dimanche 3 février 2008



Sociographe n° 25 : Extension du domaines des rituels (sur quelques rites dans le travail social)
Rites et rituels, ces gestes qui parlent

le Sociographe





Au-delà des traditionnels rites de passages, le travail social est traversés d’une multitude de rituels qui ne disent pas toujours leurs noms, mais qui imprègnent pourtant fortement les professionnels autant que les usagers. Handicap physique, doudou, intoxications, école ; ou si l’on préfère : stigmates, objets, pratiques institutionnelles... Petit tour d’horizons pour débusquer et comprendre les enjeux de formes de ritualités souvent nouvelles, mais s’inscrivant toujours dans notre besoin commun de reconnaissance et d’identification.


Dans un monde de plus en plus rationnel et faisant la plus large place aux sciences et aux techniques, quelle place reste-t-il pour des formes de ritualisation sociale ? Nos sociétés modernes et développées parcellisent, atomisent, réduisent à la fraction la plus infime l’individuel ; dans une telle perspective, où placer ces pratiques collectives qui dans l’histoire de leur conceptualisation s’attachent à fondre le religieux, le politique et le social ? De là vient, aussi une relative difficulté à définir le rite et le rituel. Mais ceci étant, reste une sorte d’architecture formelle articulant un montage insolite en termes de représentations sociales, offrant non seulement une certaine puissance polysémique et efficace, mais aussi permettant une forte adaptation aux changements sociaux dans des codifications esthétiques rigoureuses.

Si les premières approches des rites et des rituels se sont focalisées sur la dimension strictement religieuse et sacrée du phénomène, au-delà de cette origine il existe un espace restreint dans lequel se déploient des pratiques rituelles dont on peut qualifier le sens de profane ou de sécularisé (C. Rivière). Par exemple les pratiques de présentation et représentation du corps, d’introduction de simples gestes de nutrition dans un cérémonial, d’organisation des jeux de la vie enfantine, de marquage d’une institution ou d’une organisation par des actions répétitives et solennelles constituent les formes discrètes d’une certaine ritualisation du quotidien. Sans confondre rituel et routine, quand la routine parle encore, les rites et les rituels peuvent s’incarner dans les gestes accomplis, les paroles proférées, les objets manipulés du quotidien le plus banal (C. Lévi-Strauss). Autrement dit encore, n’échappant pas à l’hyperationalité de la modernité, les différents champs du travail social, de l’assistance sociale, du médico-social, de l’éducatif ont-ils la possibilité de s’investir dans les formes singulières du rituel ? Et pour quelles fins ?

Pour tenter de répondre à toutes ces interrogations ce numéro thématique sur les rites et les rituels est organisé en quatre grandes parties thématiques. La première partie : Rites majeurs ou la fabrique des hommes, propose avec D. Le Breton (Ritualités contemporaines d’institution de soi) un voyage sur la planète des adolescentes et la question des conduites à risque comme moyen de construire un passage vers l’âge adulte. Le texte suivant de A Vilain (Des rituels contre le handicap, tout contre) est un témoignage à partir de fragments autobiographiques sur la ritualisation au quotidien de menues actions face à la déficience motrice. Le dernier texte de D. Fleurdorge (Un rituel pour devenir « usager ») construit l’hypothèse que « l’entretien d’aide » en service sociale, s’exprime sous une forme ritualisée.

Dans la deuxième partie : Rites mineurs ou l’enfance de l’art, C. Foxonet (La controverse du doudou) offre une approche volontairement peu orthodoxe de la question de l’utilisation de l’objet consolateur chez l’enfant. Ainsi le « doudou » se retrouve au cœur d’une polémique entre professionnels, structure d’accueil, et parents. Avec G. Estève (La formation ritualisée des délégués de classe), c’est le collège qui entre en scène. À partir d’un constat détaillé des violences scolaires et d’une expérience singulière d’interventions collectives, ce texte décrit une démarche de formation des délégués de classe dont la codification peut être assimilée à un de « rite de passage ». Pour clore cette partie G. Raveneau (Esquisse de rites en MECS) interroge la forme et la fonction du rite dans l’existence d’enfants accueillis dans des maisons d’enfants à caractère social (MECS).

La troisième partie : Addictions commence par un texte de P. Pétry (Petite fabrique de rites) qui inscrit sa démarche de recherche dans une dimension comparative (deux écoles expérimentales). Face à une population hétérogène : toxicomanes, psychotiques, « cas sociaux », l’auteur conduit son propos vers un énoncé anthropologique et l’analyse de rituels institutionnels. L’ultime texte de cette troisième partie de P. Peretti et H. Houdayer (Ritualisation dans les pratiques d’intoxication) explore l’imaginaire et la symbolique de l’intoxication de son propre corps sous les aspects de la « ritualisation cannabique » et « l’expérience héroïnomaniaque ».

Enfin la quatrième partie : Ailleurs est composée d’un seul texte qui soutient une remise en question radicale des rituels. L’intérêt de ce texte décapant réside dans le fait qu’il est écrit par Lambert prêtre de son état (Un ex-prêtre contre les rites). Il ne s’agit pas de jeter la soutane aux orties, mais bien les rituels !

La démarche et les attentes de ce numéro sont vastes. Elles donnent, in fine, une importance au contexte d’expression et de la chair aux différentes séquences de ces pratiques sociales. Il s’agit aussi pour l’occasion d’inventorier les acteurs - ceux à qui s’adresse le rituel, ceux qui en sont exclus ; ou encore de mettre au jour des valeurs exemplaires se référant à une conception éthique du social. Ainsi apparaissent de manière intéressante les forces qui provoquent l’adhésion, la reconnaissance collective, tout en soulignant les contours symboliques mis en jeu. Enfin, se dessinent insensiblement les lignes d’attraction conduisant à l’efficacité de ces gestes particuliers et d’interroger l’étiologie de ces phénomènes sociaux.

Denis Fleurdorge, coordonnateur du numéro


Post-Scriptum

Sociographe n° 25 : Extension du domaines des rituels (sur quelques rites dans le travail social)
Sommaire détaillé sur http://www.irts-lr.fr/le-sociographe.html





Pour citer cet article :

le Sociographe - « Rites et rituels, ces gestes qui parlent » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - février 2008.