jeudi 21 janvier 2010



L’Appel des appels, un an après

Roques Mireille





Un an après le lancement de l’Appel des appels, destiné à fédérer les mécontents de tous bords, Roland Gori et ses compagnons dressent un état des lieux de la politique gouvernementale et appellent à rester mobilisés.


Voilà un an, quelques professionnels du champ socio-médical, emmenés par Roland Gori - universitaire et psychanalyste marseillais – lançaient un communiqué d’alerte contre les menaces pesant sur leurs domaines d’intervention. Le communiqué allait vite se transformer en pétition et recueillir plusieurs dizaines de milliers de signatures… Atterrés par les dispositions et les projets d’un gouvernement occupé à tout contrôler et exiger une visibilité immédiate et brutale, psy, médecins, travailleurs sociaux, enseignants, journalistes etc. ne tardèrent pas à se retrouver en grand nombre, à Paris d’abord - en janvier et en mars - puis en province. À l’occasion de toutes les manifestations, fut renouvelé le serment d’une résistance active et d’une désobéissance citoyenne, promesses déjà largement tenues par les précurseurs de l’Appel : enseignants désobéisseurs, psy de La nuit sécuritaire, AS et éducateurs de MP4, militants du Syndicat de la Magistrature, universitaires de La ronde infinie…
Pendant un an, l’Appel des appels a fédéré tous ces mouvements d’inégale importance mais d’égale opposition, unis dans le refus d’une marchandisation de l’humain et de l’application des critères néo-capitalistes aux domaines du soin, de l’accompagnement, de l’enseignement, de la création ou de l’information. Un an après, donc, Roland Gori et ses compagnons proposent un état des lieux où la violence du propos n’a d’égale que la violence d’un gouvernement « qui navigue entre cynisme et opportunisme » et d’un pouvoir « qui renoue avec les principes premiers de la tyrannie : populisme pour tous et décisions d’un seul ». Dénonçant les seuls thèmes qui vaillent en cette période – visibilité, efficacité, performance, concurrence, management, profit, rentabilité - le texte dénonce une « caporalisation des esprits » et un contrôle social d’autant plus redoutable qu’il rencontre une « servitude sociale librement consentie »… Le cycle pervers de l’alimentation de la peur et de la répression « produit l’espoir suprêmement dangereux pour les libertés d’une société parfaitement sécurisée, dans laquelle serait repérée et éliminée de la naissance jusqu’à la mort la dangerosité de tout individu ». Pour assurer la réussite de ce programme, de nouveaux préfets sont dépêchés dans les endroits stratégiques, ceux où la réflexion et le temps prévalent encore sur l’activisme : ainsi les préfets directeurs des agences régionales de santé pour le secteur hospitalier, sanitaire et même social ; ainsi les préfets inspecteurs d’université, les experts des agences d’évaluation… Dans le domaine judiciaire et éducatif, on supprime les relais garants d’une certaine autonomie ; dans l’Education nationale, on enlève ici, on rajoute là, sans logique, juste dans un souci économique. Et puis, l’histoire et la géographie sont-elles vraiment nécessaires… ? Manipulations à tous les étages, stigmatisation de l’Etranger, crainte « des schizophrènes dangereux, des pédophiles en cavale, des sans domicile fixe… » le constat, un an après, est bien sombre. Mais l’Appel des appels est, lui, décidé à rester dans la lumière ; sa colère et sa détermination nous rappellent que la normalisation professionnelle n’est pas inéluctable et qu’il appartient à chacun de se donner les moyens de l’enrayer : établir des liens concrets, s’inscrire dans les comités locaux, fortifier les alliances associatives, syndicales… Approfondir enfin la réflexion commune, construire un « nous raisonnable, » « un collectif de pensée et d’action qui traverse les métiers et les disciplines. » Un premier livre [1] vient de paraître qui analyse les réformes et les projets, les resitue dans l’idéologie sarkozyste et propose des pistes de réflexion et d’actions : parole citoyenne de professionnels résolus à participer à l’insurrection des consciences, de citoyens « qui ne se résignent pas au monde de la guerre économique et à cette civilisation d’usurier qui « financiarise » les valeurs sociales et psychologiques et « calibre » les individus comme la Commission Européenne calibre les tomates ! »


Post-Scriptum

Article paru dans Lien Social n° 957 du 21 janvier 2010



Notes

[1] L’Appel des appels Pour une insurrection des consciences. Sous la direction de R. Gori, B. Cassin, Ch. Laval. 2009 - éd. Mille et une nuits




Pour citer cet article :

Roques Mireille - « L’Appel des appels, un an après » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2010.