dimanche 1er octobre 2006



Présentation du n°21 du Sociographe
L’expérience est-elle qualifiable ?
L’expérience est autre


le Sociographe





La question de l’expérience est devenue incontournable dans notre société de ce début de XXIème siècle. Cela peut paraître étonnant en cette période d’intenses progrés technologiques, produits de la recherche expérimentale et scientifique. Faut-il y voir une mise en question, une relativisation des savoirs savants, qui n’auraient pas été capables de fournir des explications et des solutions aux problèmes rencontrés par les sociétés ? Faut-il y voir plutôt une preuve de sagesse, les hommes ayant compris que la connaissance pouvait aussi valablement, être élaborée à partir des actions menées ?


L’actualité récente de la formation professionnelle des travailleurs sociaux met l’expérience sur le devant de la scène. Désormais, les diplômes peuvent s’obtenir, par la « validation des acquis de l’expérience ». L’expérience peut donc être calibrée, mesurée, compactée, convertie en « modules » qui, s’ils sont déclarés « acquis », permettent à la personne d’être dispensée de tout ou partie du programme de formation.

Lorsque nous avons, en comité de rédaction, convenu de travailler sur la question de l’expérience, le débat fut d’abord assez vifs entre ceux qui souhaitaient que l’on aborde tout de suite la question de la VAE et ceux qui proposaient d’attendre que les mises en place soient plus conséquentes. Finalement, l’option retenue a été celle de préparer deux numéros non consécutifs. Le premier d’entre eux, celui que vous avez entre les mains, est axé davantage sur la notion d’expérience mise en rapport avec la possibilité de la qualifier. En quelque sorte, nous avons le projet de « débroussailler » le terrain dans ce numéro 21, et nous aborderons franchement et plus complètement la question de la VAE dans notre numéro 24.

Le titre interrogatif même de ce numéro cache à peine le doute qui est le nôtre. Il n’est pas sûr du tout que toute expérience soit qualifiable. Parce que le terme « qualifier » contient la recherche de « qualités » à donner, et qu’il y a de l’innommable dans l’expérience, soit parce qu’elle passe dans l’inconscient, ou parce qu’elle dépasse l’entendement pouvant être établi par les mots.

Les deux premiers articles que nous présentons explorent ce que l’on pourrait appeler les « mystères » de l’expérience : Qu’est ce que ça veut dire l’expérience ? Le texte de Guy-Noël Pasquet porte et développe cette réflexion, et la mise en évidence de tout ce dont on ne parle jamais en termes d’acquis de l’expérience, doit nous mettre en alerte intellectuelle sur nos choix et leurs présupposés culturels et idéologiques. Thierry Braganti montre dans son article que l’expérience ne recouvre pas l’ancienneté ou le temps chronologique. On a de l’expérience, mais encore faut-il en faire quelque chose.

Dans une seconde partie du numéro, Cédric Frétigné nous parle d’expériences professionnelles en entreprises virtuelles. Les participants font alors l’expérience de quoi ? De l’entreprise ou de la situation de virtualité ? Cette seconde possibilité est-elle inférieure à la première ? Bernard Balzani nous emmène vers le sociodrame, les jeux de rôles et il parle, lui aussi, d’une expérience qui pourrait « valoir » sur d’autres scènes. Ces deux textes attirent notre attention sur le caractère non-direct de l’expérience. Certaines d’entre elles ne porteront leurs fruits qu’en dehors de l’espace-temps considéré et sur d’autres objets. Enfin, Brigitte Pagnani revient sur une expérience menée avec des « emplois-jeunes ». Etait-ce aussi une fiction ou une quasi-réalité ? Etait-ce si utopique et insupportable que cela de fournir à des jeunes des contrats de cinq ans et une formation ?

La troisième partie se rapproche de la question de la VAE et lance le pont avec le numéro 24. Gilles Pinte amène le terme de « problématisation » à propos de l’expérience. Finalement, l’expérience peut être la pire ou la meilleure des choses, cela dépend ce que l’on en fait, et de ce point de vue là, l’auteur propose d’intéressantes manières de faire. C’est certainement le texte de Serge Jamgotchian qui ouvre le plus directement sur la VAE, mais en élargissant de façon passionnante le champ conceptuel. Il nous propose des références nouvelles, peu présentes dans les formations en travail social, et cela fait comme un rafraichissement des idées : expérience, oui, bien sûr, mais surtout, processus de questionnement et de production de l’expérience par le processus de réflexion.

En fin de numéro, Héloïse Guay nous emmène ailleurs. La rencontre avec l’art est une expérience, et à partir de la réflexion sur « ce qui advient dans la rencontre », il me semble possible de retenir qu’il advient toujours autre chose que ce que l’on croit dans les rencontres de l’expérience.

Alors, si l’expérience n’est pas toujours qualifiable, est-il raisonnable ou tout simplement possible de valider des acquis à partir d’elle ? C’est une autre histoire qui sera développée dans le numéro 24.


Post-Scriptum

Dossier coordonné par Jacques PAPAY, membre du comité de rédaction du Sociographe (reponsable de centre d’activité à l’IRTS PACA et Corse / jacquespapay@wanadoo.fr)

http://www.lesociographe.org





Pour citer cet article :

le Sociographe - « L’expérience est-elle qualifiable ? » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - octobre 2006.