vendredi 6 décembre 2013



Légion d’honneur pour Martine Trapon

Joël PLANTET





Elle a toujours aimé le cinéma, l’image, la politique, le travail social (dans le désordre). Assistante sociale de formation, Martine Trapon, aujourd’hui directrice générale de l’École normale sociale (ENS) reçoit la légion d’honneur, une distinction qui récompense le terrain. «  Le travail social est comme l’art et l’amour, il autorise la rencontre, même si l’autre reste une énigme », précise-t-elle.


En ces temps d’invisibilité, le travail social est loin d’être sur le devant de la scène. De temps à autre, la distinction de l’un(e) ou l’autre d’entre nous vient nous rappeler qu’il peut et doit être reconnu. Ainsi, le ministre de la Ville, François Lamy, remettait le 13 novembre la légion d’honneur à Martine Trapon, directrice générale de l’École normale sociale (ENS), pour son parcours professionnel et son (ses) engagement(s).

Assistante sociale de formation (diplômée en 1977), syndicaliste, celle-ci travaille dans un service de l’aide sociale à l’enfance, privilégiant le travail avec les équipes de prévention spécialisées et les dispensaires de pédopsychiatrie. Elle devient ensuite AS au centre d’accueil aux toxicomanes qui ouvre à l’hôpital Avicenne (93) : « Nous mettons en œuvre cette clinique particulière, témoigne-t-elle, je travaille avec les familles (formation à la thérapie familiale) je suis aussi très intéressée par les interventions auprès d’habitants de Seine-Saint-Denis sur la question difficile des usages de drogue dans la cité ». Dans la foulée, elle passe un diplôme de hautes études en pratiques sociales (Dheps), siège au conseil communal de prévention de la délinquance d’Aubervilliers pendant dix ans, et participe à la création d’un groupe de recherches sur le travail social en psychiatrie. Présidente pendant quelques années de la fédération des centres sociaux, elle contribuera à leur développement parisien : leur nombre passe de 16 à 28… Embauchée comme cadre pédagogique à l’ENS, elle en deviendra directrice générale.

Son trépied : clinique, politique, travail social. Martine Trapon a toujours su confronter sa pratique dans des espaces de travail théoriques. Passionnée d’image, elle participe aujourd’hui activement à l’élaboration du webdoc Vous avez dit social ? afin de rompre l’invisibilité de notre secteur. Elle se dit fidèle « à certaines valeurs telles que la détermination, le respect de l’intérêt général, le suivi des projets ». Lucide, voici l’avertissement qu’elle a adressé aux pouvoirs publics lors de la cérémonie de remise de sa décoration : « Aujourd’hui que se passe-t-il ? Nous voyons s’organiser comme une dilution du politique dans l’administratif sur un versant essentiellement comptable. C’est très problématique, parce que le travail social n’est pas un espace de gestion de la situation des personnes. Ce n’est pas sa fonction. Pour garder sa fonction symbolique de justice sociale et d’émancipation, il doit demeurer le lieu d’une rencontre entre un professionnel et une personne, un groupe où se met au travail une question, la question sociale qui se pose à ce moment-là, dans toute son originalité. En ce sens le travail social est comme l’art et l’amour, il autorise la rencontre, même si l’autre reste une énigme. Les réponses à ses questions, la personne les trouvera ensuite ailleurs dans son parcours de vie. De ces réponses, souvent le travailleur social ne saura rien ».

Jolie définition.


Post-Scriptum

Article paru dans Lien Social n° 1128 du 28 novembre 2013





Pour citer cet article :

Joël PLANTET - « Légion d’honneur pour Martine Trapon » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - décembre 2013.