dimanche 11 janvier 2015



Travail Social - Travail de la Paix

OASIS





Oui, ce monde existe. Il existe aussi comme ça. Violent. Mortifère. Nihiliste. Absurde. Ce n’est pas celui que nous souhaitons. Mais il est là, comme ça. Nous le savons. Nous le savions. Nous le regardons depuis si longtemps. De loin. Nous admirons ceux qui s’engagent contre la guerre, la faim, la torture... avec tant de courage, y engageant leur propre vie. Nous l’avons aussi parfois parcouru, essayant d’y faire quelque chose de bien. D’autres en tirent des profits. De loin. Mais là, il vient de frapper à notre porte. Il l’a transpercée avec des balles de guerre. Il l’a fait sauter.


Une partie du monde connaît des souffrances extrêmes. Dans nombre de pays, l’économie de la guerre et de ses conséquences est devenue le seul moyen d’exister, de survivre. États-Guerres. Et ce monde vient de se rapprocher de nous. Village planétaire, où les armes circulent désormais à la vitesse de l’internet. Frontières de plus en plus abstraites. Destins de plus en plus partagés. A monde connecté... violences connectées !

Et maintenant ? Et demain ? Comment savoir ? Il y aura des combats. Encore. De toutes sortes. Il y aura des temps et des lieux de paix. Aussi. Certains se battront pour des certitudes. D’autres chercheront à réfuter ces chemins qui soi-disant mèneraient tout droit quelque part, aussi sûrement que la supériorité mène à l’abaissement, que la domination induit la servitude, que le savoir porte en germe l’erreur... Ce nouveau chapitre de notre histoire ne fait que commencer. Nous l’écrirons ensemble.

Travailleurs sociaux, nous n’avons pas d’armes. Pour lutter contre la pauvreté, la solitude, le désespoir... contre la fragilité, on ne peut pas lutter avec des armes ! Nous ne serons pas des bourreaux.

Et nous aussi, nous sommes vulnérables, sans le contester et sans avoir peur de l’être ; c’est un des fondements de notre pensée, une raison d’être. Chercher à s’en prémunir individuellement ne ferait que renforcer une insécurité sociale [1] bien plus dangereuse et nous conduirait à n’être finalement que victimes de nous-mêmes ! Nous ne serons pas des victimes.

« Ni victimes, ni bourreaux » est le titre d’un article publié par Albert CAMUS dans la revue COMBAT en 1948. Cette formule, inspirée de NIETZSCHE, fut également reprise par Albert CAMUS dans son « Discours de Suède » le 10 décembre 1957, à la remise de son Prix Nobel, souhaitant « ... une société où, selon le grand mot de NIETZSCHE, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel. »

« Refuser le nihilisme, rechercher une légitimité et se forger un art de vivre par temps de catastrophe [2] », il nous faut nous le redire, reformuler nos engagements, les renouveler pour ne cesser de créer ; Pour continuer à prendre, sans toujours les connaître d’avance, les chemins difficiles et complexes qui déjouent les coups du sort, qui aident à mieux vivre, à composer avec toutes les fatalités.

Continuer à s’engager,

À créer des relations humaines, inventées ensemble ;

À se relier, à œuvrer à se comprendre ;

À écouter de ce qui anime singulièrement chaque personne ;

À s’enrichir mutuellement de nos différences ;

À se solidariser pour défendre nos droits à la ressemblance ;

À déjouer les peurs mutuelles, celles que j’ai de l’autre et qui alimentent celles qu’il a de moi ;

À aider les plus fragiles à réaliser leurs choix de vies et de libertés ;

À promouvoir la participation de tous à la vie sociale ;

À construire sans relâche le respect de chacun et de tous ;

À ré-ouvrir inlassablement tous les possibles, les pensées, les paroles, les rencontres, les espaces, les temps, les lieux... de la vie !

Même si...

Même si l’impossible frappe encore à nos portes ; Nous voulons continuer à vivre ces engagements, au mieux et ensemble ! Se réjouir de vivre ensemble sur les chemins de l’incertain, s’y perdre pour s’y retrouver, s’y fatiguer pour s’y soutenir, y partager des larmes et des rires, avec le sentiment profond d’y vivre, debout et ensemble, la belle histoire de toute humanité.


Notes

[1] Robert CASTEL, bien sûr ! « L’insécurité sociale - Qu’est-ce qu’être protégé ? » - Seuil - 2003.

[2] Repris également d’Albert CAMUS - Discours de Suède




Pour citer cet article :

OASIS - « Travail Social - Travail de la Paix » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2015.