lundi 6 mai 2002



A l’usage de la citoyenneté ordinaire
Quelles pratiques professionnelles ?


Brigitte VEDEL





Courant 2001, nous invitions les travailleurs sociaux, les institutions et tous leurs interlocuteurs à proposer leurs réflexions, leurs expériences sur « les rapports entre « usagers » et professionnels : quelles compétences pour quelle citoyenneté ? ».


La question de la citoyenneté traverse le travail social et le questionne à une époque où les inégalités sociales et le phénomène de l’exclusion sont présents et se développent. Quel sens peut avoir la notion de citoyenneté pour un chômeur ou un allocataire de Revenu minimum d’insertion (RMI) ? D’autant que les inégalités devant l’emploi, les conditions de vie, la sécurité, la maladie, l’endettement se cumulent pour constituer des « vies » inégales dans une société inéquitable et de plus en plus incivile (on peut se reporter à Le Pors, 2000, p.59).

La notion de citoyenneté... « Née dans le champ du droit constitutionnel, avec la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, elle disparaît rapidement du droit positif français qui lui substitue les notions de nationalité et de droits civiques - la première désigne « le lien juridique qui rattache une personne physique à un Etat déterminé », là où la seconde désigne « le statut juridique des personnes composant le corps politique souverain de l’Etat », et plus précisément « les conditions de jouissance de ce statut et ses conséquences quant à la formation et à l’exercice du pouvoir politique ». La citoyenneté désigne donc, semble-t-il, de façon assez étroite, le lien qui unit le citoyen à l’Etat » (Gouzien, 1995, p. 106. L’auteur cite Borella, « Nationalité et citoyenneté », in Colas et al. (dir.), Citoyenneté et nationalité : perspectives en France et au Québec, Paris : PUF, 1991).

Le travail social et sa pratique interviennent et touchent directement (au-delà de cette première dimension de la citoyenneté) une autre dimension qui se situe au niveau de l’appartenance et du lien social de la personne dite « usager » : nous parlerons de citoyenneté sociale.

C’est à partir de cette citoyenneté sociale que les auteurs de ce numéro nous invitent à partager leurs réflexions, propositions, témoignages afin d’alimenter nos réflexions, nous faire réagir et ouvrir un débat sur une question qui nous touche tous dans nos pratiques professionnelles puisque celles-ci s’inscriventdans des politiques sociales qui l’abordent : la loi sur le RMI, loi Besson, loi de lutte contre les exclusions, loi de 1975 modernisée en janvier 2002...

Les textes proposés dans ce numéro 8 du Sociographe partent des professionnels (en première partie), pour finir sur une ouverture sur des espaces publics, en passant par des pratiques en établissement.

Les auteurs nous font part d’une approche personnelle et collective de la question à travers leurs témoignages ; cette invitation à faire un bout de chemin avec eux nous invite aussi à poursuivre le chemin...

Bibliographie

Le Pors A., La citoyenneté, Paris : PUF, 2000

Gouzien A., « Dispositif RMI : espace de conquête de la citoyenneté on inclusion exclusive ? », in Merle P., Vatin F. (sous la direction), La citoyenneté aujourd’hui. Extension ou régression ?, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1995, pp. 105-111


Post-Scriptum

Pour une citoyenneté sociale. - Dossier coordonné par Brigitte Vedel. - Introduction du dossier. - Revue LE SOCIOGRAPHE - N°8 - mai 2002.





Pour citer cet article :

Brigitte VEDEL - « A l’usage de la citoyenneté ordinaire » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mai 2002.