lundi 10 juin 2002



Délinquance des mineurs : des réponses

Joël PLANTET





Les effets d’annonce et les initiatives musclées du nouveau ministère de la Sécurité effraient de nombreux acteurs de prévention. Plusieurs rencontres sont actuellement initiées et la réflexion ne cesse de progresser : des pistes d’action alternatives sont proposées, ne reste aux pouvoirs publics qu’à s’en emparer...


De multiples voix s’élèvent aujourd’hui [1]. Des travailleurs sociaux, des chercheurs, des pédopsychiatres, des magistrats, des associations, des réseaux dénoncent la suractivité des appareils répressifs. Certains syndicats de policiers soulignent qu’ils ne demandaient même pas les flashballs dont on les a magnanimement dotés. L’activité des juges des enfants, quant à elle, se décline de plus en plus au plan pénal, l’action éducative comme l’investigation s’en voyant d’autant réduites. Quatre mille mineurs sont en prison, soit le double d’il y a dix ans. La prévention primaire est de plus en plus défaillante.

Il y a péril démocratique en la demeure : même si le droit a fait de spectaculaires avancées ces dernières années - celui des enfants, ou celui des usagers -, jamais, de l’avis de nombre d’observateurs, l’écart n’a été aussi violent, aussi discriminant entre une réalité quotidienne et sa couverture législative ; jamais, d’ailleurs, la revendication d’égalité n’a été aussi vive. La société continue de mettre à l’écart ceux qui la dérangent. Personne - en France, en tout cas - ne travaille sur la question de son héritage colonial, qui touche pourtant de près la façon dont elle traite sa question sociale. Et où sont donc cachées la démocratie locale, la démocratie participative ? Car les résultats du dernier scrutin pourraient, en simplifiant, ne finalement se réduire qu’à une alternative : davantage de démocratie, ou davantage de répression ?

Monothématique, attisée par la surchauffe médiatique et débouchant aujourd’hui sur des effets d’annonce en cascade, la campagne électorale présidentielle a été à l’origine d’amalgames pour le moins stigmatisant pour les jeunes issus des banlieues. Un colloque intitulé Démocratie, éducation, autorité : quelles valeurs ? Quelles pratiques ? a permis, le 22 mai dernier à Paris, à des éducateurs, des chercheurs, des magistrats, des membres d’associations d’émettre une autre approche, de mettre l’accent sur les inégalités sociales et les discriminations, de même que sur l’utilité d’une justice des mineurs privilégiant la réponse éducative. Pour les magistrats présents, s’agissant de la lutte contre l’économie souterraine des quartiers, davantage d’enquêtes en profondeur seraient autrement plus efficaces que les rondes à risque de la brigade anticriminalité en admettant qu’une véritable politique pénale soit instaurée ; de même, ce n’est pas en traitant les incivilités par ce qu’il est convenu d’appeler le « petit pénal » que l’on éradiquera celles-ci, mais bien plutôt en privilégiant et en faisant connaître des expériences micro-démocratiques ; Car l’acte éducatif se construit toujours dans la durée ; la sanction peut évidemment y prendre place, mais à condition, toujours, qu’elle soit signifiante.

Tous ces acteurs préconisent la tenue d’assises pour une transformation sociale et politique. Sur toutes ces questions, la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente [2] éditait il y a peu un recueil de textes destinés à éclairer ces enjeux. De nombreuses expériences locales existent, nous n’en prendrons qu’un exemple : à l’initiative du coordinateur des agents locaux de médiation sociale des Hauts-de-Seine, une association, Citoyenneté et démocratie [3] pousse les jeunes à plus de citoyenneté : inscriptions sur les listes électorales, participation aux comités de locataires, etc. Ainsi, la semaine prochaine (le 6 juin), sera organisée une rencontre entre élus politiques - dont des ténors - et jeunes de cité.

Le syndicat CFDT Interco-Justice Ile de France [4] a, lui, finalisé ces derniers jours un écrit sur la délinquance des mineurs, qui propose deux dispositifs. D’une part, des permanences fixes dans les collèges, tenues par les éducateurs, afin d’y conseiller jeunes en difficulté et leurs familles ; d’autre part, le traitement de manière éducative des mains courantes sans dépôt de plainte adressées à l’éducateur (de la protection judiciaire de la jeunesse) par le commissariat ou la gendarmerie, ceci dans les maisons de justice et du droit ou dans les points d’accès aux droits. Par ailleurs, pourraient être envisagés des allers et retours de mineurs de moins de seize ans entre centres de jour et d’insertion et établissements scolaires, avec à la clé des échanges de savoirs et de professionnels entre PJJ et Éducation nationale.

L’association française des magistrats de la jeunesse et de la famille (AFMJF), enfin [5] propose (entre autres) de renforcer l’ordonnance de 1945, d’inscrire les accueils provisoires dans les centres éducatifs renforcés et les centres de placement immédiat (CER, CPI) dans une continuité d’action éducative, et de créer une mesure pénale à caractère général confiée à des services éducatifs pluridisciplinaires.


Notes

[1] Voir Mieux vivre ensemble, un enjeu décisif, co-signée par J. Bordet, L. Mucchielli, J. Roman et A. Vogelweith dans Le Monde du 22 mai, ou Insécurité : sortir de la peur, co-signée par F. Dubet et A. Rousset dans Libération du même jour.

[2] Hors-série Des idées en mouvement n¡98 (avril 2002) - Autorité, éducation, sécurité - La Ligue de l’enseignement - 3 rue Récamier - 75341 Paris cedex 07.Tél. 01 43 58 96 97.

[3] Citoyenneté et démocratie - Contact : Zouhairr Ech Chetouani - Tél. 06 23 78 85 43.

[4] CFDT-Interco - 4 bd du Palais - 75055 Paris cedex 01. Tél. 01 44 32 60 44.

[5] Afmjf - Tribunal pour enfants de Paris - Palais de Justice - 75055 Paris-Louvre RP-SP. Tél. 01 44 32 65 13 (sauf le mercredi)




Pour citer cet article :

Joël PLANTET - « Délinquance des mineurs : des réponses » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - juin 2002.