mardi 16 janvier 2007



Les colères de « l’Homme démocratique »
Présentation du dossier du Sociographe n° 22 : « Les obstinés du social »


le Sociographe





Chaque époque invente « le social » qui lui est nécessaire par un jeu complexe qui combine le travail des élites au sommet, sommet de l’appareil d’Etat et de l’appareil gestionnaire des branches professionnelles avec le travail des acteurs des mouvements sociaux, des porteurs des innovations sociales. La documentation à laquelle on accède via les sites officiels ou la lecture de la presse professionnelle, témoigne surtout de l’effervescence du travail accomplit « au sommet ». Cette effervescence peut être parfois l’objet de critiques comme celles que l’on pourrait émettre à propos de la complexité de la réforme de la formation professionnelle mais elle montre surtout que l’on quitte progressivement la logique de « l’Etat providence » et qu’une nouvelle façon de gérer le « faire société » est en train de naître. La société « moderne » qui fut l’objet de tant de critiques durant les années 1970 (Castels, Foucault, Beaudelot-Establet...) s’efface au profit d’une société « post-moderne ».


Cependant, les médias masquent souvent la réalité du travail accompli par les innovateurs locaux, par les fantassins de l’invention du social d’aujourd’hui. Ce numéro du Sociographe voudrait déplacer le projecteur vers quelques obstinés du social afin que l’on ne confonde pas l’Etat et la Nation, les couloirs des cabinets ministériels et le social en mouvement.

Les textes présentés sont d’une écriture, pour certains, peu commune. Nous avons laissé aux auteurs une liberté d’expression qui permettra à chacun de se laisser impressionner et de sentir l’humanité que les textes véhiculent.

Ce dossier essaie de cerner par différentes facettes, l’agir de personnes qui acceptent de faire face à, citons : l’errance des jeunes, les enfants carencés, les enfants polyhandicapés, les gens du voyage, les victimes d’inceste et leurs bourreaux, la différence culturelle, les quartiers.... L’obstination qu’elles manifestent échappe à l’analyse simpliste et nous suivrons Eugène Enriquez qui tente de la comprendre en y percevant la « noblesse » de l’Homme démocratique dont l’aristocrate normand Alexis de Tocqueville a décrit l’émergence au XIXème siècle dans « De la démocratie en Amérique ». La colère, la honte ou la compassion de l’Homme démocratique sont la source des forces « instituantes » qui dans leur dialectique avec « l’institué » inventent le social.

Dans la première partie, « Figures d’obstinés », nous avons donné la parole ou présenté quelques figures d’obstinés et d’obstination. Doutreligne présente l’image de l’Abbé Pierre comme figure paradigmatique d’une série de témoignages. Robin nous présente le travail avec les jeunes en grande difficultés. Theis décrit le travail « extra-ordinaire » auprès de polyhandicapés. Cartry nous décrit le chemin qui amène une famille à essayer de devenir thérapeutique. Enfin Bertoli nous montre la condition des gens du voyage et le travail de citoyenneté possible.

La série d’articles classés sous le chapitre « L’obstination contre l’enfermement » illustre de façon particulière, à travers le champ si institué de la Justice et de la Prison, la volonté d’innover, de ne pas laisser aller l’institution sur elle-même. Le suivi des victimes d’incestes associe le bourreau à la reconstruction de la victime (Suard). La Justice face à « l’enfant-sorcier » d’origine africaine (Maximy) instaure la dimension culturelle qui devrait être celle de toute mesure éducative. La gestion des récidives pour les jeunes s’ouvre aux activités culturelles (Hourcade).

Sous le titre « Penser l’obstination », Lansiaux propose une analyses des « obsédés » du social s’appuyant sur la sociologie des professions et O’Deyé ouvre une porte sur une alternative professionnelle : le travail avec les réseaux sociaux des usagers. L’entretien avec Eugène Enriquez contribue à saisir les enjeux qui traversent ce numéro. Intellectuel, militant, E. Enriquez nous invite à replacer au centre du travail social ce que nous avons évacué : l’engagement, la conviction, l’ancrage dans une vision humaniste qui ne s’apprend pas uniquement à travers les sciences humaines mais aussi à travers le retour sur les grandes oeuvres poétiques et littéraires qui ont marqué notre histoire : la tragédie grecque, le théâtre classique, Kafka, Dostoeivsky...

Enfin dans la rubrique « Ailleurs », Gissot empruntant la forme du SLAM, nous présente ce qu’éducateur veut dire.


Post-Scriptum

J-M. Gourvil
Directeur des formations de l’IRTS-Basse Normandie, membre du comité de rédaction du Sociographe, coordonnateur du n° 22.
Mail : jmgourvil@irts-bn.asso.fr
Le Sociographe sur le site de l’IRTS de Montpellier





Pour citer cet article :

le Sociographe - « Les colères de « l’Homme démocratique » » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2007.