mardi 4 février 2020



Le cadre reconsidéré de l’accompagnement social d’aujourd’hui et de demain

Christophe MARCHAND





Le monde change et ses évolutions ont des conséquences directes sur nos modes de vie. Mutations technologiques, bouleversements climatiques, crises migratoires et soubresauts économiques influencent les décisions politiques, l’opinion publique, le marché de l’emploi, les modes de consommation, les modalités d’intégration sociale… Le travail social, en première ligne de ces changements, reste pourtant peu soutenu dans ses missions d’assistance et d’accompagnement.


Un nouveau contexte d’intervention

Durant des décennies, l’idée que l’on s’est fait du travail social pouvait se résumer à un professionnel, souvent une femme, recevant dans son bureau une personne, souvent une femme ; après un échange plus ou moins long et plus ou moins mystérieux, il naissait de cet entretien une solution, prenant la forme d’une aide financière, d’une orientation, ou tout simplement d’un moment d’écoute. Si ce travail a pu être efficient durant longtemps, il montre aujourd’hui ses limites. Pourquoi ? Tout simplement parce que les publics (et leurs problématiques) relevant des dispositifs d’accompagnement ont évolué plus vite que les dispositifs d’accompagnement eux-mêmes. Le rapport au temps, à l’argent, à la consommation a changé. Les aspirations des individus ne sont plus les mêmes. Les capacités d’écoute, de réception et de mémorisation des messages se sont modifiées.

Une nécessaire remise en question

Les questions qui se posent aujourd’hui sur les fondements de l’action sociale moderne sont diverses. Tout d’abord, la finalité : quel est l’objectif de la relation d’aide au 21e siècle ? S’agit-il d’apporter une aide ponctuelle, de proposer une solution rapide et concrète, au risque de ne pas traiter les causes et de laisser les difficultés devenir chroniques, et d’enliser le travail social ? Et comment définir aujourd’hui l’objectif d’insertion sociale : s’agit-il d’aider coûte que coûte un individu à réintégrer un système, sans avoir pris soin de travailler avec lui les fondamentaux qui lui permettront de ne pas décrocher à nouveau ? Ce qui suscite un deuxième niveau de questionnement : quels sont les points à aborder impérativement pour œuvrer à un objectif d’insertion sociale et d’autonomisation durable et épanouissant ? Les sujets qui occupent l’essentiel du travail avec les publics en situation de fragilité sont sensiblement toujours les mêmes : logement, emploi, santé, alimentation, fracture numérique, précarité énergétique, accès aux droits, culture… Mais sont-ils suffisants pour permettre à une personne d’appréhender le monde aujourd’hui et demain ?

Un langage à adapter

Le message le plus pertinent qui soit sur le fond n’a que peu d’intérêt s’il n’est pas perçu et compris par celui auquel il s’adresse. Le travail social doit interroger la forme qu’il donne aux messages qu’il souhaite transmettre. La communication orale ou écrite, principal outil de transmission du travailleur social, est-elle encore adaptée à un monde où le langage dominant est celui de l’image, où les individus sont sollicités en permanence par une multiplicité de messages, dont on ne retiendra le plus souvent que le plus visuel et le plus percutant ? Comment donner une forme et une consistance aux messages à transmettre, et avec quels outils de transmission, sont des questions qui font aussi partie de la réflexion à mener sur la modernisation de l’accompagnement social.




Pour citer cet article :

Christophe MARCHAND - « Le cadre reconsidéré de l’accompagnement social d’aujourd’hui et de demain » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - février 2020.