dimanche 16 février 2020



Les disparus du foyer Sainte-Madeleine
Roman Policier


Nathalie GUIMARD





Soudain, Parks surgit et se rua vers elle. Mégane ne put contrôler le tremblement de son corps et des sanglots qui jaillirent du fond de sa gorge.

Le chien s’approcha d’elle et lui lécha le visage. La jeune femme l’enlaça, prise d’un hoquet nerveux, sans se soucier de ses longs poils qui la trempaient.

- « Mon Dieu, Parks, où étais-tu ? Plus jamais je ne t’emmènerai en balade.
Maintenant, on retourne à la voiture, tu retrouves le chemin du retour et tu ne me quittes plus.
 »

Le chien se mit à aboyer et ne bougea pas.

- « Ça suffit maintenant, on rentre ! »


Parks continuait d’aboyer en la regardant, refusant de bouger. Retrouvant ses esprits, Morgane se leva et s’exclama d’un ton autoritaire :

- « Nom de Dieu, qu’est-ce que tu as ? »

Le chien aboya encore et partit. Mégane eut tellement peur de rester seule qu’elle lui emboîta le pas immédiatement, continuant ainsi de s’enfoncer dans les bois. Essoufflée, elle ne le lâchait pas des yeux tout en marchant le plus rapidement possible. Subitement, Parks bifurqua, emprunta une pente raide et disparu de sa vision. Ce foutu chien était son seul secours auquel elle était désormais attachée pour sa survie. Une bouffée d’adrénaline se répandit dans son corps et sans réfléchir, elle se mit à courir. Elle glissa à plusieurs reprises, tombant et se relevant aussitôt en se rattrapant aux arbres. Elle était trempée de sueur, le chien allait trop vite. Elle perdit sa trace complètement quand tout à coup, elle entendit des grognements derrière un énorme rocher. Elle le contourna, lentement, le cœur battant.

Elle découvrit le chien gratter le sol en gémissant. Il leva ses yeux vers elle, aboya et se remit à creuser frénétiquement. Lentement, elle s’approcha de lui et essaya de comprendre son comportement. Elle s’accroupit et scruta le trou.

Soudain, elle fit un bond en arrière et hurla. Une main sortait de la terre...

Depuis quelques années, il existe un véritable engouement pour le roman policier. Familièrement appelé « polar », il s’agit d’un genre littéraire consacré à une découverte progressive d’un événement mystérieux, marqué le plus souvent par un crime.
Polar, roman noir, roman à suspens, roman d’enquête, polar historique,…, on situe en général son origine avec Edgar Poe (1809-1849) qui a inventé les caractéristiques du genre, avec son excentrique détective, Auguste Dupin.
Dans certains romans, la ville est un protagoniste essentiel du récit, les personnages évoluant dans un univers urbain inquiétant et dangereux (William Irish (1904-1968)). D’autres préfèrent un espace clos (Agatha Christie). D’autres encore ont pour arrière plan une époque historique particulière (« Le nom de la rose » d’Umberto Ecco).

Alexandre Tanguy, éducateur spécialisé au foyer éducatif l’Élan, se leva en agrippant la table. Une envie de vomir comprima sa gorge. Il déglutit et contrôla un spasme qui lui noua l’estomac. Depuis plus d’une heure, il luttait contre une migraine. L’aspirine qu’il avait avalée tardait à faire ses effets. Un voile gris s’était déposé sur ses yeux et des bourdonnements résonnaient dans son crâne. Les bruits des couverts, de la vaisselle et le bavardage des enfants retentissaient dans ses tempes.

Alexandre regarda sa montre. Encore quatre heures avant l’arrivée de Boubakar, le veilleur de nuit. Un sentiment de lassitude le submergea et dans un effort, il interpella les enfants qui se chamaillaient pour les desserts. Dans un brouhaha, ils se levèrent de table, déposèrent leur assiette dans le lave-vaisselle et montèrent en chahutant à l’étage.

Deux adolescents, Anaïs et Christopher, étaient restés dans la salle commune. Alexandre vérifia sur la feuille de planning que c’était bien leur tour de service. Il s’assit sur une chaise et les observa. Le garçon avait un vieux jogging taché et ses cheveux bouclés n’avaient pas dû être lavés depuis plusieurs jours. Chaussé de vieux chaussons dépareillés qu’il faisait traîner sur le sol, il lavait la table avec une grosse éponge en faisant tomber la moitié des miettes par terre. La jeune fille rangeait le reste de la vaisselle en se dandinant, son corps moulé dans une robe trop serrée pour son âge. Ses longs cheveux roux, attachés en queue de cheval, formaient une épaisse crinière qu’elle faisait danser de droite à gauche...

Aucun roman policier n’avait choisi comme toile de fond le monde des foyers éducatifs et des institutions de la protection de l’enfance, milieu fermé et souvent opaque pour le grand public. C’est chose faite.
Dans « Les disparus du foyer Sainte-Madeleine », les personnages sont des éducateurs, des psychologues, des psychiatres et des enfants placés en institutions. Les lieux cités existent, même s’ils ont été parfois déplacés à quelques rues.
Si les personnages et les situations sont purement fictifs, le contenu de ce roman policier s’inspire de l’expérience professionnelle et du vécu de son auteure.

Certains romans policiers sont prétextes pour critiquer les problématiques liées aux injustices sociales (Didier Daeninckx). 
« Les disparus du foyer Sainte-Madeleine » plonge le lecteur dans l’actualité, il est l’occasion de dépeindre la problématique des mineurs non accompagnés, de sa portée sur les travailleurs sociaux, sur les jeunes accueillis en institution et sur notre société.

Le psychologue sourit en répondant.

- « On a dû vous dire que les enfants migrants ont tous une histoire à raconter, qui n’est pas toujours la leur ? Certains récits s’achètent même à Paris. Des histoires qui doivent permettre à l’enfant ou l’adulte d’être reconnu comme demandeur d’asile politique par l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides d’être reconnu mineur. Laissez-moi-vous dire que les Occidentaux ont des manières plutôt détestables parfois. Qu’ils arrêtent de faire la guerre ou d’imposer leur politique économique à l’étranger et je donne fort à parier que les migrations diminueront sensiblement ! Et puis, laissez-moi vous dire une seconde chose, c’est que nous, les Occidentaux, dans nos riches parures et notre vie de coton, on ne se rend même pas compte que nous aussi, on se raconte des histoires sur notre vie, sur notre passé et nos origines. Pas pour obtenir des papiers, non, mais pour d’autres raisons, pour que les autres aient une haute opinion, pour oublier des tristes vérités ou je ne sais quoi. »

Le psychologue ne cessait de triturer sa cigarette électronique nerveusement... »

Une fratrie, trois enfants originaires d’Afghanistan, placés en foyer éducatif en tant que mineurs isolés. Tous les trois sont amnésiques. Les deux plus jeunes disparaissent. Alors que leur disparition aurait pu passer pour une fugue, leur grande sœur sonne l’alarme. Elle est persuadée qu’ils ont été enlevés. Leur disparition va impliquer des éducateurs et l’inspecteur Kagabo, survivant d’un des massacres rwandais, lui-même englué dans ses traumatismes de guerre.




Pour citer cet article :

Nathalie GUIMARD - « Les disparus du foyer Sainte-Madeleine » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - février 2020.