa signification de proximité, de partage, de solidarité. Il se répand et devient prédominant par rapport à d’autres termes qu’il tend à remplacer. Mais, il ne doit pas faire oublier ô combien la pratique sociale est complexe, pluri-référentielle, dynamique et qu’elle nécessite un savoir et un savoir-faire acquis au cours d’une formation longue et approfondie.

26 janvier 2005




Pour citer cet article :

Cristina de Robertis - « L’accompagnement : une fonction du travail social » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - décembre 2005.